Par Maude-Émilie Bourque

Dimanche, 25 aout 2019. Je pars tôt le matin en direction des Grandes-Bergeronnes avec mon équipement : appareil photo et objectif de 400 mm, GPS, dictaphone et combinaison de flottaison. 8h30, nous partons pour la première croisière de la journée. Les conditions météorologiques et le comportement des rorquals à bosse et des petits rorquals sur notre premier site d’observation me permettent de faire de beaux clichés. La fin de la croisière approche quand notre capitaine reçoit un appel radio et me glisse à l’oreille que nous allons quitter notre site, car une «grosse bibitte» aurait été aperçue.

Nous arrivons au point de rendez-vous où d’autres bateaux sont déjà présents. L’attente commence. Nous sommes serrés dans le temps pour faire une observation de la géante et devrons quitter les lieux sous peu pour rentrer à quai. L’excitation est palpable sur le bateau. Après une quinzaine de minutes à faire du surplace, un geyser d’une hauteur impressionnante apparait à un mille nautique sur notre tribord. Notre capitaine redirige le bateau instantanément. Cinq zodiacs se dirigent maintenant vers un point précis. Caméra au poing et l’œil collé au pointeur, je suis prête, mais surtout je ne veux rien manquer. La bête souffle. Clichés flous accompagnés d’une légère pointe de déception; la baleine semble foncée comme un rorqual commun, bien que la bête soit significativement plus grande. Je suis perplexe, mais je garde les deux yeux ouverts et la caméra pointée. Un dernier souffle avant une plongée qui durera une vingtaine de minutes (assez longtemps pour perdre la trace de l’individu) et donc ma dernière chance pour photographier et en même temps observer une espèce attendue avec impatience depuis plusieurs semaines. Nous sommes à une distance règlementaire (400 mètres) et la longueur de mon objectif ne me permet pas une capture parfaitement détaillée, ma série de photo est prise au mieux de mes capacités. Je peux maintenant rentrer au bureau pour télécharger les premières photos d’une Balaenoptera musculus. Sur l’écran, il est possible de distinguer la belle coloration grise bleutée du rorqual bleu.

Les rorquals bleus sont une espèce en voie de disparition qui est sujette à une règlementation stricte pour l’observation. Pour le bienêtre de ces animaux, une distance de 400m minimum doit être maintenue entre l’embarcation et un rorqual bleu. Je ne croyais pas voir cette année ces visiteurs tardifs qui se laissent désirer en permanence. Bien que bref, un moment passé avec le plus gros mammifère au monde est toujours mémorable et impressionnant. Il y a encore tant de choses à découvrir sur ces mysticètes. D’où l’intérêt d’en prendre grand soin pour permettre aux générations futures d’avoir la même chance de faire leur rencontre.

Carnet de terrain - 3/9/2019

Équipe du GREMM

Dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique, l’équipe de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) étudie en mer les bélugas du Saint-Laurent et les grands rorquals (rorqual à bosse, rorqual bleu et rorqual commun). Le Bleuvet et le BpJAM quittent chaque matin le port de Tadoussac pour récolter de précieuses informations sur la vie des baleines de l’estuaire du Saint-Laurent.

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