Caïman

Rorqual commun

ligne décoration
  • Numéro d’identification

    Bp034

  • Sexe

    Femelle

  • Naissance

    Inconnue, mais avant 1984

  • Connu depuis

    1986

Ses traits distinctifs

L’identification de Caïman n’est pas chose aisée. La raison en est fort simple : elle ressemble beaucoup à un autre rorqual commun bien connu dans l’estuaire nommé U2. C’est d’ailleurs cette ressemblance qui lui a valu son nom. En effet, selon la légende, c’est un chercheur du GREMM qui, l’apercevant, s’écria : « Y’est caïman pareil que U2. »

Ces deux rorquals communs présentent une entaille sur la nageoire dorsale. Celle de Caïman est en forme de « U ». En outre, elle est davantage courbée vers l’arrière, et son bout est très irrégulier. On observe également plusieurs traits pâles au bas de sa nageoire dorsale. Cette femelle présente également des cicatrices à la fin de son pédoncule. Elle aurait également pour sosie l’individu Bp086, dont le bout de la nageoire dorsale ressemble beaucoup au sien.

Caïman (côté droit), 28 juillet 2015 © GREMM
Caïman, (flanc droit) 30 août 2016
Caïman avec balise télémétrique, 30 août 2016
Caïman et son nouveau-né, 2017

Son histoire

Caïman est une résidente saisonnière de l’estuaire du Saint-Laurent. Pour être considéré comme un résident saisonnier, un individu doit avoir été observé pendant quatre années consécutives depuis sa première année d’identification. Elle a séjourné dans le parc marin avec sa progéniture en 1989, en 2000, en 2017 et en 2020. En 2004, nous ne l’avons observée qu’une seule fois avec un baleineau, ce qui ne nous permet pas d’affirmer qu’il s’agissait bien du sien.

Caïman a déjà eu une « double personnalité ». Pendant plusieurs années, elle n’était connue que par son côté droit. Un autre animal, connu seulement par son côté gauche, avait été nommé U3 en l’honneur de sa grande ressemblance avec U2. Le mystère a été élucidé en 1999, lorsque des chercheurs du GREMM ont réussi à prendre des photos des deux flancs de l’animal au cours d’une même rencontre, prouvant ainsi qu’il s’agissait en fait d’un seul et même individu.

Depuis la première rencontre en 1986, elle a été aperçue presque tous les ans, ce qui lui vaut le titre de « rorqual commun le plus observé dans l’histoire du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent ».

Historique des observations dans l’estuaire

1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020

Années pendant lesquelles l’animal n’a pas été observé Années pendant lesquelles l’animal a été observé

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Déjà trois paires mère-veau rorqual commun ont été observées dans le parc marin. Parmi elles, un individu bien connu des chercheurs : la dénommée Caïman. Entrée dans le catalogue dès 1986, cette femelle rorqual commun a été identifiée 32 étés sur les 35 dernières années, un record de fidélité ! C’est aussi une reproductrice précieuse. Si les observations avec le nouveau-né se répète, Caïman serait maman au moins une quatrième fois!

Chez le rorqual commun, il n’est pas toujours facile d’identifier la mère d’un veau. Les naissances ont lieu entre novembre et janvier, et l’allaitement dure 6 ou 7 mois. Aussi les baleineaux arrivent-ils dans le Saint-Laurent proches du sevrage et peuvent-ils être observés nageant avec d’autres adultes. C’est la répétition des observations qui permet de confirmer le lien filial. En 2004, par exemple, Caïman n’a été aperçue qu’une fois avec un baleineau, il n’est donc pas possible de le lui attribuer.

Caïman tire son nom d’une ressemblance, non pas avec un reptile, mais avec un autre rorqual commun, baptisé U2. Ces deux-là possèdent une encoche similaire à la base de la nageoire dorsale, ce qui aurait provoqué le jeu de mot « Y’est caïman pareil que U2 ».

Par Camille Bégin Marchand

On reconnait Caïman (Bp034) par sa nageoire dorsale qui porte une entaille à la base. Or, ce rorqual commun n’est pas le seul à porter cette marque. Il se distingue de ses sosies grâce aux contours irréguliers de l’extrémité de sa nageoire dorsale. De plus, s’il arque le dos suffisamment, on peut voir des cicatrices à la fin de son pédoncule. Caïman est un rorqual commun femelle connu depuis 1986. Elle a été observée presque chaque année depuis sa première identification. D’ailleurs, il s’agit du rorqual (rorqual commun, rorqual bleu et rorqual à bosse compris) le plus souvent vu dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent : 30 années sur 33 ! Pendant plusieurs années, Caïman était reconnue d’un seul flanc. Une photo de ses deux flancs au cours d’une même séance d’observation a permis de constater que cet individu avait une double identification. Ces photos ont permis de joindre les deux individus en un seul.

