Des détecteurs de neutrinos cosmiques écoutent les baleines

  • 09 / 12 / 2010 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Les mammifères marins émettent sur la même fréquence que les neutrinos des étoiles. Avec ce constat, des astrophysiciens ont eu l’idée de partager avec des biologistes marins leurs télescopes sous-marins et de développer un réseau de surveillance acoustique. Ils ont aussi créé un site internet fascinant, LIsten to the Deep Ocean (LIDO). On peut y écouter les émissions sonores de mammifères marins, le bruit de navires et de mouvements sismiques.

    Recycler les bruits qui perturbent les détecteurs de neutrinos

    Des scientifiques de plusieurs disciplines se sont réunis et ont échangé lors de l’atelier du 1er et 2 décembre au Palais de la Découverte à Paris qui portait sur les synergies entre les sciences de l’environnement et la physique des particules astronomiques. C’est à cette occasion que l’on a pu apprendre que les télescopes sous-marins utilisés pour détecter les neutrinos cosmiques ont trouvé une nouvelle application, celle d’écouter les émissions sonores des mammifères marins et les bruits des océans. En effet, les mammifères marins émettent sur la même fréquence que les neutrinos à haute énergie émis par les étoiles. Les neutrinos sont des particules élémentaires cosmiques qui traversent la Terre par milliards chaque fraction de seconde et interagissent très peu avec la matière. Seuls, des détecteurs sous-marins ultra-sophistiqués peuvent enregistrer leurs traces lumineuses quasiment indétectables, l’eau possédant les meilleures propriétés optiques.

    Parmi ces télescopes, ANTARES a été déployé en Méditerranée, par 2 500 mètres de profondeur. Ce télescope est en fait une structure de 12 lignes de détection de neutrinos, hautes de 350 mètres et ancrées sur le fond. Un grand nombre d’instruments y sont connectés, comme des sismographes, des hydrophones, des instruments de mesure des courants, de l’oxygène, de la température, ainsi que des caméras vidéo pour étudier la bioluminescence. En mer Ionienne, au large de la Sicile, c’est le détecteur NEMO-SN1 et au large de la Grèce, le télescope NESTOR qui captent les secrets des profondeurs.

    Ecouter la vie et les activités humaines dans les océans

    Ces détecteurs, parmi d’autres dans le monde, livrent ainsi des données qui intéressent notamment les chercheurs dans les domaines de la biologie marine et des changements climatiques. Quant à la plateforme internet LIsten to the Deep Ocean (LIDO), elle regroupe les données acoustiques recueillies par ces télescopes. Elle a été créée pour les chercheurs et le grand public et poursuit trois objectifs: identifier et classifier les sons émis par les mammifères marins et par les activités humaines; enregistrer les mouvements des populations des organismes et mammifères marins; évaluer et contrôler les effets à long terme des activités humaines sur les organismes marins.

    Petite visite guidée sur le site de LIDO: sur la carte du monde, écoutez l’enregistrement des sons émis par des cachalots et des dauphins sur le site du télescope NEMO à l’est de la Sicile. Au sud de l’Espagne, vous entendrez des sifflements de dauphins et le bruit des navires; en mer de Ligure, des clics ou ultrasons émis par des cétacés. L’onglet à droite de l’écran livre les détails des sources sonores. Quant à la bibliothèque sonore, elle contient des archives sonores classées: cachalots, dauphins, activités et expériences humaines, séismes.

    Si le site LIDO est actuellement encore en construction et contient seulement des enregistrements, il prévoit à court terme l’écoute en direct ou en différé de courte durée des sons captés par les différents télescopes.[Le Figaro, LIDO]

    En savior plus
    Sur le site de LIDO