La quatrième saison du projet de suivi télémétrique des grands rorquals:
23 septembre: qu’en est-il de leurs proies?

  • © Sylvie Morasse
    23 / 09 / 2015 Par Marie-Sophie Giroux - /

    Nouveauté: 23 septembre: Qu’en est-il des proies des rorquals?

    La quatrième saison du suivi des grands rorquals s’est conclue au début du mois de septembre. En parallèle, l’équipe de Parcs Canada poursuit les recensements acoustiques de proies à bord de L’Alliance jusqu¹à la mi-octobre.

    Le 16 septembre, l’équipe détecte une agrégation de krill à 70 m sous la surface en amont du cap de Bon-Désir aux Bergeronnes. C’est la première fois qu’ils en repèrent grâce à l’échosondeur cette année, mais un membre de l’équipe spécifie que cela ne veut pas dire que c’est la première entrée de krill dans le parc marin. Loin de là! Deux rorquals bleus se trouvaient au même moment
    dans le secteur. Il ne s’agit pas d¹un hasard. Les rorquals bleus fréquentent les eaux froides et profondes et parcourent des centaines voire des milliers de kilomètres pour atteindre les différentes zones d’alimentation comme en plein coeur des eaux de l’estuaire où ils s’alimentent essentiellement de krill.

     Résumé du projet

    L’objectif du projet, qui en est à sa 4e année, est de documenter le où, quand et comment du menu des baleines dans le parc marin. Il se déroule pendant 7 semaines à partir du 7 juillet à raison de deux fois par semaine: les mardis et mercredis. Les espèces recherchées: rorqual commun, rorqual à bosse et petit rorqual. Ce projet  est mené par Pêches et Océans Canada, en partenariat avec le GREMM et Parcs Canada.

    Consultez les progrès du projet cet été

     

         Arbalète et enregistreur / émetteur VHF     Crédit photo : © GREMM Pour suivre les baleines sous la surface de l’eau, la technique utilisée et celle de la télémétrie radio. L’équipe à bord du bateau le Bleuvet approche l’animal, dépose la balise à l’aide d’une perche ou la propulse à l’aide d’une arbalète. La balise «colle» sur le dos de l’animal à l’aide d’une ventouse. La balise se détache seule en moins de 24 h, elle flotte et est récupérée pour télécharger les données et la réutiliser pour un autre suivi.

    Deux suivis ont été réalisés en 2014 : le rorqual à bosse Siam Siam  © GREMMle 15 juillet (suivi de 11 heures) et le rorqual commun surnommé «Piton» sur qui, la balise n’a tenu qu’une trentaine de minutes probablement par la présence d’algues microscopiques, des diatomées, sur la peau de l’animal, ce qui a empêché la balise de bien adhérer. Ces deux suivis s’ajoutent aux six réalisés en 2013 et aux quatre en 2012.

     

    Simultanément à ces suivis télémétriques, l’équipe de Parcs Canada réalise des recensements acoustiques de proies à bord de L’Alliance. Les concentrations, et souvent l’identité, des proies dans l’eau sont estimées grâce à l’échosondeur installé sur le bateau. Celui-ci émet des sons qui se propagent et heurtent des obstacles, incluant les organismes vivants. À partir de l’écho qui est retransmis par ces obstacles, on peut connaître leur position, leurs propriétés et construire une image de leur répartition dans l’eau ou du relief sous-marin. Simultanément, des observateurs sur le bateau font un recensement des oiseaux et des mammifères marins présents dans la zone dont les rorquals pouvant être suivis lors du projet de marquage réalisé par Pêches et Océans Canada et le GREMM.

     

    Nouveauté – Le suivi des grands rorquals au CIMM

    Le projet de télémétrie, la technique et les résultats obtenus jusqu’à maintenant seront présentés dans le cadre d’une nouvelle activité présentée au CIMM de Tadoussac tout l’été. L’activité est donnée plusieurs fois par jour, présentée sur grand écran et animée par un naturaliste du GREMM.

    IMG_0456

    © GREMM

     

     

    Les progrès du projet au fil de l’été

    12 août: Le rorqual commun surnommé «Piton» suivi sous l’eau

    L’avant-midi était mouvementé, côté conditions climatiques, mais sur l’heure du dîner, l’équipe a décidé d’aller sur l’eau. À 14 h 21, une balise radio est déployée sur le dos du rorqual commun Bp942 surnommé «Piton». Ce pseudonyme se rapporte à la petite protubérance au niveau de son chevron gauche. Sa première observation remonte en 1999, mais depuis 2010, on le voit tous les ans dans l’estuaire. Son sexe est inconnu.

    L’équipe a suivi «Piton» jusqu’à la tombée de la nuit. La balise tenait toujours bon sur son dos. Finalement, elle est tombée au cours de la matinée, à 5 h 40. L’équipe l’a récupérée le lendemain matin à 8 h 35. Le déploiement a duré près de 15 h!