La photo-identification est une technique utilisée depuis les années 1930. Elle consiste à utiliser les marques naturelles (pigmentation, patron de coloration, cicatrices) des individus afin de les identifier entre eux. Cette technique est utilisée sur plusieurs animaux : baleines, phoques, girafes, chimpanzés, zèbres, etc. Chaque espèce a ses particularités uniques qui permettent de distinguer chaque individu de ses congénères. Elle s’avère très pratique dans le cas où des marques faites par les humains comme des étiquettes, des tatouages ou des colliers ne peuvent être posés facilement. Bien que les étapes de cette technique semblent simples, chaque photo demande beaucoup d’heures d’analyse en laboratoire. Les photos sont comparées avec celles de plusieurs individus et appariées en fonction de critères rigoureux. La numérisation des photos permet aujourd’hui de voir encore plus de détails. On peut parfois se questionner si des programmes informatiques ne pourraient pas accélérer le travail, mais, jusqu’à maintenant, l’œil humain demeure l’outil le plus performant pour exécuter ce travail fastidieux. Cette technique a aussi d’autres utilités. Grâce à la photo-identification, l’équipe de recherche de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) a identifié un rorqual bleu (B105) à 30 ans d’intervalle de chaque côté de l’Atlantique, dans le golfe du Saint-Laurent en 1984 et dans les Açores en 2014. En 2015, ce même rorqual bleu était de retour sur la côte est de l’Amérique du Nord, reconnu une fois de plus grâce à la photo-identification. C’est la photo-identification qui a permis de confirmer cette « migration » de 3900 km.

Avec l’entaille à la base de sa nageoire dorsale, Caïman a plusieurs sosies comme U2 et Bp086. Ce sont les contours irréguliers de l’extrémité de cette nageoire qui permettent de la différencier de ses congénères et, si elle arque le dos suffisamment, les cicatrices au bout de son pédoncule.

Cette année, Caïman est venue visiter le parc marin avec son jeune. Elle était aussi accompagnée de sa progéniture en 1989 et en 2000. En 2004, nous l’avons observée qu’une seule fois avec un baleineau, ce qui ne nous permet pas d’affirmer qu’il s’agissait bien du sien. Chez le rorqual commun, les femelles seraient matures sexuellement vers l’âge de six ans et se reproduiraient tous les trois ans jusqu’à la fin de leur vie.

Caïman serait à ce jour le rorqual commun le plus souvent identifié dans le parc marin! La première observation remonte en 1986! À cette époque, elle semblait déjà être une adulte.

On estime la longévité du rorqual commun aux alentours de 90 ans, mais des individus plus âgés ont déjà été découverts tel un spécimen trouvé en Antarctique âgé de 111 ans. Les méthodes d’estimation de l’âge des baleines à fanons reposent sur le dénombrement post-mortem des couches de croissance de différents tissus persistants et non sur les couches de cire accumulées dans l’oreille comme dans le passé. Par exemple, les couches de protéines accumulées dans le cristallin de l’œil et la croissance de certains os sont des méthodes utilisées.

Règle plutôt générale pour l’ensemble des cétacés : plus une espèce est petite, plus sa vie est courte. Dans le Saint-Laurent, le marsouin commun vit de 15 à 20 ans. Inversement, le rorqual bleu vit entre 85 et 100 ans. Néanmoins, il existe des exceptions. La baleine boréale pourrait vivre au-delà de 200 ans. C’est le mammifère ayant la plus grande longévité. Son secret: elle aurait la capacité de réparer son ADN et de lutter efficacement contre le cancer et des maladies liées à l’âge.

Aussi, chez les épaulards ou les globicéphales noirs —  des sociétés matriarcales tissées serrées — les femelles vivent plus longtemps que les mâles et bien au-delà de la ménopause qui survient vers l’âge de 40 ans, ce qui est très rare chez les mammifères. Ces vieilles femelles jouent donc un rôle essentiel dans la transmission du savoir aux générations suivantes. L’ensemble du groupe bénéficie de l’expérience et de l’aide des ainées, ce qui augmente les chances de survie et de reproduction.

Le célèbre Caïman entre enfin dans le parc marin. Cette femelle rorqual commun se distingue des autres individus par sa nageoire dorsale, dont l’extrémité est assez irrégulière. C’est ce qui nous permet de la différencier de ses sosies : U2 et Bp086. De plus, plusieurs lignes pâles sont visibles sous sa nageoire dorsale. Caïman présente également quelques cicatrices à l’extrémité de son pédoncule. Ce rorqual commun est un visiteur régulier du parc marin.

