En 2017, Ruth Joy et son équipe (ECHO) ont mené une étude sur la corrélation entre mesures de ralentissement et pollution sonore. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Frontiers in Marine Science.

La mer des Salish accueille une population d’épaulards appelée «résidents du sud» qui ne compte plus que 78 individus, surveillée de près par les scientifiques. Elle accueille aussi une multitude de navires, dont le bruit des moteurs menace d’accélérer l’extinction de cette population, en interférant avec la qualité sonore de son environnement. Si le son occupe un rôle central dans la vie de tous les cétacés, il revêt une importance capitale pour les épaulards, qui s’en servent à la fois comme un outil de communication, de localisation et de chasse. Or, lorsque les émissions sonores des bateaux atteignent un seuil trop élevé, les résidents du sud semblent consacrer plus de temps à leurs déplacements qu’à ces fonctions vitales. Afin de diminuer l’effet du bruit du trafic maritime, le port de Vancouver a mis en place des mesures de ralentissement volontaires dans les zones les plus à risque.

On incite les navires à réduire leur vitesse à 11 nœuds, vitesse qui permet aux bateaux de diminuer leur pollution sonore tout en leur assurant une certaine manœuvrabilité. Plus de 53 compagnies de transport répondent à l’appel. Contrairement aux mesures règlementaires, ces mesures ont pour avantage leur rapidité de mise en place. L’instauration de règlements nécessite en effet un processus particulièrement long (et couteux!) pouvant prendre plusieurs années, laps de temps dont ne dispose guère une espèce en voie d’extinction.

Les résultats s’avèrent concluants et encourageants. Déjà après deux mois, les épaulards passent plus de temps dans les zones ciblées, où ils peuvent consacrer plus de temps à se nourrir, plutôt qu’à se déplacer pour éviter la pollution sonore.

À chaque région sa mesure

Les mesures de ralentissement volontaires pourraient-elles avoir un effet similaire sur l’exposition des baleines du Saint-Laurent? Selon Clément Chion, professeur à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), leur impact reste encore à préciser. Avec son équipe de recherche, il développe un modèle de simulation permettant de projeter l’impact des mesures de gestion de la navigation sur les populations de baleines.

S’il confirme qu’une moins grande vitesse peut en effet avoir un effet positif sur la diminution de la pollution sonore, il considère qu’il est primordial d’inclure dans l’équation l’ensemble des segments de la navigation pour obtenir un portrait complet des impacts. Par exemple, un navire se déplaçant à une moins grande vitesse aura généralement un son instantané plus faible, mais puisqu’il rallonge son trajet, les baleines risquent d’être exposées plus longtemps au bruit qu’il émet. Il faut donc distinguer l’exposition instantanée de l’exposition cumulative et éviter d’émettre des conclusions trop hâtives.

Par ailleurs, bien qu’il soit crucial de s’intéresser aux impacts sur la population résidente de bélugas, plus à risque, M. Chion croit qu’il est important de ne pas négliger certaines espèces, notamment les baleines à fanons, ou mysticètes, qui sont affectées différemment par le bruit des bateaux.

Communiquer sans interférence

Les chercheurs émettent une mise en garde commune: la navigation risque d’augmenter au fil des années, et les mesures de ralentissement pourraient ne pas suffire à elles seules à contrer les effets des activités maritimes des humains. Il faut ainsi poursuivre les recherches et allier ces mesures à d’autres stratégies telles que des zones « à éviter » ou des trajets alternatifs, tout en conservant un dialogue ouvert avec les industries maritimes, dont plusieurs des services restent essentiels.

Clément Chion estime ainsi qu’une relation fondée sur l’écoute mutuelle contribuera plus efficacement à la protection des mammifères marins, et souligne par ailleurs la bonne collaboration des industries maritimes du Saint-Laurent, qui a déjà permis plusieurs avancées.

Actualité - 16/3/2020

Gabrielle Morin

Gabrielle Morin s’est jointe à l’équipe de Baleines en direct à l’hiver 2020 en tant que stagiaire. Étudiante en littérature, elle s’implique dans le milieu littéraire de la ville de Québec et écrit à temps perdu. Son amour des baleines est né sur les berges de l’estuaire du Saint-Laurent et l’a poursuivie jusqu’à Lévis. Depuis, elle le nourrit grâce à la lecture d’ouvrages scientifiques et à des expéditions estivales. Elle croit que sa passion de la littérature et des mammifères marins naissent d’une même volonté: capturer, et surtout partager son émerveillement.

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