Oui, les humains peuvent transmettre leurs maladies ou celles de leurs animaux domestiques aux baleines, que ce soit par le rejet d’eaux usées dans les cours d’eau et les eaux côtières, par la pollution agricole, par la réintroduction d’animaux ayant séjourné en captivité, etc. Et selon une étude récemment parue, les mammifères marins sembleraient être de plus en plus victimes de maladies frappant habituellement les animaux domestiques, et ce, aux quatre coins du monde. Parasites, champignons, virus et bactéries passeraient plus facilement de la terre à la mer, et ce, grâce aux activités humaines et à l’assèchement des zones humides, zones ayant pour rôle celui de filtre naturel.

La pollution chimique, qui voyage à travers le réseau alimentaire, peut diminuer l’efficacité du système immunitaire des mammifères marins. Ils deviennent alors plus susceptibles aux infections virales, bactériennes ou parasitaires, incluant les maladies respiratoires qui sont particulièrement néfastes pour les animaux qui plongent. Par exemple, les bélugas retrouvés sur les rives du Saint-Laurent sont infectés par le ver pulmonaire du parenchyme (tissu des alvéoles pulmonaires) dans 90 % des cas examinés. Ce ver est d’ailleurs la cause de la mort de 60 % des jeunes bélugas examinés, âgés d’un à cinq ans.

En plus de la pollution chimique, l’être humain peut introduire accidentellement des agents pathogènes dans le milieu marin. Le ruissellement d’origine agricole et le déversement de déchets humains non-traités ou traités de façon inefficace peuvent introduire des agents pathogènes comme le Giardia chez plusieurs espèces de phoques, dont les phoques communs de l’est du Canada, Cryptosporidium ou Toxoplasma gondii (responsable d’avortement chez les vaches) retrouvés dans des lamantins, pinnipèdes, dauphins et bélugas. D’autres agents pathogènes peuvent également être transmis lors de l’introduction d’animaux exotiques ou de la réhabilitation de mammifères marins ayant vécu en captivité.

Ce qui inquiète les chercheurs, c’est que normalement, les mammifères marins ne sont pas exposés à ces agents pathogènes, et l’infection de quelques animaux risquerait de dégénérer en une épidémie. Dans le cas du béluga du Saint-Laurent, cette situation est particulièrement alarmante puisque cette petite population menacée a une faible diversité génétique, ce qui pourrait affecter sa capacité à s’adapter à de nouveaux agents pathogènes.

À l’inverse, les baleines peuvent aussi transmettre des micro-organismes ou des parasites à l’humain comme les brucella marines et le poxvirus. Les communautés autochtones, qui consomment la chair de mammifères marins, sont plus susceptibles de contracter ces agents pathogènes. À l’automne 2011, un avertissement a été lancé aux communautés autochtones de l’Alaska, du Canada et de la Russie consommant les phoques annelés, car une maladie mystérieuse semble affecter ces phoques, atteints entre autres de lésions cutanées et de léthargie. Un groupe international de chercheurs continue à faire des tests sur un large éventail de facteurs possibles : bactérie, virus, champignon, agents toxiques.

Les baleines en questions - 1/3/2012

Équipe du GREMM

Dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique, l’équipe de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) étudie en mer les bélugas du Saint-Laurent et les grands rorquals (rorqual à bosse, rorqual bleu et rorqual commun). Le Bleuvet et le BpJAM quittent chaque matin le port de Tadoussac pour récolter de précieuses informations sur la vie des baleines de l’estuaire du Saint-Laurent.

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