Baleine empêtrée, une situation complexe

  • L'empêtrement dans des filets de pêche peut causer la mort prématurée des baleines // Entanglement in fishing nets can cause the early death of whales. © International Fund for Animal Welfare
    03 / 07 / 2018 Par Anthony François - / /

    Coordonner la mise en place d’un dépêtrement

    Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) reçoit chaque année des signalements de mammifères marins empêtrés dans des engins de pêche (cordages, filets ou casiers). Cependant, au Québec, il n’existe pas d’équipe spécialisée ayant l’expérience et les permis nécessaires pour effectuer des opérations de dépêtrement. En fonction de la localisation de la baleine, les équipes du Campobello Whale Rescue Team (CWRT) ou du Whale Release and Stranding Group de Terre-Neuve-et-Labrador peuvent intervenir sur le cas. Retour sur les enjeux liés à ces opérations complexes et risquées.

    Capitaine Crochet fait partie des cas célèbres d’empêtrement dans le Saint-Laurent. © GREMM

    Le Réseau doit récolter le plus d’informations possible, dont des photos ou des vidéos pour identifier l’espèce, obtenir des précisions sur l’engin dans lequel l’animal est empêtré, l’intensité de l’empêtrement, la localisation précise de l’incident et le comportement de l’animal. Le Réseau agit en tant qu’équipe de soutien pour relayer les informations sur le cas aux équipes de dépêtrement et à Pêches et Océans Canada (MPO). Le Réseau se charge aussi de la sensibilisation du public et également de partager les mises à jour sur le cas aux spécialistes tout au long du développement de la situation.

    Gérer les risques, pour les humains et les baleines

    Mackie Greene, un pêcheur de l’ile de Campobello, au Nouveau-Brunswick, fait partie du Campobello Whale Rescue Team (CWRT) qui procède au dépêtrement des mammifères marins dans la région de la baie de Fundy. Étant intervenu sur plus d’une trentaine de cas d’empêtrement depuis 2002, le CWRT possède une solide expérience dans le domaine. Toutefois, même pour ses experts, les interventions restent extrêmement dangereuses. L’incident tragique survenu en 2017, où Joe Howlett, membre cofondateur du CWRT, a perdu la vie lors du dépêtrement d’une baleine noire, nous le rappelle. « Tous les cas sont différents. Ce sont des opérations vraiment dangereuses, si elles ne sont pas réalisées correctement, et même avec de l’expérience, c’est possible que les choses tournent mal », précise Mackie Greene.

    Le dépêtrement est une intervention très stratégique qui nécessite une bonne évaluation de la situation et une bonne lecture du comportement de l’animal. Il faut entre autres savoir comment aborder l’animal en détresse sans le heurter avec le bateau. Mal réalisé, le dépêtrement peut aussi nuire à l’animal. Par exemple, en coupant partiellement les cordages, l’animal pourrait retrouver une certaine mobilité, et devenir inaccessible aux équipes spécialisées pour terminer le dépêtrement. Qui plus est, une personne intervenant sans formation s’expose à des dangers réels qui peuvent même mener à la mort.

    Au Québec, la règlementation sur les mammifères marins stipule qu’il est nécessaire de détenir un permis pour effectuer toute manipulation ou intervention sur un mammifère marin. L’obtention de ce permis nécessite d’avoir reçu une formation appropriée en dépêtrement au sein d’un organisme reconnu par le ministère, d’avoir une bonne connaissance du comportement et de l’anatomie des mammifères marins, mais aussi d’avoir de l’expérience dans le domaine. Ce sont des facteurs importants pour assurer la sécurité des intervenants et pour obtenir des assurances appropriées pour couvrir ce type d’intervention.

    «À l’heure actuelle, des efforts sont faits du côté du ministère et de ses partenaires pour améliorer la capacité de réponse aux cas de dépêtrement au Québec», souligne Antoine Rivierre, agent régional principal espèces pélagiques et mammifères marins au MPO. Pêches et Océans Canada n’exclut pas que dans le futur des spécialistes reconnus puissent encadrer la formation des personnes intéressées à monter des équipes de sauvetage.

    Les pêcheurs peuvent constituer une partie de la solution, tant dans la prévention des empêtrements que dans les opérations de dépêtrements, notamment grâce à leur bonne connaissance des engins de pêche. D’ailleurs, l’équipe de Campobello a été fondée par des pêcheurs qui ont développé cette initiative sur la base du volontariat, non pas seulement pour aider les mammifères marins par amour de la mer, mais aussi pour venir en aide à leurs compatriotes qui perdent ainsi leur matériel de pêche.

    Alors si vous voyez un mammifère marin empêtré, composez sans tarder le 1-877-7baleine! Ainsi, tout sera mis en place pour aider l’animal et assurer la sécurité des intervenants.

    Pour aller plus loin

    Prises accidentelles dans les engins de pêche (Baleines en direct, 2018)

    Suivi du cas de Capitaine Crochet (Baleines en direct, 2014)

    Tryphon in memoriam (Baleines en direct, 2012)


    Anthony François est assistant de recherche au GREMM et préposé au Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) depuis 2017. Biochimiste et biologiste de formation, il réalise l’importance de la vulgarisation scientifique et de la sensibilisation du public au cours de sa maitrise. Anthony tient la chronique d’Urgences Mammifères Marins.