Un rorqual à bosse empêtré en 2017 revu bien vivant!

  • Cette photo du rorqual à bosse Snowball en juin 2017 la montre empêtrée dans du cordage lié à des casiers de crabe. © David Gaspar, Station de recherche des iles Mingan
    20 / 02 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    La résilience des baleines n’a pas fini de nous surprendre! En analysant les photos prises durant l’été 2018, l’équipe de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) identifie le rorqual H710, connu sous le nom de Snowball. Cette femelle avait été vue le 8 juin 2017 empêtrée dans des cordages de casiers de pêche au crabe et n’avait pas été revue depuis.

    Le cas de Snowball avait tenu le Réseau québécois d’urgences sur les mammifères marins en haleine le 8 juin 2017. Le chercheur David Gaspar de la Station de recherche des iles Mingan se trouvait au large, à l’entrée de la baie de Gaspé, lorsqu’il a aperçu un rorqual à bosse trainant deux bouées reliées à des cordages. La baleine plonge et remonte sans les deux bouées, mais encore prise dans du cordage.

    Le chercheur contacte le 1-877-7baleine pour signaler l’incident. En l’absence de matériel approprié et pour des raisons de sécurité, l’équipage ne peut venir en aide à la baleine. Il documente la situation du mieux qu’il le peut pour fournir aux équipes spécialisées en dépêtrement toute l’information nécessaire à une future intervention.

    Parallèlement, un équipage des Croisières Baie de Gaspé photographie aussi l’animal et observe son état. Le rorqual à bosse se déplace lentement, mais parvient à nager librement, respire correctement.

    Snowball a le pédoncule marqué par le frottement des cordages en 2017. © Stacey Cassivi

    De l’autre côté du Saint-Laurent, Christian Ramp analyse les photos qu’il reçoit de la Gaspésie. Il identifie H710 «Snowball», une femelle connue depuis 2007 qui fréquente surtout le secteur de la Gaspésie. Son âge est inconnu et elle n’a jamais été vue avec un petit.

    À Tadoussac, l’équipe du Réseau organise une intervention. Une baleine empêtrée représente toujours une situation complexe, et une intervention demande de s’assurer de la sécurité de l’animal et des humains qui prennent le large.Puisque les conditions météo en Gaspésie ont ramené les bateaux à terre, impossible d’envisager une intervention la journée même. Mais au Nouveau-Brunswick, l’équipe spécialisée en dépêtrement du Campobello est prête à prendre la route pour intervenir le lendemain si l’animal est revu. Malheureusement, malgré les efforts de recherche, la baleine n’est pas revue dans les journées suivantes.

    Une surprise parmi les photos

    Un peu plus d’une année passe. Le 4 juillet 2018, René Roy, collaborateur de recherche de la Station de recherche des iles Mingan, photographie un rorqual à bosse en Gaspésie. Des cicatrices blanches de part et d’autre de sa queue luisent au soleil. Quelques mois plus tard, l’équipe du MICS se penche sur les photos et identifie Snowball.

    La nageoire caudale de Snowball comporte de nouvelles encoches depuis son empêtrement. © René Roy, MICS

    Sur les clichés, Snowball ne traine plus de cordage. Elle aurait donc réussi à se dépêtrer elle-même. On peut aussi voir que ses blessures ont cicatrisé, laissant parfois des marques blanches. La peau lisse et sans poils des cétacés semble avoir un temps de cicatrisation et de guérison des blessures similaire à celui des mammifères terrestres. Il n’empêche, leur capacité de guérison dans un milieu marin salé et souvent très froid est franchement impressionnante! Des blessures infligées par des requins ou entre individus forment des cicatrices qui disparaissent entre 7 à 8 mois. Des cicatrices plus larges et plus profondes créent des déformations et des changements de pigmentation qui semblent permanents. Snowball gardera donc surement quelques traces de son empêtrement. «En tout cas, elle cicatrise bien», constate Christian Ramp.

     

    Les empêtrements, une menace

    Les empêtrements dans des engins de pêche demeurent une menace pour les mammifères marins. «Chez les rorquals à bosse que nous observons dans le golfe du Saint-Laurent, environ 80% des individus portent des traces d’empêtrement. C’est donc qu’une bonne proportion des animaux survivent aux empêtrements. Mais quels effets ces évènements ont-ils sur les individus? Si on pense aux baleines noires, on sait que cela diminue leur capacité à se reproduire», explique Christian Ramp. «La prévention des empêtrements est donc très importante.»

    Le pédoncule de Snowball a cicatrisé en 13 mois. © René Roy, MICS

    La photo-identification de cet animal au cours des années à venir nous permettra peut-être de mieux comprendre la guérison cutanée des rorquals à bosse ou leur capacité à se reproduire après un empêtrement. Si vous voyez une baleine en difficulté, composez rapidement le 1-877-7baleine pour permettre au Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins de venir en aide à l’animal.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.