    Voici le graphique du suivi de «Piton:

    BpT1505 complete dive

    De 14 h 21 (heure de la pose) jusqu’à 00 h 30, «Piton» est resté s’alimenter près de la surface (entre 0 et 25 m) et a effectué quelques plongées plus profondes (environ 40 m).

    Plus tard, entre 00 h 30 et 1 h 30, il a réalisé deux plongées exploratoires (en V) entre 90 et 115 m. Puis, jusqu’à 4h, il est retourné près de la surface où il s’est alimenté et reposé. Jusqu’au décrochement de la balise, à 5 h 40, il a fait des plongées d’alimentation (en U) entre 80 et 140 m.

     

    6 août: suivre le rorqual à bosse Gaspar sous la surface de l’eau

    Cette femelle rorqual à bosse a passé une bonne partie de l’été en Gaspésie, où, dans le golfe, on la connaît sous le nom de BBR (Boom Boom River). Elle est de retour dans l’estuaire cette semaine. Tous les étés, depuis 2006, elle y a été vue. Le 5 août à 6 h 25, une balise est installée sur le dos de Gaspar. Le suivi est commencé! Qu’a fait Gaspar lors de ce suivi?

    exploratory dives and shallow dives MnT1502[1]

    Plongées exploratoires en forme de V

    D’abord, entre la pose de la balise jusqu’à environ 10 h 30, Gaspar s’est alimentée en plongeant jusqu’à 120 m environ. Par la suite, Gaspar a plongé moins profondément et réalisé des plongées exploratoires en forme de V sans manger.

     

    Ensuite, elle a fait quelques très longues plongées. Le graphique suivant présente l’une de ces longues plongées d’une vingtaine de minutes. Nous y voyons une plongée exploratoire (en forme de V) suivie d’une période près de la surface de l’eau (environ 15 m de profondeur) sans activité d’alimentation. Repos ? Déplacement ? Possible.

    20 min dive MnT1502

     

    Juste avant que la balise tombe (15 h 39), Gaspar semblait reprendre ces activités d’alimentation. Elle a pris 2 bouchées avant de faire surface.

    En tout et pour tout, le suivi a duré près de 9 h 15. La profondeur maximale atteinte : 154 m.

     

    complete dive profile depth MnT1502[1]

    Suivi complet de Gaspar

    Gaspar a aussi, au cours de la journée, frappé la surface de l’eau avec ses nageoires pectorales à plusieurs reprises et a pris la position tête en bas avec les deux pointes de la queue hors de l’eau.

     

    29 juillet : deux suivis de rorquals communs dans la journée

    À 12 h 45 la balise est installée sur le dos du rorqual commun Orion avec l’aide d’une perche. Le suivi est lancé, l’équipe se trouve alors près du phare du haut-fond Prince. Ce suivi sera de courte durée, car 40 minutes plus tard la balise se décroche. Au cours de celui-ci, l’animal a plongé 9 fois à une profondeur moyenne de 85-90 m. Principale activité: l’alimentation.

     

    Graphique du suivi d’Orion (profondeur)

    depth BpT1503

     

    L’équipe de Pêches et Océans Canada-GREMM poursuit le travail et réussit à poser une autre balise sur le dos du rorqual commun Bp945 à 14 h 24 avec l’arbalète. Contrairement au premier suivi de la journée, celui-ci s’étire… L’équipe rentre au quai à la tombée de la nuit et la balise tient toujours sur le géant.

     

    Le lendemain, l’équipe retourne sur l’eau après avoir «scanné» l’estuaire depuis le promontoire des dunes de Tadoussac avec une antenne pour trouver le signal de la balise. Bonne nouvelle, la balise tient toujours sur Bp945! L’animal se trouve dans le secteur de la tête du chenal Laurentien. L’équipe reprend le large, mais ne retrouve pas l’animal. À 10 h 20, le signal est continu, la balise s’est décrochée complétant ainsi un suivi d’environ 20 h, bien riche en données !

    IMG_6924Au cours du suivi de Bp945, l’équipe repêche du krill à la surface de l’eau. Un peu plus en profondeur, il y a des bancs de lançons. Le rorqual commun s’est d’ailleurs alimenté à la surface de l’eau, tourné sur le côté, la gueule grande ouverte.

    L’équipe de Parcs Canada, partenaire du projet, était aussi sur l’eau. Bientôt, nous en apprendrons davantage sur le type de proies et l’abondance de celles-ci qu’il y avait dans les alentours de Bp945.

     

    Que révèlent les données?

    Au cours du suivi de Bp945, l’animal a plongé en profondeur (autour de 100 m) de 14 h 24 jusqu’à 20 h environ. De 20 h à 4 h 30, il a réalisé des plongées plus courtes et peu profondes (variables entre quelques mètres et 30-40 m). De 4:30 jusqu’au détachement de la balise, les plongées étaient plus profondes de nouveau. L’animal s’est alimenté en grande partie du suivi avec quelques périodes de repos.

    depth BpT1504

    Le graphique suivant présente la vitesse de nage de Bp945 (vert) en fonction de la profondeur (violet). Des pics de vitesse ont été enregistrés à 5 m/seconde au moment des bouchées avant que la vitesse ne chute abruptement (l’animal ouvre son immense gueule, l’effet «parachute» se fait sentir). Lorsque l’animal était à la surface ou en déplacement, la vitesse de nage enregistrée était d’environ 1 à 2 m/seconde.

