Ce n’est pas un épaulard, mais une baleine noire!

  • 06 / 06 / 2019 Par Marie-Ève Muller - / /

    La semaine dernière, nous avons publié une vidéo comme étant celle d’un épaulard sautant hors de l’eau et faisant du «lobtailing», c’est-à-dire des claquements de queues. On y voit un animal au ventre tout blanc avec des nageoires pectorales larges et arrondies et des flancs noirs. Or, un lecteur attentif nous a soulevé l’hypothèse qu’il s’agissait peut-être d’une baleine noire de l’Atlantique Nord juvénile. Le doute semé, nous avons envoyé la vidéo pour validation aux équipes d’Ocean Wise, spécialistes des épaulards, et à celles de l’Anderson Cabot Center for Ocean Life at the New England Aquarium, spécialistes des baleines noires. Leur verdict est clair: ce n’est pas un épaulard, mais bien une baleine noire juvénile avec une tache blanche sous le ventre. À l’occasion, les baleines noires juvéniles peuvent avoir une ou des taches blanches sous le ventre. Ce qui a aussi permis aux experts de distinguer les espèces est la largeur du pédoncule, c’est-à-dire l’attache de la queue, assez épaisse chez les baleines noires par rapport à celle de l’épaulard.

    Les épaulards effectueront à l’occasion des claquements de queue, mais ne sortiront pas autant leur nageoire caudale de l’eau. Les baleines noires, tout comme les rorquals à bosse, parviennent à sortir leur queue plus haut. Les deux espèces effectuent des sauts hors de l’eau qu’on appelle «breach».

    Cette vidéo prise par le pêcheur et éditée par notre collaborateur René Roy montre un comportement exubérant et sublime. L’observation des sauts reste un privilège et nous sommes toujours heureux d’en partager la vidéo. Mais voilà pour la leçon d’humilité : même lorsqu’on observe les baleines sur le terrain ou sur photos et vidéos fréquemment et depuis longtemps, l’identification des espèces reste un défi, surtout lorsqu’elles ne sont pas des espèces qu’on voit tous les jours. L’identification des espèces demande donc de l’humilité, et la capacité à toujours remettre en doute ce que l’on croit.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.