Première mention du plus petit des grands migrateurs dans l’estuaire

  • Des petits rorquals ont été observés aux Escoumins cette semaine. © Archives GREMM
    15 / 03 / 2018 Par Marie-Sophie Giroux

    Cette semaine, des migrateurs ont fait leur entrée dans l’estuaire: des petits rorquals aux Escoumins!

    D’où arrivent ces «petits géants»? La distribution des petits rorquals de l’Atlantique Nord s’étend des tropiques jusqu’à la limite des glaces de l’Arctique. Les aires qu’ils fréquentent l’hiver sont toutefois très peu connues, mais elles iraient au moins des Caraïbes à l’ouest au détroit de Gibraltar à l’est. Fidèles, une partie d’entre eux reviennent chaque printemps dans le Saint-Laurent, certains jusque dans l’estuaire et l’embouchure du Saguenay, pour s’en mettre plein la panse tout l’été! Les revoici donc, dans un Saint-Laurent riche, mais encore bien glacé à certains endroits!

    Petit rorqual de l’Antactique

    Une espèce très semblable à notre petit rorqual d’ici, le petit rorqual de l’Antarctique (Balaenoptera bonaerensis) — qu’on retrouve seulement dans l’hémisphère sud — chasse profitablement dans les eaux glacées. Alors que celles-ci pourraient représenter à priori un piège, ce rorqual s’y déplace avec habileté et réalise plusieurs manœuvres d’engouffrement en une seule plongée. Son petit corps fuselé lui permet de se déplacer avec adresse et rapidité pour accéder aux bancs de krill (Euphausia superba) qui s’agrègent sous la glace de mer. Les rorquals à bosse, rorquals bleus et rorquals communs de l’hémisphère austral — eux aussi s’alimentent dans ces eaux froides et riches — se limitent à fréquenter les eaux libres jusqu’à la lisière des glaces.

    Le petit rorqual est une baleine solitaire et côtière. À plusieurs endroits du monde, les femelles et les jeunes se tiennent davantage près du littoral alors que les mâles se trouvent plutôt en haute mer. Ce constat a aussi été établi dans le Saint-Laurent. L’équipe de la Société d’éducation et de recherche océanique (ORES), qui a étudié ces animaux pendant plusieurs années, mentionnait en 2010 que l’ensemble des 30 petits rorquals qu’ils ont identifiés dans l’estuaire était uniquement des femelles, et ce, en se basant sur l’observation des fentes génitales des animaux vivants — lorsque par chance ils se tournent ventre tourné au ciel — ou sur les carcasses trouvées sur le rivage. Plus récemment, l’équipe du Mériscope, qui prélève des biopsies sur les petits rorquals dans le cadre d’un projet sur les contaminants, précisait que si les analyses génétiques étaient toujours en cours, les 7 premières biopsies avaient révélé qu’il s’agissait de femelles. L’estuaire du Saint-Laurent serait-il donc trop «côtier» pour les mâles? Quoi qu’il en soit, mâles ou femelles, les observateurs sont ravis de les revoir!

    Outre ces migrateurs, des dizaines de phoques communs ont été vus sur les glaces dans la baie de Gaspé alors que d’autres nagent en eau libre au large de la plage de Petit-Gaspé. Ce phoque est le seul mammifère marin avec le béluga qui vit toute l’année dans le Saint-Laurent.

     

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».