Par Célia Baratier

La réponse n’est pas très satisfaisante : nous ne le savons pas exactement. Connaitre le nombre de baleines dans une population est essentiel pour suivre l’évolution de celle-ci. Pour les populations en voie de disparition, cela permet de mettre en place des mesures de conservation et d’observer leur efficacité. Cependant, compter les baleines n’est pas une tâche facile!

Pour plusieurs espèces, nous ne connaissons pas où les individus passent l’hiver, mais nous savons qu’ils viennent dans le Saint-Laurent l’été s’alimenter: d’où l’importance de comptabiliser les baleines qui le visitent. La photo-identification et les inventaires aériens sont des techniques utilisées pour estimer la taille d’une population et le nombre de visiteurs annuel.

À la recherche des baleines

Le Saint-Laurent est vaste, et souvent, chercher une baleine revient à chercher une aiguille dans une botte de foin! Mais compter les visiteurs une journée est une chose, connaitre la taille de la population à laquelle ils appartiennent en est une autre, surtout que tous les individus ne s’alimentent pas ici.

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là: les cétacés passent le plus clair de leur temps sous l’eau, entre 40 et 80% du temps. Ils sont tout de même obligés de respirer à la surface, alors c’est durant ce moment où ils sont visibles à nos yeux et à nos lentilles de caméra que l’on pourra les dénombrer!

Capturer leur portrait

La photo-identification permet d’identifier les individus grâce aux particularités qui les rendent uniques. Ainsi, en plus de suivre les déplacements, l’organisation sociale et les comportements des baleines, on peut estimer leur abondance par la photo-identification. De cette manière, on «capture» un échantillon de la population grâce au catalogue construit. Cette technique qu’on appelle «capture-recapture» est par exemple utilisée pour comptabiliser les baleines noires de l’Atlantique Nord, une population bien étudiée pour aquelle pratiquement tous les individus sont photo-identifiés. 

Vue des airs

Bien assis dans des avions, les observateurs vont pouvoir compter les baleines présentes sous eux. Ils vont survoler les baleines dans des aires reconnues comme utilisées par les baleines, comme les aires d’alimentation, en suivant un plan de vol défini. L’avion peut aussi être équipé d’appareils photo pour prendre des clichés à temps réguliers. Ainsi, de retour au sol, des observateurs comptabilisent les baleines présentes sur ces photos. Par la suite, les comptes sont modifiés par ce qu’on appelle des mesures de correction. On prend alors en considération les individus en plongée, qui auraient été ratés par le regard de l’observateur ou qui seraient ailleurs dans l’aire de répartition.

Cette méthode est utilisée pour compter les bélugas du Saint-Laurent. Les relevés peuvent aussi se faire à partir de points de vue terrestres ou sur un bateau.

Et est-ce qu’on pourrait compter les baleines de l’espace? Des chercheurs ont proposé d’utiliser des photos satellites pour dénombrer les rorquals à bosse le long de la côte australienne. Pour le moment, cette technique ne s’avère pas assez précise pour les bélugas, qui, par journée de mauvais temps, pourraient être confondus avec des vagues ou avec de la glace. Mais peut-être qu’un jour les photos satellites remplaceront les relevés aériens.

Alors si on compte une espèce, puis l’autre…

Nous utilisons donc les lieux connus où se trouvent les baleines, comme les aires d’alimentation, pour les dénombrer, grâce à la photo-identification et des relevés aériens, terrestres ou sur bateaux. Sur la base de ces observations, le nombre d’individus est estimé en prenant compte des biais, liés aux baleines non visibles à un moment donné.

Et pour connaitre le nombre de baleines qui visitent le Saint-Laurent chaque année, nous pouvons comptabiliser le nombre d’individus photo-identifiés et estimer à partir de ces données un nombre, mais il est bien loin de représenter la réalité. D’autant plus que les efforts de recherche ne sont pas égaux pour toutes les espèces et ne couvrent pas le territoire de la même manière, avec la même intensité.

Les baleines en questions - 4/12/2018

Collaboration Spéciale

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