De la visite de taille dans l’estuaire

  • La queue de B260
    © René Roy
    15 / 09 / 2014 Par René Roy

    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

    Les premiers jours de septembre ont été particulièrement favorables à l’observation des baleines dans l’estuaire. Les conditions météo nous ont permis de sortir régulièrement.

    Le 5 septembre, je traverse l’estuaire pour me rendre dans le secteur entre Forestville et Longue-Rive pour une expédition photo. J’observe un petit rorqual en alimentation de surface et le rorqual bleu B403 qui ne semble pas avoir fréquenté l’estuaire auparavant selon les données du MICS. Il s’agit d’une maigre récolte de photos pour la journée, compte tenu du long trajet parcouru, environ 68 milles nautiques.

    Le 8 septembre, je suis accompagné cette fois par Julien Delarue, un collaborateur de longue date du MICS et spécialiste des rorquals communs. Julien s’intéresse particulièrement à leur génétique ainsi qu’à leur comportement acoustique.
    Nous sommes donc partis du Bic pour nous rendre aux Escoumins. Après une vingtaine de milles parcourus, un grand souffle d’une dizaine de mètres de haut apparaît devant nous. C’est un rorqual bleu. Alors que nous attendons une seconde respiration, nous découvrons un autre souffle, deux milles à l’ouest du premier; il s’agit d’un deuxième rorqual bleu. En raison de l’heure tardive, les conditions de lumière ne sont pas idéales pour la photo-identification, mais nous réussissons tout de même à prendre des photos suffisamment claires pour que Richard Sears , chercheur et fondateur du MICS, parvienne à les apparier. Il s’agit de deux femelles: B260 et B108. Dans le passé, j’ai rencontré B260 à deux reprises: en 2008 et en 2010 à Gaspé. Celle-ci a aussi été observée cet été dans l’estuaire par une équipe de Pêches et Océans Canada (MPO). Sur sa queue, on remarque d’anciennes cicatrices causées probablement par un empêtrement dans un engin de pêche. B260 et B108 sont des baleines « flukeuses », c’est-à-dire qu’elles lèvent la queue au moment de plonger. Environ 15 à 18 % des rorquals bleus du Saint-Laurent le font. Selon Richard Sears, c’est surtout des femelles qui le font, comme elles sont normalement plus grosses que les mâles et que ce sont les plus gros individus qui ont besoin de ce levier pour basculer vers les profondeurs.

    Plus tard dans la journée, après plusieurs photos d’identification de ces deux rorquals bleus, nous décidons de rentrer pour arriver à la marina du Bic avant la marée basse. Un peu au sud-ouest de l’île du Bic, nous apercevons un aileron qui avance en godillant (déplacement avec une série de virages rapprochés). Est-ce un requin? En approchant, Julien reconnaît le mouvement d’un poisson-lune (aussi appelé môle). D’un poids pouvant atteindre la tonne et d’une taille de 1 à 2 m, le poisson-lune est un géant. Il est resté assez longtemps à la surface de l’eau pour nous permettre de prendre quelques photos et de bien voir la forme de son corps et sa tête. Généralement, ceux qui ont déjà observé ces poissons dans la région, les ont surtout vus échoués sur les plages. Pour ma part, j’ai observé à deux reprises des poissons-lunes, soit une fois au sud de Terre-Neuve et une autre fois à Percé. Lors de ces observations, les poissons étaient à la surface de l’eau, couchés sur le côté et se réchauffaient au soleil.

    Finalement, c’était une belle journée avec des rencontres intéressantes, même si mon ami Julien n’a malheureusement pas eu l’occasion de croiser son rorqual préféré, le rorqual commun.

    Les photos sont au crédit de René Roy