La National Oceanic and Atmospheric Agency (NOAA) a identifié 75 individus baleines noires de l’Atlantique Nord dans le golfe du Saint-Laurent depuis le 4 juin, a affirmé Jean Landry, directeur des sciences des mammifères marins de Pêches et Océans Canada, lors d’un point de presse le 14 juin. Et si autant de baleines ont pu être identifiées individuellement, cela laisse présager une présence plus importante. Ces identifications résultent des efforts conjoints de la NOAA, des vols de surveillance de Pêches et Océans Canada et de Transports Canada, qui visent à mieux comprendre la distribution des baleines noires en eaux canadiennes et à surveiller leur présence afin d’éviter tous risques de collision ou d’empêtrement dans des engins de pêche.

«Nous ne voulons pas seulement diminuer les risques d’empêtrements cette année, nous voulons qu’il n’y en ait aucun», a répété Jean Landry. L’été dernier, douze baleines noires ont été trouvées mortes dans les eaux canadiennes, et au moins sept cas d’empêtrement sur cette espèce ont été constatés. Il a au passage souligné l’importante collaboration des pêcheurs jusqu’à présent, malgré les pertes financières possibles que cela peut leur engendrer cette année ainsi qu’aux communautés côtières. Mais les mesures de cette année visent à atténuer les impacts économiques à long terme, qui pourraient être majeurs, a souligné le directeur général de la gestion des ressources halieutiques, Adam Burns, présent lui aussi au point de presse. En effet, la certification durable de la pêche au crabe des neiges et au homard pourrait être perdue si des cas d’empêtrement de baleine noire survenaient cet été, ce qui pourrait nuire aux exportations. Qui plus est, selon la Fishermen’s Protective Act  et le Marine Mammal Protection Act des États-Unis, une pêche qui nuit à la protection d’une espèce menacée peut être interdite d’importation.

Des zones de pêche sont donc fermées pour des périodes de quinze jours au minimum pour prévenir les empêtrements lorsqu’une ou plusieurs baleines noires sont observées dans un périmètre. Plusieurs types de pêche sont ainsi touchés: crabe des neiges, crabe hyas, crabe commun, homard, buccin, flétan du Groenland (engin fixe), plie rouge (engin fixe), flétan de l’Atlantique (engin fixe si laissé sans surveillance) et au maquereau (filet maillant si laissé sans surveillance). À partir de samedi, 14 zones seront fermées complètement et 4 seront fermées partiellement.

Des associations de pêcheurs ont proposé au ministère des Pêches et des Océans de ne pas appliquer les fermetures aux secteurs ayant des profondeurs moindres de 10 brasses, soit environ 18 mètres de profondeur. Jean Landry a réitéré à ce sujet qu’on ne veut pas prendre de risques, puisque des études ont démontré que des baleines noires de l’Atlantique Nord peuvent se trouver en des eaux très peu profondes (moins de 18 mètres) lorsqu’elles s’alimentent.

Deux planeurs sous-marins détectent les baleines

Deux planeurs sous-marins (gliders) ont commencé à patrouiller les 9 et 10 juin dernier dans le golfe du Saint-Laurent. Les planeurs détectent automatiquement le son émis par un mammifère marin, identifient l’espèce selon les caractéristiques du son et signalent aux chercheurs, par satellite et en temps quasi réel, quelle espèce a été entendue. Les planeurs sont programmés pour détecter et reconnaitre les baleines noires, les rorquals boréaux, les rorquals communs, les rorquals à bosse et les rorquals bleus. Les détections de baleines noires apparaitront sur la carte des observations conjointe de Pêches et Océans Canada et de l’Université Dalhousie et pour les autres espèces, les détections peuvent être consultées sur Robots4Whales.

Actualité - 14/6/2018

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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