Plus de 75 % des baleines noires de l’Atlantique Nord portent des blessures ou des cicatrices causées par des engins de pêche. Une étude, menée par le Woods Hole Oceanographic Institution, s’est récemment penchée spécifiquement sur la question du poids supplémentaire traîné par ces baleines empêtrées sur de grandes distances.

Un poids lourd à porter

Plus de 75 % des baleines noires portent des blessures ou des cicatrices causées par des engins de pêche, particulièrement les jeunes. Les orins, les panneaux de filets maillants, les lignes de fond flottantes et les filets fantômes sont les plus souvent en cause. Les baleines noires se prennent également dans les palangres, les trappes à morue et les pêcheries à hareng. Elles se prennent habituellement par la bouche, les nageoires ou la queue. Certains de ces empêtrements entraînent la mort de l’animal. Plusieurs baleines peuvent survivre toutefois avec des lignes enroulées autour du corps, traînant parfois des filets, des lignes, des bouées ou des casiers pendant des mois ou des années. L’affaiblissement provoqué par les blessures infectées ainsi que la perte d’efficacité pour la nage, la plongée, la quête de nourriture et les autres comportements sont difficiles à mesurer.

Une équipe de chercheurs, menée par le Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), en collaboration avec le Center for Coastal Studies (CCS) et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), s’est penchée spécifiquement sur la question du poids supplémentaire traîné par les baleines empêtrées pendant des mois, voire des années, avant d’être libérées par une équipe spécialisée, de se désempêtrer elles-mêmes ou d’en mourir. Les résultats de l’étude sont parus, le 9 décembre 2015, dans le journal Marine Mammal Science.

Pour quantifier cette traînée additionnelle, les chercheurs ont utilisé un tensiomètre qui mesure les forces dynamiques (en traction/compression) de différents engins de pêche tirés par un bateau à multiples vitesses et profondeurs. Seize engins de pêche ont été testés: dix lignes, longues entre 25 et 200 m, cinq avec des bouées et un avec deux casiers à homard.

En moyenne, les engins de pêche augmenteraient la traînée d’une baleine de 1,5 fois de plus que celle d’une baleine libre. Les animaux empêtrés dépenseraient ainsi deux fois plus d’énergie pour nager à la même vitesse. À long terme, ou si la baleine s’empêtre à plusieurs reprises, ces incidents peuvent nuire considérablement à sa migration, son alimentation et même à la croissance des jeunes. D’ailleurs, une émaciation des individus a été documentée dans 56% des cas de mortalité par prises accidentelles dans un engin de pêche. Ces résultats ont également prouvé que les efforts entrepris pour déprendre une baleine de ses cordages ne sont certainement pas faits en vain. Si l’animal n’est pas entièrement libéré, couper une partie des cordages peut réduire jusqu’à 85% la traînée.

Une baleine urbaine

Les baleines noires de l’Atlantique Nord passent l’été dans le golfe du Saint-Laurent, la baie de Fundy et la région du plateau néo-écossais au Canada ainsi que dans le golfe du Maine et au large de Cape Cod aux États-Unis. À l’automne, elles repartent vers le Sud, longeant la côte est américaine, pour rejoindre les eaux de la Floride et de la Géorgie. Au cours de ce long périple, elles traversent d’importantes voies maritimes et plusieurs zones de pêche. Maintes mesures ont été mises en place pour tenter de diminuer les risques de collisions et de prises accidentelles, mais à ce jour, les mortalités continuent. Et en plus d’être dangereux, voire mortels, ces empêtrements coûtent très cher aux pêcheurs qui doivent remplacer les cordes et les casiers perdus ou abimés.

Avec une population estimée à 526 individus en 2014, la baleine noire de l’Atlantique Nord est l’une des espèces les plus en péril dans le monde. Chaque naissance représente donc un mince espoir pour sa survie.

Source :

Drag from fishing gear entangling North Atlantic right whales
Pour en savoir plus :

Drag from Fishing Gear Entanglements Quantified, Study Focused on North Atlantic Right Whales

La baleine noire de l’Atlantique Nord

Programme de rétablissement de la baleine noire

Les prises accidentelles dans les engin de pêche

Actualité - 18/12/2015

Marie-Sophie Giroux

Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005 et y a travaillé jusqu’en 2018. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».

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