Baleine noire gaspésienne

  • Juillet 2011, rencontre de #1033 et #1625
    Le ministère des Pêches et des Océans du Canada a annoncé la fermeture de six zones de pêche pour protéger les baleines noires de l'Atlantique Nord. Sur la photo, l'individu 1033, photographié dans le golfe en 2011. © René Roy
    16 / 06 / 2014 Par René Roy -

    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins“>Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

    Le 31 mai dernier, j’ai eu la chance encore une fois d’observer une baleine noire. C’était ma sixième depuis ma première observation en 2005, et la première pour mon pilote Pierre. Malheureusement, je n’ai pu prendre de bonnes photos-identification compte tenu du comportement de l’animal et des conditions de la mer. En effet, puisqu’il faut pouvoir prendre en photo, soit le dessus de la tête et/ou la queue, on a besoin de pouvoir s’en approcher suffisamment et délicatement ainsi qu’avoir une certaine collaboration de sa part. Lorsque, comme celle-ci, la baleine est en déplacement rapide, il est difficile d’y arriver. C’est dommage, puisque selon la spécialiste de cette espèce, Moira Brown, c’est une observation très hâtive pour cette espèce, et dans ce secteur en particulier.

    Heureusement, au cours des années, pour la majorité de mes rencontres avec cette espèce, j’ai eu plus de chance. Toutes mes observations antérieures ont aussi eu lieu dans le secteur Gaspé-Percé, à l’exception de 2271-Prescott que j’ai pu suivre sur environ 5 milles marins au large de Grande-Vallée en 2007. J’avais aperçu un banc de dauphins à flancs blancs à partir de la côte et mis mon bateau à l’eau rapidement pour aller les observer. Je n’avais pas eu le temps de les atteindre lorsque j’ai aperçu ce beau souffle en « V », typique de la baleine noire. Les gens du New England Aquarium, en particulier Moira Brown qui gère le catalogue de cette espèce, avait pu l’identifier grâce à mes quelques mauvaises photos.

    Une autre fois, en juillet 2011 au large du cap des Rosiers, j’ai suivi, jusqu’au tout dernier rayon de lumière, une paire de baleines noires, qui se sont avérées être deux mâles. Il s’agissait, toujours selon le catalogue du NEAQ, d’animaux connus numérotés 1033 et 1625 (voir les trois première photos ci-bas). J’étais avec un ami qui était embarqué avec moi pour me donner un coup de main au pilotage. Comme moi, il n’en revenait pas d’avoir la chance de les côtoyer ainsi sur une mer d’huile.

    À la quatrième occasion, en août 2012, grâce à l’information radio transmise par le capitaine Steve Cloutier de Percé, j’ai pu prendre quelques bonnes photos qui ont permis d’identifier 3139-Diablo. Il avait une blessure/cicatrice sur le pédoncule, assez caractéristique (voir quatrième photo ci-bas).

    Ce sont toujours des rencontres impressionnantes avec ces animaux puisqu’elles sont rarissimes et que leur comportement particulier de baleines « écrémeuses » diffère de la majorité des baleines « engouffreuses » rencontrées habituellement dans le Saint-Laurent (petit rorqual, rorqual commun, rorqual à bosse et rorqual bleu). De plus, comme les rorquals à bosse, elles sortent leur queue de l’eau au moment de plonger. De magnifiques animaux.

    Note: Si vous croyez apercevoir cette espèce dans le Saint-Laurent, signalez rapidement votre observation à Urgences Mammifères Marins (1-877-722-5346): chaque observation compte pour mieux connaître cette espèce rare et fragile.

    Les photos sont au crédit de René Roy