Quelques jets comme un au revoir

  • Au large, de grands souffles apparaissent. Des baleines sont encore présentes dans le Saint-Laurent! // In the distance, spouts appear. Whales are still present in the St. Lawrence! © Marielle Vanasse (archives)
    19 / 12 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    Cap-d’Espoir, 15 décembre. Les dos noirs de deux rorquals à bosse émergent de l’eau foncée. Leur souffle à la forme arrondie et l’apparition de leur queue à la fin de leur séquence respiratoire permettent d’identifier l’espèce.

    Trois longs souffles luisent dans la lumière du matin au large de Sainte-Thérèse-de-Gaspé le 16 décembre. Les trois animaux nagent côte à côte et se dirigent vers l’ouest, vers l’intérieur de la baie des Chaleurs. Ceux-là, impossible de les identifier, vu la distance à laquelle ils nagent de la côte. Leur migration tarde, peut-être prennent-ils une dernière bouchée avant d’entreprendre les milliers de kilomètres qui les séparent de leur aire d’hivernage. Selon l’espèce à laquelle ils appartiennent, ils migreront quelque part plus au sud ou au cœur de l’Atlantique. N’empêche, chaque année, des baleines sont observées durant le temps des Fêtes. Peut-être en verrez-vous lors d’une balade sur la rive ou en prenant un traversier.

    Cette même journée, une carcasse de rorqual commun est repérée au large, non loin des grands souffles des trois baleines. La carcasse tiendra en haleine le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins. Bénévoles et riverains ont participé à documenter les mouvements de l’animal dérivant, et lorsqu’il a enfin touché terre, des échantillons ont été prélevés. Peut-être permettront-ils de révéler de quoi ce rorqual commun a péri.

    Du côté de la Côte-Nord, au large de l’endroit où la rivière Moisie se déverse dans le Saint-Laurent, six à sept baleines produisent des colonnes bien visibles lorsqu’elles remontent à la surface. Leurs longs jets émerveillent les observateurs qui regardent à l’horizon.

    La beauté des pinnipèdes

    Le 14 décembre, notre collaborateur René Roy embarque sur le F.A. Gauthier pour relier Matane à Godbout. Le traversier se fraie un chemin à travers la glace qui recouvre le fleuve « de bord en bord ». Sur ces morceaux flottants, il observe près d’un millier de phoques du Groenland. Au terminal maritime de Godbout, René Roy admire ses photos de grands rorquals agrandies et accrochées sur les murs. Au terminal de Matane, ce sont plutôt les photos d’oiseaux marins de l’ornithologue Christian Bélanger qui égayent les lieux.

    La vidéo ne donne qu’un aperçu de la magie du moment, nous confirment des observateurs bouche bée installés sur le quai de Pointe-au-Père, à Rimouski, le 16 décembre. Des milliers de phoques du Groenland se reposent sur les glaces près des berges, tandis que le ciel se pare de ses plus beaux apparats. Ce spectacle n’est pas si fréquent : les phoques du Groenland préfèreront les glaces plus au large que près des côtes. Ce n’est pas pour rien qu’une partie de leur nom latin, Pagophilus, signifie « qui aime la glace »!

    Sur la plage Ferguson, à Sept-Îles, des phoques ont plutôt choisi le sol sablonneux pour se reposer. Des goélands hivernaux, comme les goélands bourgmestre et les goélands arctiques sont aussi observés, tout comme des grands harles, qu’on surnomme canards « becs-scie ».

    La chronique des Observations de la semaine fera relâche jusqu’au 11 janvier 2019. Merci à tous les observateurs et à toutes les observatrices de nous avoir retransmis leurs fabuleuses rencontres avec les mammifères marins du Saint-Laurent!


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.