Une horde de rorquals communs en Gaspésie… par René Roy

  • Leprechaun © René Roy
    Leprechaun © René Roy
    30 / 06 / 2016 Par René Roy

    Après plusieurs jours d’attente au début juin pour une fenêtre météo propice, elle se présente enfin le 18 juin. Je file donc pour la pointe Gaspésienne. Une équipe de scientifiques, de la Station de recherche des îles Mingan (MICS) et du Sea Mammals Research Unit (SMRU) de St-Andrews, y est déjà depuis quelques jours pour du travail de terrain dans le cadre de leurs recherches.

    En concertation avec eux, je décide de couvrir le secteur compris entre la pointe St-Pierre et le banc Leader au large du cap d’Espoir. Je fais la mise à l’eau de mon bateau à St-Georges-de-Malbaie après avoir repéré par la côte plusieurs grands souffles au large de l’île Plate.

    Trois belles journées en mer pour photo-identifier pas moins d’une vingtaine de rorquals communs, cinq rorquals à bosse et observer quelques dizaines de petits rorquals.

    Ces animaux s’alimentaient tout près de la côte dans une bande maximum de trois milles nautiques. Ils semblaient y trouver beaucoup de nourriture. Les marmettes, petits pingouins et guillemots avaient le bec bien rempli de lançons et les fous de Bassan plongeaient allègrement. Les rorquals communs se tenaient en groupe de deux à sept individus et pourchassaient leurs proies de façon synchronisée et à grande vitesse. Impressionnant! On les surnomme les lévriers des mers, et pour cause, on doit les suivre à une vitesse d’au moins huit nœuds (15 km/h). Lorsque revenus en surface après leur plongée, toujours synchronisés, ils effectuaient un virage à 180 ° en prenant cinq ou six respirations pour revenir plonger dans ce qui semblait être une concentration intéressante de poissons.

    Pas facile à photo-identifier dans ces conditions alors que l’on doit photographier le chevron côté droit de l’épaule. J’y ai reconnu F593 que l’on nomme « Trou » que j’avais déjà rencontré dans l’estuaire en 2014. Elle est facilement reconnaissable à sa grosse cicatrice sur l’épaule gauche.

    Les rorquals à bosse photo-identifiés sont Irisept, Leprechaun, un individu qui reste à apparier et deux jeunes que j’avais rencontrés l’an passé dans le secteur Gaspé, dont le veau 2015 de la vieille Splish.

    À cette période de la saison, la pêche aux homards bat son plein et les bancs de poissons sont tout près des côtes. Les cétacés pourchassent leur proie à travers les champs de casiers et bouées avec les dangers d’empêtrement que cela représente. On pouvait même observer de grands rorquals communs s’alimentant fébrilement entre la pointe St-Pierre et l’île Plate, là où l’on retrouve une grande concentration de casiers à homard. Malheureusement, mon appréhension s’est concrétisée lorsque les gens du MICS ont observé le jeune individu rorqual à bosse que j’avais photographié quelques jours auparavant, coupé à la dorsale et au pédoncule par le ragage d’un câble. Dangereuse cohabitation.

    Quelques photos:

    Trois rorquals communs © René Roy Caudale de rorqual commun © René Roy Caudale Leprechaun © René Roy Chevron de rorqual commun © René Roy F593 Trou © René Roy Gueule de rorqual commun © René Roy Irisept © René Roy Saut Irisept © René Roy Virage à 180 degrés © René Roy

    René

    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.