    BpT1504 depth and velocity 4 dives

     


    BLV150722_1073

     

     

    Le 22 juillet 2015: Bp 945 est «filé» sous la surface de l’eau

    Cela s’est passé à 14 h 45. L’équipe de Pêches et Océans Canada-GREMM, à bord du Bleuvet, a réussi à déposer la balise sur le dos du rorqual commun Bp 945. La balise a tenu jusqu’à 15 h 35, alors que l’animal réalisait sa sixième plongée enregistrée.

    Lors de la première plongée, il a atteint une profondeur de 123 m. Les informations obtenues sur la vitesse de l’animal pendant cette plongée semblent toutefois indiquer que l’animal ne s’est pas alimenté à ce moment-là. Par la suite, l’animal a plongé à des profondeurs de 60-70 m avec des comportements d’alimentation.

    Voici un graphique présentant le profil de plongée de l’animal:

    profondeur[1]

    Comment est-il possible d’identifier les périodes où il s’alimentait? C’est la vitesse de nage et l’accélération de l’animal qui nous permettent de comprendre et d’estimer la fréquence d’alimentation des rorquals qui utilisent leur poche ventrale pour engouffrer un important volume d’eau et de proies. Chaque “bouchée” est donc caractérisée par une diminution abrupte de la vitesse de nage, comme à l’ouverture d’un parachute, bien que la baleine soit toujours en mouvement.

    L’équipe de Parcs Canada a détecté de son côté des bancs de proies, possiblement du lançon, près du fond de l’eau (autour de 70-80 m) dans le même secteur où se trouvait Bp 945.

    proie_22juillet_2015_suivi_VHF_bp

    Bp 913 © GREMM

    Le 14 juillet 2015: Retour sur le premier suivi de la saison
    Plusieurs rorquals communs se trouvaient hier matin dans le secteur de la bouée K54. Dans la «mêlée» nageaient rapidement les rorquals communs Orion et Bp 913. Finalement, les photos ont révélé que la balise radio a bel et bien été déposée sur Bp 913 et non pas sur Orion.

    Le suivi d’hier aura duré environ 4 h. Voici quelques informations:

    La balise a été posée à 6 h 50 sur Bp 913 et elle est tombée à 10 h 31. La ventouse était encore étanche, donc la balise serait tombée non pas en raison du relâchement de la succion, mais plutôt parce qu’elle aurait glissé du dos de l’animal.

    L’animal a atteint une profondeur maximale de 109 m lors de ses 32 plongées au cours du suivi. Il a été en alimentation pendant toute la durée du suivi.

    La température à la surface de l’eau se chiffrait autour de 5 à 7 °C, et entre 0 et -1 °C lors des plongées. La balise radio VHF enregistre chaque seconde la profondeur, la position, la direction, la vitesse de l’animal et la température de l’eau.

    Voici un graphique des profondeurs atteintes lors des plongées de l’animal:

    Capture depth

    Parcs Canada à bord de L’Alliance était aussi sur l’eau hier. Grâce à l’échosondeur, ils ont détecté des masses très denses de poissons avec vessie natatoire, possiblement du capelan, dans le secteur de la bouée K54. En surface, il y avait de l’activité: plusieurs petits rorquals et des centaines de phoques gris. Ils ont aussi détecté des bancs de zooplancton dans l’eau dont des jeunes krill qui se trouvaient près de la surface de l’eau.

    Il s’agit d’un projet conjoint du de Pêches et Océans Canada, du GREMM et de Parcs Canada qui, parallèlement, poursuit le recensement de proies à bord de L’Alliance.

    Le 13 juillet 2015: premier suivi de la saison: le rorqual commun Bp 913!

    Tel qu’annoncé la semaine passée, le projet de suivi télémétrique des rorquals du parc marin a débuté. Le 13 juillet, le rorqual commun Bp 913 a été équipé d’une balise télémétrique à 6 h 49, à près d’un mille nautique en bas de la bouée K54. Autour de 10 h 45, la balise radio tombait du dos de l’animal ; le suivi a duré 4 h.

    Par la suite, l’équipe a posé de nouveau une balise sur le dos d’un autre rorqual commun, mais la balise n’a pas tenu longtemps par sa position sur le dos de l’animal.

    Le 12 juin 2015

    Dans le secteur du cap Granite, l’équipe de Parcs Canada a recensé de gros bancs de poissons près de la surface, possiblement des capelans. C’est justement la période de fraie du capelan dans l’estuaire!
 
 

    Voici l’échogramme enregistré à bord de L’Alliance, le 12 juin 2015. Remarquez les densités de poissons près de la surface.