Être au bon endroit au bon moment… par René Roy

  • Un rorqual à bosse et un rorqual bleu nagent côte à côte. © René Roy, pour le MICS
    25 / 06 / 2019 Par René Roy

    Une fenêtre météo favorable se présente sur mon application et dans les minutes qui suivent me voilà parti. Une sortie de trois jours cette semaine en Gaspésie pour le compte de la Station de recherche des iles Mingan m’a permis d’assister à un spectacle grandiose. Je n’avais jamais rencontré pareille agrégation de grands rorquals.

    Pour la première fois, j’observais ce qui m’est apparu comme une migration massive d’environ une centaine de grands rorquals. Il y avait des souffles en continu sur 360° autour de moi. C’était étourdissant!

    Quelques fois, lorsqu’un groupe de 4 ou 5 rorquals à bosse voyageant ensemble faisaient une séquence respiratoire, cela créait un mur de souffles à l’horizon. Même chose lorsqu’un grand groupe de rorquals communs sortait en synchronisme. Seuls les rorquals bleus étaient un peu plus éparpillés dans tout le grand secteur, mais leur grand souffle en colonne ne passait pas inaperçu.

    Plusieurs souffles de rorquals à bosse sont observés côte à côte. © René Roy, pour le MICS.

    Devant autant d’animaux à documenter, j’ai dû faire un choix déchirant et malheureusement discriminer les rorquals communs qui semblaient en plus grand nombre. J’ai quand même fait un accroc à mon protocole en captant au passage quelques-uns d’entre eux, dont une mère rorqual commun et son veau.

    Le veau nage en synchronie avec sa mère rorqual commun. © René Roy, pour le MICS

    Le deuxième groupe le plus imposant était les rorquals à bosse. J’ai eu la chance de repérer aussi parmi eux une mère avec son baleineau. Malheureusement, pas de nouveau-né dans le groupe de rorquals bleus observé. Les petits rorquals n’étaient pas très nombreux ou peut-être trop discrets parmi les géants. C’est certainement le krill qui intéressait ces animaux dans ce secteur. Leurs excréments nettement rouges le démontraient. C’est peut-être l’effet des courants de grandes marées de pleine lune qui transportait cette masse de nutriments?

    Notons les excréments rouges sous la queue du rorqual à bosse. © René Roy, pour le MICS

    Bref, j’ai quand même fait une récolte exceptionnelle compte tenu des trois espèces présentes en masse. Mes photos envoyées rapidement en vrac à la Station devront être analysées plus tard en saison, mais déjà le spécialiste des rorquals bleus Richard Sears, impatient de les reconnaitre, a pu identifier une quinzaine de bleus différents, dont deux seraient de nouveaux venus. Pour les observateurs de l’estuaire, gardez l’œil ouvert. Au moins cinq rorquals bleus sont des habitués de l’estuaire, ils pourraient donc remonter le fleuve bientôt.

    Du côté des rorquals à bosse, Christian Ramp a pour sa part dénombré au moins 25 rorquals à bosse dans ce lot. Il était particulièrement ravi de revoir dans les photos deux absentes de la saison dernière : Aramis, la fille de Tic Tac Toe, et Splinter, la fille de Tracks. Pour ma part, mon coup de cœur fut pour Easy Rider que je n’avais pas vu depuis 2012.

    Toutes les photos sont prises sous permis de recherche # QUE-LEP-002-2019-MICS pour des fins scientifiques.


    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.