Baie-Sainte-Marguerite : un site de choix, pas seulement pour les bélugas

  • Baie-Saint-Marguerite est reconnue pour l’observation de bélugas. Le site était aussi prisé par les premiers habitants de la Côte-Nord. © GREMM
    03 / 08 / 2018 Par Aurélie Lagueux-Beloin - / /

    Chaque été, de nombreux amateurs de plein air passent par Baie-Sainte-Marguerite dans le parc national du Fiord-du-Saguenay pour profiter des paysages et tenter d’apercevoir un béluga. Ce site est une pouponnière de bélugas : les femelles et leurs petits y séjournent durant l’été. Si on remonte dans le temps de plusieurs milliers d’années, cette baie du parc marin Saguenay-Saint-Laurent était aussi un site prisé par les habitants de la région. Alors que le Mois de l’archéologie débute, le centre Archéo Topo, à Bergeronnes, propose d’explorer qui étaient les premiers visiteurs de la Côte-Nord et de Baie-Sainte-Marguerite.

    Des mangeurs de phoques

    Située à environ 25 kilomètres de Tadoussac, sur le versant nord de la rivière Saguenay, Baie-Sainte-Marguerite est un endroit où se concentre un grand nombre de ressources tant terrestres qu’aquatiques. On y retrouve un foisonnement de cervidés, de sauvagines, de saumons de l’Atlantique, de phoques et de bélugas sur un territoire de quelques kilomètres carrés. Cette abondance de vie n’a pas échappé aux premiers habitants de la région qui s’y arrêtaient quelques semaines par année.

    La baie Sainte-Marguerite © Google Maps

    Malgré ce qu’on pourrait imaginer avec la vocation actuelle du site, ces populations ne faisaient pas la route pour le béluga. « Quand on s’intéresse aux mammifères marins chassés il y a plusieurs milliers d’années, il n’y pas une baleine en vue. C’est le phoque du Groenland qui était visé », remarque Marc-André Béchard, archéologue à ArchéoTopo.

    Le phoque du Groenland composait l’essentiel de la diète des premiers habitants de Baie-Sainte-Marguerite. © Virginia State Park

    D’après les données archéologiques, il est possible de reconstituer la diète des populations qui migraient chaque année et s’installaient à Bay Mills, une petite pointe de terre dans la baie Sainte-Marguerite. Les ossements retrouvés indiquent que l’essentiel de la nourriture consommée à cet endroit appartient à la famille des phoques, regroupant majoritairement des ossements de phoques du Groenland.

    Pourquoi ces gens partaient-ils du golfe du Maine pour venir jusqu’à la baie Sainte-Marguerite? Pour Marc-André Béchard, les conditions favorables de l’endroit sont l’explication : « Encerclée par des falaises, la baie est protégée des vents froids dominants. La rivière Saguenay est également gelée en hiver à cette hauteur, permettant de se déplacer sur la glace pour la chasse aux phoques. »

    Un coffre à outils révélateur

    En plus de la diète des premiers habitants de Baie-Sainte-Marguerite, les archéologues cherchent à découvrir qui étaient ces populations et comment elles vivaient. Sans machine à voyager dans le temps, Marc-André Béchard explique qu’il faut être inventif et trouver d’autres façons de découvrir ce qui se tramait à Baie-Sainte-Marguerite : « C’est grâce à la boite à outils des premiers habitants du territoire du parc marin que les archéologues peuvent documenter ce à quoi ressemblait leur mode de vie. »

    Ces habitants priorisaient des outils spécifiques aux mammifères marins. Les outils polis et souvent faits à partir d’os, comme des harpons et des perçoirs, servaient à chasser le phoque du Groenland. Les archéologues ne savent pas comment expliquer le polissage systématique de ce type d’outils, mais émettent l’hypothèse qu’une texture lisse a l’avantage de glisser mieux dans la chair des animaux.

    Pour en savoir plus

    Centre ArchéoTopo
    498, rue de la Mer,
    Bergeronnes (QC) G0T 1G0
    Téléphone: (418) 232-6286


    Aurélie Lagueux-Beloin est stagiaire à la vulgarisation scientifique depuis 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!