Proportion de femelles bélugas gestantes: des biopsies pour le dire (1/2)

  • 30 / 09 / 2014 Par GREMM -

    Le Bleuvet est un bateau du GREMM. Il est dédié au programme de recherche à long terme sur les bélugas du Saint-Laurent.

     

    Pour mener ce projet de recherche, nous avons commencé nos journées de terrain le 4 septembre, deux jours plus tard que prévu à cause d’une journée de mauvaise météo et d’une réparation de bateau à faire. Le 19, nous avons terminé, ce qui nous donne dans cet intervalle de temps 12 journées passées sur le terrain.

    Tous les secteurs fréquentés par les bélugas ont été visités: d’ouest en est entre Port-au-Saumon et Trois-Pistoles, sur toute la largeur de l’estuaire, et le fjord du Saguenay. Les secteurs situés aux extrémités de la zone à couvrir, en amont et en aval, ne l’ont pas été. L’année dernière, année 1 du projet, nous avions été gênés par la brume dans le Saint-Laurent et avions été souvent confinés dans le fjord. Mais cette année, nous avons bénéficié d’assez belles conditions météo.

    Viser des animaux au hasard

    On échantillonne des animaux que nous considérons comme matures par leur coloration et taille. Cet échantillonnage est aléatoire: quand on arrive dans un troupeau, on sélectionne les animaux au hasard. On ne choisit pas les animaux par rapport à leurs marques d’identification, ou parce qu’ils sont seuls ou parce que nous pensons que celui-ci est une femelle ou un mâle. Nous ne visons pas une femelle accompagnée d’un veau, un nouveau-né collé à son flanc, pour ne pas prendre le risque de toucher le veau. Cette femelle, on la compte comme une biopsie virtuelle (c’est-à-dire qu’elle est virtuellement échantillonnée) et comme une femelle non gestante.

    Pour tout savoir sur la technique

    En moyenne, nous avons effectué 5 biopsies par jour, avec un maximum de 9 et un minimum de 3 selon les jours. Il s’agit de prélever une petite quantité de gras sous la peau du béluga. On le fait avec un projecteur de dard, une carabine modifiée qu’on utilise depuis 2001. On se positionne à une vingtaine de mètres de l’animal et on vise l’endroit qui est sous sa crête dorsale, pour ne pas toucher trop près de la tête. Avec cette carabine modifiée, on peut ajuster la pression du tir, selon que l’animal est loin ou proche, de manière à doser la force avec laquelle le dard va pénétrer la peau et le gras. Elle est équipée d’un moulinet de pêche permettant de ramener le fil vers le bateau, ce qui nous évite de manœuvrer avec le bateau et d’entrer à l’intérieur du troupeau si on devait récupérer avec une épuisette le dard flottant à la surface. Ce fil, qui reste tendu lors de la projection, joue un rôle de stabilisateur de dard quand celui-ci est projeté, comme le fait l’empennage d’une flèche.
    C’est moi, Michel, qui est chargé de faire les biopsies, Véronique pilote le bateau et fait les approches. Si on n’a pas besoin de photo-identifier au préalable les animaux, puisqu’on les échantillonne au hasard, on en profite quand même pour photographier les animaux biopsiés (et aussi les autres du groupe), et continuer à récolter des données sur le troupeau. C’est pour ça qu’on embarque une troisième personne.

    Dans le deuxième volet de ce Carnet de terrain, nous continuerons à parler en détail du matériel de biopsie et de tout ce qui a fait de cette campagne sur le terrain un succès.

    Michel Moisan et Véronique Lesage, accompagnés de Tim Perrrero ou de Renaud Pintiaux, selon les journées

     

    Photos: © GREMM

     

    Michel Moisan est technicien sénior, travaillant pour le GREMM depuis une vingtaine d’années. Véronique Lesage est biologiste et chercheuse à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada. Tim Perrero et Renaud Pintiaux sont des assistants de recherche et photographes.