Le matin du 30 août, à 7h18, Caïman a été équipé d’une balise télémétrique, à 6 milles nautiques au large du Cap de Bon-Désir. Pendant le suivi, l’animal a été observé avec cinq autres rorquals communs, deux baleines bleues et une bosse dans un rayon d’environ 150 mètres. Tous se nourrissaient en surface. Après un peu plus de 8 heures de suivi, l’étiquette télémétrique est tombée du dos de Caïman alors qu’il se trouvait en face de l’embouchure du fjord du Saguenay, près de la bouée K54. Après une pause de deux semaines au début du mois d’août, le projet de suivi télémétrique des grands rorquals, mené conjointement par Pêches et Océans Canada, le GREMM et Parcs Canada, termine ses activités cette semaine. Les résultats seront bientôt publiés sur le site Baleines en direct.

L’entaille à la base de la nageoire dorsale de Caïman est un trait partagé par de nombreux rorquals communs, comme U2 et Bp086. Ce qui la différencie de ses semblables, ce sont les contours irréguliers de l’extrémité de sa nageoire dorsale. Si elle arque suffisamment son dos au moment de plonger, on peut voir quelques cicatrices à l’extrémité du côté droit de son pédoncule.

Caïman a été observé le 28 juillet 2015, à 3,5 miles nautiques au large du Cap Granite et a été vu au moins jusqu’au 31 juillet 2015. Depuis sa première observation en 1986, elle a été vue presque chaque année, ce qui en fait le rorqual commun le plus observé dans l’histoire du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Elle a également été vue plus d’une fois avec des jeunes.

Les rorquals communs mâles atteignent la maturité sexuelle entre 8 et 12 ans et les femelles, entre 6 et 10 ans. L’accouplement a lieu dans les eaux tempérées entre décembre et janvier. La gestation dure entre 11 et 12 mois. La mise bas a lieu entre novembre et janvier de l’année suivante, également dans des eaux plus chaudes. L’allaitement dure 6 à 7 mois. Les nouveau-nés mesurent en moyenne 6,4 m et pèsent 1,9 t. Les femelles peuvent mettre bas tous les 3 ans. Lorsque les baleineaux arrivent avec leur mère dans leurs aires d’alimentation, comme le fleuve Saint-Laurent, ils peuvent être déjà sevrés ou non. Caïman a été observée avec un baleineau en 1989 et 2000. Au cours de la saison 2004, elle n’a été vue qu’une seule fois avec un jeune, ce qui ne nous permet pas de déterminer si c’est le sien ou non. Une relation mère-petit ne peut être spéculée qu’après de multiples observations des deux animaux côte à côte tout au long de l’été. Un test génétique réalisé par une biopsie permet de confirmer de telles spéculations.

Caïman a été observé par l’équipe du GREMM le 22 juillet à 11h30, à 5 miles nautiques de la côte du Cap Granite.

Caïman est plus facilement identifiable par son flanc gauche. A l’extrémité de son pédoncule, sur le côté droit, se trouve une cicatrice, bien qu’elle soit rarement visible, à moins que Caïman ne courbe fortement le dos avant de plonger.

Un autre rorqual commun, U2, ressemble fortement à Caïman, avec une entaille en forme de V sur sa nageoire dorsale (il a une tache blanche sur le côté gauche). Mais U2 a été observé pour la dernière fois dans l’estuaire en 2011.

Caïman a été vu avec un jeune à ses côtés en 2004. Cependant, avec une seule observation de ce baleineau cette saison-là, il est impossible de dire s’il s’agit ou non de celui de Caïman.

Pour la migration des rorquals communs de l’Atlantique Nord, un mystère a été révélé avec une étude publiée fin 2013 dans la revue PLOS ONE. Le suivi par satellite de 12 rorquals communs a été effectué pendant leur voyage printanier des Açores au sud-est du Groenland. Ce voyage semble être moins direct qu’on pourrait le croire, et il ne se fait pas à jeun. En route, ces rorquals communs font des haltes de chasse, notamment aux latitudes moyennes. Ils alternent donc des périodes de déplacement actif et des périodes d’alimentation. En mode de déplacement, les chemins empruntés sont des lignes droites, tandis que pendant la chasse, les mouvements sont multidirectionnels et les déplacements sont plus lents.

Les régions au sud du parallèle 48° N, moins riches que celles plus au nord, sont réputées insuffisantes pour répondre aux besoins des grands cétacés. Mais des mesures de la densité du plancton au nord des Açores ont révélé que ces régions présentaient un intérêt pour eux, représentant un rapport positif entre l’énergie que les baleines dépensent pour chasser et celle qu’elles tirent des proies qu’elles capturent.