Par François Vachon

Qu’ont en commun les mots « rorqual », « béluga », « cachalot », « épaulard » et « marsouin »? Certes, ils désignent tous des espèces de baleines. Mais encore ?

La langue ne parle pas de sexe

Les francophones apprennent à distinguer le masculin et le féminin dès leur plus jeune âge. La plupart du temps, la langue française possède un mot spécifique pour désigner chaque genre à l’oral comme à l’écrit. Par exemple, le féminin du mot « homme » est « femme », et celui de « garçon » est « fille ».

Le cas des noms d’animaux fait figure d’exception, si bien qu’on se demande parfois comment exprimer leur sexe. Pour certaines espèces, il existe des noms épicènes, c’est-à-dire des noms qui désignent les deux sexes. Pour bien marquer la distinction, on fait alors précéder ou suivre les noms d’espèce des mots « mâle » ou « femelle ». C’est notamment ce qui arrive avec les baleines. On parlera donc d’un « béluga mâle » ou d’un « béluga femelle ».

Se pourrait-il que la difficulté à déterminer le sexe des jeunes chez certaines espèces animales ait une incidence sur la construction de la langue et sur la féminisation des noms d’animaux ? Puisque les baleines ont une fente génitale et que leur appareil reproductif s’y trouve caché, une équipe de chercheurs doit souvent effectuer une biopsie ainsi qu’une analyse génétique pour déterminer le sexe d’un individu.

Interrogé à ce sujet, Jean-Pierre Le Blanc, responsable des relations avec les médias à l’Office québécois de la langue française (OQLF), remet les choses en perspective : « D’abord, il faut distinguer le sens initial de “ épicène ” (qui n’a qu’un genre grammatical, quel que soit le sexe de l’être animé désigné) : une souris, nom féminin qui peut désigner le mâle ou la femelle, du sens plus récent (qui a la même forme au genre masculin et au genre féminin) comme un ou une « terminologue », le masculin désignant un homme et le féminin une femme. » Ainsi, on ne dira ou n’écrira jamais « un baleine ».

Quant à la construction de la langue et la féminisation des noms d’espèces, il ajoute : « En général, les animaux ont une appellation épicène au premier sens du terme, comme une baleine, qui peut désigner le mâle ou la femelle. Selon Le Bon usage [la grammaire de référence dans la francophonie], pour la majorité des noms d’animaux, le genre reste sans lien avec le sexe. »

En outre, Le Bon usage précise que « dans l’usage ordinaire, les noms ayant un genre en rapport avec le sexe de l’animal désignent des animaux que l’homme élève ou chasse ». Cette distinction s’avère particulièrement intéressante, car dans un sens, la langue se porte ici à la défense de nos mammifères marins bien aimés !

Les baleines en questions - 20/2/2018

Collaboration Spéciale

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