Aire marine protégée dans le Saint-Laurent: la réserve Manicouagan est créée

  • 29 / 08 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Si la nouvelle est bien accueillie et saluée par des acteurs de la conservation, des questions se posent sur le suivi écologique et l’expertise scientifique mis en œuvre sur le terrain.

    Cette aire marine protégée (AMP) visera un territoire marin côtier de 712 km2 bordant la péninsule de Manicouagan près de Baie-Comeau, de Betsiamites à l’ouest jusqu’à Pointe-Lebel à l’est. Annoncée par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), c’est la première AMP créée et placée sous la responsabilité du Québec. Dans le Saint-Laurent, elle vient s’ajouter au parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, sous juridiction fédérale et provinciale, créé en 1998.

    « Après de nombreuses années de stagnation, voici enfin une avancée pour la conservation des milieux marins au Québec, déclare Patrick Nadeau, directeur général de la Société de la nature et des Parcs du Canada Section Québec (SNAP Québec) dans un communiqué. Nous osons espérer que l’enthousiasme suscité par ce projet saura encourager les décideurs à poursuivre sur cette lancée ».

    Avec la création de cette réserve aquatique, 1,3 % du territoire marin québécois sera protégé, ce qui représente une faible superficie au vu des engagements pris en 2010 par le gouvernement québécois d’augmenter la superficie des AMP pour qu’elle couvre 10 % d’ici 2020. Avec le plus vaste réseau d’AMP au monde, l’Australie consacre 35 % de son territoire marin à la protection des écosystèmes, l’État de la Californie 15 % et un certain nombre pays se fixent pour 2020 un objectif de 10 à 20 %.

    Suivi écologique et investissements

    Une aide financière de 150 000 $ sera versée pendant les trois prochaines années au Parc Nature de Pointe-aux-Outardes pour assurer la gestion de la réserve aquatique projetée en collaboration avec le MDDEFP et les partenaires du milieu.

    La SNAP questionne ces investissements, car « il va falloir que le gouvernement québécois assure le suivi scientifique sur le terrain et alloue des budgets pour comprendre et protéger les écosystèmes afin que la cible de protection soit assurée », précise Patrick Nadeau pour Baleines en direct. « Sans quoi, ce superbe projet de réserve aquatique ne restera que des lignes tracées sur une carte », dit-il dans le communiqué de la SNAP.

    Protéger les espèces aquatiques et les mammifères marins

    Le ministère annonce que « l’octroi de ce statut d’aire protégée projetée permettra d’assurer un contrôle plus serré relativement à la dégradation des habitats, à la qualité de l’eau et des sédiments, à la surexploitation d’espèces commerciales, à la diminution de la biodiversité et de certaines espèces en situation précaire, dont le phoque commun, le marsouin commun et le petit rorqual ».

    Baleines en direct l’a interrogé pour savoir quelles ressources, expertise et moyens seront mis en œuvre pour exercer un tel contrôle, notamment sur les mammifères marins. Le ministère répond que « l’octroi du statut de réserve aquatique projetée est une première étape. La Loi sur la conservation du patrimoine naturel qui encadre le statut de “ réserve aquatique ” prévoit un délai de quatre ans pour l’obtention du statut permanent. Durant cette période, le MDDEFP va élaborer un plan de conservation et de gestion avec les intervenants du milieu pour préciser les mesures de conservation et de mise en valeur à mettre en œuvre dans la réserve aquatique. […] Les orientations de conservation, de mise en valeur et de gestion feront l’objet d’une consultation publique dont les modalités seront précisées en temps opportun.»

    Et dans le golfe?

    Rappelant les enjeux que représentent les projets d’exploration et d’exploitation gazière et pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, Patrick Nadeau poursuit: « Notre prochaine préoccupation est de savoir si le gouvernement est prêt à aller de l’avant dans le golfe du Saint-Laurent en créant des AMP ».

    Aucune AMP n’a été créée dans le golfe. Deux projets sont à l’étude en Gaspésie et aux îles de la Madeleine, menés en collaboration par les gouvernements fédéral et provincial.

    Sources: MDDEFP, SNAP Section Québec, Journal de Montréal, Le Devoir

     

     

     

     

     

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