Observer les mammifères marins sur les chantiers… par Mathieu Marzelière

  • Sur le chaland qui transporte les sédiments, ça brasse! © Charlène Dupasquier
    Sur le chaland qui transporte les sédiments, ça brasse! © Charlène Dupasquier
    14 / 11 / 2018 Par Mathieu Marzelière -

    L’automne est bien installé sur la belle province, et cette période de l’année est bien souvent synonyme de mauvais temps sur les eaux du Saint-Laurent. Malgré les premiers flocons de neige et les coups de vent, certaines activités n’ont pas le choix de continuer. Après ma saison sur le terrain auprès de l’équipe du GREMM, me voilà encore à guetter les bélugas, mais cette fois sur un chantier de dragage dans le secteur du quai de Rivière-du-Loup.

    Le chantier consiste à déplacer les sédiments accumulés durant une année entière au pied du quai vers un site de mise en dépôt situé à 2 km au large vers Cacouna, et ce, afin de pouvoir créer un chemin d’accès au traversier. Sans cet ouvrage, le Trans-Saint-Laurent pourrait voir ses voyages compromis en périodes de grandes marées, ce qui serait difficile à envisager pour tous les usagers qui dépendent de ce service de transport essentiel pour relier les deux rives de l’estuaire.

    Sans dragage, le Trans-Saint-Laurent qui relie Rivière-du-Loup à Saint-Siméon devrait rester à quai. © Stéphanie Pronovost

    Sans dragage, le Trans-Saint-Laurent qui relie Rivière-du-Loup à Saint-Siméon devrait rester à quai. © Stéphanie Pronovost

    Bien entendu, le dragage a un impact sur le milieu et c’est pour cette raison que la Société des traversiers du Québec doit obtenir de la part des gouvernements fédéral et provincial des certificats d’autorisation lui permettant de réaliser le chantier. Et les certificats viennent avec des contraintes.

    Parmi les contraintes environnementales visant à protéger les habitats et les espèces, le décret de Pêches et Océans Canada visant la protection de l’habitat essentiel du béluga de l’estuaire du Saint-Laurent (considéré comme une espèce en voie de disparition), amène plusieurs contraintes majeures aux opérations de dragage et de mise en dépôt des matériaux. Depuis 2017, il est désormais interdit de réaliser toute activité de dragage impliquant le transport et l’immersion au site actuel de dépôt entre le 1er avril et la fin septembre. De plus, le temps de dragage ne doit pas excéder 16 heures par jour entre le 1er et le 31 octobre, de manière à préserver une période de repos acoustique de 8 heures consécutives aux bélugas. De plus, pour respecter les exigences du provincial, les activités de dragage doivent aussi ne pas nuire à l’habitat ni à la reproduction de l’éperlan arc-en-ciel, dont une des dernières grandes frayères se retrouve dans la rivière du Loup. Ainsi, le promoteur doit réaliser les travaux de dragage en dehors de la période de frai qui s’étire de la mi-avril à la fin mai.

    Cette réalité fait qu’il ne reste que deux mois en l’absence de glace (octobre et novembre) pour réaliser les travaux de dragage de ce type, et ce, dans des conditions météorologiques défavorables entrainant de nombreuses périodes d’arrêt des travaux et des risques accrus d’accidents de travail.

    Sur le chantier, les observateurs de mammifères marins surveillent la présence de baleines ou d’espèces en péril, pour que les travaux cessent le temps du passage des animaux. © Ryan Matthews

    Sur le chantier, les observateurs de mammifères marins surveillent la présence de baleines ou d’espèces en péril, pour que les travaux cessent le temps du passage des animaux. © Ryan Matthews

    Le travail des observateurs de mammifères marins (OMM) du Réseau d’observation de mammifères marins (ROMM) est donc de faire respecter les mesures d’atténuation édictées dans les certificats d’autorisation. Ainsi, j’ai pour mandat de surveiller la présence d’espèces de mammifères marins visées par les certificats d’autorisation dans la zone d’exclusion autour des travaux et de faire arrêter les travaux dès qu’un individu de l’espèce est repéré. De plus, comme OMM, je dois rapporter toutes les données en lien avec les opérations exigées par les ministères (heures, positions GPS, condition météo, visibilité, etc.). Ces dernières sont donc ajoutées aux rapports journaliers d’observation qui sont transmis à la firme responsable de la surveillance environnementale puis à Pêches et Océans Canada.

    Ma présence sur le chantier m’amène parfois à voir des groupes de bélugas (adultes/jeunes), et même si les conditions sont difficiles et que nous avons tous hâte de voir terminer le chantier, nous arrêtons les travaux pour laisser les bélugas poursuivent leur chemin sans entrave. Enfin, ce métier qui est parfois difficile – que ce soit lié aux contraintes de terrain, à la durée des quarts de travail ou encore à la rédaction des rapports après une longue journée d’observation – n’en reste pas moins excitant. Et puis la cohésion, la flexibilité, ainsi que l’expérience de notre équipe de passionnés rend cette expérience d’autant plus agréable.

    Pour en savoir plus sur ce métier : https://baleinesendirect.org/observateurs-de-mammiferes-marins/


    Mathieu Marzelière s’est joint à l’équipe du GREMM en 2017. Dans le cadre du programme de recensement photographique des grands rorquals du parc marin, il recueille photos et données à bord des bateaux d’excursion. Il partage aussi ces informations avec l’équipe de rédaction de Baleines en direct.