Évaluer le bruit sous l’eau comme dans un jeu vidéo

  • Pour le moment, les effets du bruit lié au trafic maritime ne sont pas encore bien compris. © GREMM
    26 / 07 / 2018 Par Aurélie Lagueux-Beloin - / /

    Un simulateur des déplacements des mammifères marins et du trafic maritime fera peau neuve grâce à un investissement de 2,1 millions de dollars du gouvernement du Québec sur cinq ans. Cette nouvelle mouture, chapeautée par Clément Chion, professeur associé de l’Université du Québec en Outaouais, et développée en partenariat avec Pêches et Océans Canada et le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), s’intéresse particulièrement aux problématiques de collisions et de pollution sonore.

    « Si vous regardez l’interface de mon simulateur à l’écran de mon ordinateur, vous aurez l’impression de regarder un jeu vidéo : des “points baleines” et des “points navires” se partagent un territoire », illustre Clément Chion. Mais ce qui intéresse le chercheur, c’est ce qui se trouve derrière l’image. Il y développe des algorithmes pour tester différents scénarios impliquant les mammifères marins et l’industrie maritime.

    Prédire l’effet de la pollution sonore

    De gauche à droite: Clément Chion, professeur associé à l’Université du Québec en Outaouais; Jean D’Amours, ministre délégué aux Affaires maritimes; Georges Farrah, secrétaire général associé au Secrétariat aux Affaires maritimes; Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM)

    Ce simulateur de mouvements des baleines et de la marine marchande se veut une plateforme pour intégrer les connaissances biologiques (comportements, répartition et communication selon les espèces) aux contraintes de l’industrie maritime en matière de logistique et de sécurité. « Je ne vais pas sur le terrain pour collecter des échantillons. Je transforme les données de mes collaborateurs en calculs mathématiques », souligne Clément Chion. Les données sont plutôt fournies par le GREMM et Pêches et Océans Canada. L’objectif du projet est d’actualiser le simulateur 3MTSim (Marine Mammal and Maritime Traffic Simulator) pour en faire un outil efficace de gestion adaptative dans l’estuaire du Saint-Laurent.

    La subvention octroyée aujourd’hui permettra de raffiner le simulateur déjà existant et d’y ajouter une dimension acoustique. Le bruit sous-marin peut avoir des impacts importants sur les mammifères marins, dont le masquage de la communication, l’interruption d’activités vitales et le stress physiologique. L’environnement sonore aquatique est complexe, avec différents bruits d’origine anthropique qui touchent des espèces en péril, dont le béluga et le rorqual bleu, et une propagation différente selon les secteurs. « Mon défi sera de rassembler toutes ces informations et de trouver des mesures de gestions optimales autant pour les baleines que pour l’industrie maritime », ajoute le spécialiste en modélisation de systèmes complexes.

    Prendre des décisions

    Avec le développement de la Stratégie maritime, le trafic sur l’estuaire du Saint-Laurent pourrait s’accroitre. Dans ce contexte, il sera nécessaire de prendre de nouvelles mesures pour protéger l’écosystème. En 2013, des mesures volontaires de réduction de vitesse et d’évitement de secteurs écologiquement sensibles ont été mises en place à l’aide des scénarios étudiés par le simulateur 3MTSim.

    Toutefois, Clément Chion précise que : « le simulateur ne fournit pas de solution ou n’indique pas quelle mesure adopter. Le simulateur me permet d’évaluer plusieurs scénarios et de voir ce qui va avoir un fort impact sur les mammifères marins ou encore ce qui va comporter un cout important pour l’industrie maritime. » Ultimement, ce sont ces informations qui éclairent la prise de décision des groupes de concertation et des décideurs.


    Aurélie Lagueux-Beloin est stagiaire à la vulgarisation scientifique depuis 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!