Par Mathieu Marzelière avec la collaboration de Laurence Tremblay

Laurence et moi sommes deux assistants de recherche du GREMM. Depuis plusieurs années, nous participons à différents projets de recherche concernant les grands rorquals et les bélugas du Saint-Laurent (vous commencez à bien les connaître si vous êtes un fidèle lecteur ou une fidèle lectrice de Baleines en direct). Comme beaucoup de jeunes du domaine, nous caressons aussi le rêve d’étudier les mammifères marins à bord d’un voilier, dans les zones les plus sauvages de notre planète. C’est pourquoi nous avons décidé, avec des amis, de lancer un projet de recherche collaboratif et novateur dans les mers du Nord : l’Expédition Glacialis.

Au printemps 2021, nous avons eu la chance de prendre part au premier volet de l’aventure : une expédition de six semaines au cœur des Açores, un archipel portugais situé au beau milieu de l’Atlantique, véritable porte vers le Nouveau Monde. Lors de ce séjour, l’objectif était de préparer notre voilier de recherche, amarré sur l’ile de Santa Maria, puis de monter et tester dans les eaux de l’archipel les différents protocoles scientifiques qui allaient être utilisés en Arctique. Cette capsule vidéo résume bien ces semaines de préparation :

Dans ce premier article, nous allons planter le décor et vous parler des rencontres magnifiques que nous avons vécues avec la faune marine de l’archipel des Açores. Dans le prochain article, nous vous détaillerons les activités de recherche réalisées sur place par l’équipe de l’Expédition Glacialis.

Des nuages de puffins

La majorité des animaux observés lors des séances d’observations ont été les oiseaux marins. Des océanites aux goélands, nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs espèces. Mais ce sont surtout les puffins cendrés qui ont retenu notre attention par leur présence importante en cette période de l’année. Nous les avons comptés par centaines lors de nos transects! Parfois, nous les croisions au repos sur l’eau, en groupes relativement denses, puis à d’autres moments, nous les observions en déplacement, de manière éparse, et parfois aussi en alimentation, lorsqu’il semblait y avoir du poisson en surface.

L’étonnante galère portugaise

Espèce étonnante et caractéristique des eaux tempérées des Açores, la galère portugaise (aussi nommée physalie) est un joli petit siphonophore pouvant ressembler à une méduse. Il ne s’agit pas d’un individu unique, mais d’une colonie de microorganismes formant un superorganisme. Bien qu’elle soit belle en surface, la galère portugaise cache, sous son flotteur coloré, des filaments extrêmement urticants qui peuvent mesurer jusqu’à 50 m de long ! Autant dire qu’il est préférable d’observer cette espèce du pont du navire!

Des dauphins en chasse

Nous avons eu la chance de rencontrer une grande quantité de dauphins tout au long de nos navigations. Il s’agissait principalement de dauphins communs, de grands dauphins et de dauphins bleu et blanc. Ces rencontres étaient pour certaines furtives, mais d’autres pouvaient durer plusieurs dizaines de minutes, notamment lorsque les animaux surfaient à la proue du voilier. Nous avons aussi assisté à des actions de chasse, où de grands groupes se montraient particulièrement actifs. Lors de ces chasses, nous avons noté la présence d’oiseaux en alimentation et parfois de thons, qui sautaient hors de l’eau.

Dauphins de Risso

Voici une espèce de dauphin fascinante ! Elle possède une grande nageoire dorsale et un corps couvert de cicatrices. En effet, la couche supérieure de l’épiderme n’a pas la capacité de se régénérer correctement, et chaque blessure laisse une trace indélébile. Ces dessins sur la peau, uniques et racontant l’histoire de vie de chaque dauphin, facilitent l’identification des individus. Le régime du dauphin de Risso se compose principalement de céphalopodes qu’il pêche dans les profondeurs. Ce cétacé est un animal grégaire et social et nous avons pu l’observer socialisant en surface : de beaux moments !

Le furtif rorqual boréal

Nous avons aussi rencontré quelques mysticètes lors de nos navigations, mais ces rencontres étaient plutôt brèves, car les animaux étaient principalement en déplacement. Une belle rencontre à noter : un rorqual boréal a croisé notre route lors de la traversée entre Pico et Terceira. Cet animal est passé à quelques mètres du voilier sur notre bâbord. 

Rencontre inespérée avec des baleines à bec

Lors de cette même traversée entre Pico et Terceira, juste avant de passer le sud de l’ile de Sao Jorge, nous croisons la route d’un petit groupe de cétacés. Pour notre plus grand bonheur, il s’agit d’une espèce rare, une championne du monde de l’apnée : la baleine à bec de Cuvier. Quelle chance de croiser cet animal chassant en eaux profondes !

Les légendaires cachalots

Enfin, voici l’animal emblématique des Açores, celui qui a nourri tellement de mythes et de légendes, mais aussi alimenté l’industrie et les populations locales via la chasse dont il était la cible : le cachalot !

Nous avons eu la chance de rencontrer ces majestueux rois des mers tout au long de notre trajet dans l’archipel ; ils étaient partout ! Nous avons eu des observations  d’animaux isolés, au large (notamment un individu que nous soupçonnons d’être un gros mâle), et de jeunes et de femelles se reposant ou socialisant en eaux plus côtières. Les séances de relevés acoustiques effectués en présence de cachalots étaient très intéressantes : nous avons été en mesure d’enregistrer leurs clics et leur buzz. Ces sons sont tellement puissants, et voyagent sur une telle distance que nous pouvions les entendre via nos instruments avant même d’être en mesure d’observer les cachalots eux-mêmes.

L’une de ces rencontres avec ces animaux légendaires nous aura particulièrement marqués. Au large de Sao Miguel, nous arrivons sur une paire composée d’un mâle et d’une femelle, nageant côte à côte. Nous prenons conscience de dimorphisme sexuel entre les deux individus : le mâle est beaucoup plus imposant que la femelle. La paire était très active, en pleine séance de tail slapping, et nous pouvons vous confirmer que c’est assez impressionnant pour un animal de cette taille! Mais c’était sans compter la femelle qui a effectué des sauts hors de l’eau à deux reprises, nous laissant totalement bouche bée !

La semaine prochaine, découvrez les activités de recherche que nous avons menées dans cet environnement marin si riche et impressionnant.

Carnet de terrain - 3/2/2022

Mathieu Marzelière

Mathieu Marzelière s’est joint à l’équipe du GREMM en 2017 comme assistant de recherche bénévole pour le programme de recensement photographique des grands rorquals du parc marin. Depuis, il est assistant de recherche technicien pour les projets de recherche sur les bélugas. Mathieu a aussi été observateur de mammifères marins (OMM) sur des sites de construction maritime.

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