Proportion de femelles bélugas gestantes: des biopsies pour le dire (2/2)

  • 03 / 10 / 2014 Par Équipe du Bleuvet -

    Le Bleuvet est un bateau du GREMM. Il est dédié au programme de recherche à long terme sur les bélugas du Saint-Laurent.

     

    © GREMM

    Comme nous l’avons raconté dans la première partie de ce Carnet de terrain datée du 30 septembre, nous avons bénéficié de douze belles journées clémentes du 4 au 19 septembre, ce qui nous a permis de couvrir presque tous les secteurs fréquentés par les bélugas dans l’estuaire et le fjord du Saguenay. Si cette campagne d’échantillonnage a été un franc succès, c’est surtout du point de vue du nombre de biopsies que nous avons réalisées en cette deuxième année du projet puisque le nombre a plus que doublé: 53 contre 22 en 2013.

    Un trésor de petit bout de gras

    Cette petite carotte de gras recèle des renseignements précieux sur le taux d’hormones des animaux. Elle se loge à l’intérieur du dard quand celui-ci pénètre l’épaisse couche de gras du béluga. Le dard mesure 8 mm de diamètre pour 30 mm de longueur. Dans le fond du dard, un barbillon (dont les dentistes se servent pour faire pour retirer le nerf lors d’un traitement de canal) permet de retirer le morceau de de peau et de gras. Cette année, on a augmenté un peu le diamètre du dard par rapport à celui de l’an dernier, car nous avons besoin d’un peu plus de gras pour chaque échantillon. Nous avons dû modifier le système de rétention de l’échantillon afin d’en augmenter l’efficacité.

    Tube propulsé par la charge et qui transporte le dard © GREMM

     

    Gérer les échantillons et le matériel

    Chaque échantillon recueilli est coupé, mis dans trois fioles et numéroté et. Pour conserver les prélèvements à bord de manière sécuritaire et optimale, nous plaçons les fioles dans un contenant spécial rempli d’azote liquide qui congèle le gras instantanément. Arrivés à terre, nous les transférons dans un plus gros contenant d’azote liquide pour les garder pendant toute la durée du projet. Ensuite, les échantillons partent à l’Institut Maurice-Lamontagne où des super-congélateurs les accueillent avec leurs – 80°C. Les analyses hormonales seront effectuées par l’équipe de Véronique Lesage dès cet hiver. C’est à l’issue des trois saisons estivales d’échantillonnage et quand toutes les analyses seront complétées que nous connaitrons les résultats.

    Une troisième personne à bord, un assistant de recherche, prend des photos d’identification des bélugas échantillonnés. Les analyses de l’ADN de chaque individu biopsié et photographié seront réalisées avec le morceau de peau, en plus des dosages hormonaux qui sont effectués avec le gras. Ainsi, nous continuons à constituer un album de famille de la population. À terre, une autre personne travaille pour nous aider à nettoyer, stériliser le matériel utilisé dans la journée et préparer celui du lendemain. Ce type de travail ressemble à celui qu’on fait avant une préparation chirurgicale. Une contribution très importante, étant donné que nous passons plus d’une dizaine d’heures sur l’eau.

    Des journées longues, mais si fructueuses. Avec la réussite de ces échantillonnages, nous terminerons bientôt la saison de terrain du Bleuvet avec un sentiment d’un travail bien accompli. Un pas de plus pour en savoir un peu plus sur l’état de la population, pour comprendre les raisons de son déclin et espérer des solutions pour son avenir.

    Michel Moisan et Véronique Lesage, accompagnés de Tim Perrrero ou de Renaud Pintiaux, selon les journées

     

     

    Michel Moisan est technicien sénior, travaillant pour le GREMM depuis une vingtaine d’années. Véronique Lesage est biologiste et chercheuse à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada. Tim Perrero et Renaud Pintiaux sont des assistants de recherche et photographes au GREMM. Tim Perrero et Mélissa Tremblay, assistante de recherche au GREMM, se sont relayés pour la préparation du matériel à terre.