Caïman

Ses traits distinctifs

L’identification de Caïman n’est pas chose aisée. La raison en est fort simple : elle ressemble beaucoup à un autre rorqual commun bien connu dans l’estuaire nommé U2. C’est d’ailleurs cette ressemblance qui lui a valu son nom. En effet, selon la légende, c’est un chercheur du GREMM qui, l’apercevant, s’écria : « Y’est caïman pareil que U2. »

Ces deux rorquals communs présentent une entaille sur la nageoire dorsale. Celle de Caïman est en forme de « U ». En outre, elle est davantage courbée vers l’arrière, et son bout est très irrégulier. On observe également plusieurs traits pâles au bas de sa nageoire dorsale. Cette femelle présente également des cicatrices à la fin de son pédoncule. Elle aurait également pour sosie l’individu Bp086, dont le bout de la nageoire dorsale ressemble beaucoup au sien.

Son histoire

Caïman est une résidente saisonnière de l’estuaire du Saint-Laurent. Pour être considéré comme un résident saisonnier, un individu doit avoir été observé pendant quatre années consécutives depuis sa première année d’identification. Elle a séjourné dans le parc marin avec sa progéniture en 1989, en 2000 et en 2017. En 2004, nous ne l’avons observée qu’une seule fois avec un baleineau, ce qui ne nous permet pas d’affirmer qu’il s’agissait bien du sien.

Caïman a déjà eu une « double personnalité ». Pendant plusieurs années, elle n’était connue que par son côté droit. Un autre animal, connu seulement par son côté gauche, avait été nommé U3 en l’honneur de sa grande ressemblance avec U2. Le mystère a été élucidé en 1999, lorsque des chercheurs du GREMM ont réussi à prendre des photos des deux flancs de l’animal au cours d’une même rencontre, prouvant ainsi qu’il s’agissait en fait d’un seul et même individu.

Depuis la première rencontre en 1986, elle a été aperçue presque tous les ans, ce qui lui vaut le titre de « rorqual commun le plus observé dans l’histoire du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent ».


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 10 aout 2018, par Camille Bégin Marchand

On reconnait Caïman (Bp034) par sa nageoire dorsale qui porte une entaille à la base. Or, ce rorqual commun n’est pas le seul à porter cette marque. Il se distingue de ses sosies grâce aux contours irréguliers de l’extrémité de sa nageoire dorsale. De plus, s’il arque le dos suffisamment, on peut voir des cicatrices à la fin de son pédoncule. Caïman est un rorqual commun femelle connu depuis 1986. Elle a été observée presque chaque année depuis sa première identification. D’ailleurs, il s’agit du rorqual (rorqual commun, rorqual bleu et rorqual à bosse compris) le plus souvent vu dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent : 30 années sur 33 ! Pendant plusieurs années, Caïman était reconnue d’un seul flanc. Une photo de ses deux flancs au cours d’une même séance d’observation a permis de constater que cet individu avait une double identification. Ces photos ont permis de joindre les deux individus en un seul.

La photo-identification est une technique utilisée depuis les années 1930. Elle consiste à utiliser les marques naturelles (pigmentation, patron de coloration, cicatrices) des individus afin de les identifier entre eux. Cette technique est utilisée sur plusieurs animaux : baleines, phoques, girafes, chimpanzés, zèbres, etc. Chaque espèce a ses particularités uniques qui permettent de distinguer chaque individu de ses congénères. Elle s’avère très pratique dans le cas où des marques faites par les humains comme des étiquettes, des tatouages ou des colliers ne peuvent être posés facilement. Bien que les étapes de cette technique semblent simples, chaque photo demande beaucoup d’heures d’analyse en laboratoire. Les photos sont comparées avec celles de plusieurs individus et appariées en fonction de critères rigoureux. La numérisation des photos permet aujourd’hui de voir encore plus de détails. On peut parfois se questionner si des programmes informatiques ne pourraient pas accélérer le travail, mais, jusqu’à maintenant, l’œil humain demeure l’outil le plus performant pour exécuter ce travail fastidieux. Cette technique a aussi d’autres utilités. Grâce à la photo-identification, l’équipe de recherche de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) a identifié un rorqual bleu (B105) à 30 ans d’intervalle de chaque côté de l’Atlantique, dans le golfe du Saint-Laurent en 1984 et dans les Açores en 2014. En 2015, ce même rorqual bleu était de retour sur la côte est de l’Amérique du Nord, reconnu une fois de plus grâce à la photo-identification. C’est la photo-identification qui a permis de confirmer cette « migration » de 3900 km.

 


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 29 septembre 2017
Avec l’entaille à la base de sa nageoire dorsale, Caïman a plusieurs sosies comme U2 et Bp086. Ce sont les contours irréguliers de l’extrémité de cette nageoire qui permettent de la différencier de ses congénères et, si elle arque le dos suffisamment, les cicatrices au bout de son pédoncule.

Cette année, Caïman est venue visiter le parc marin avec son jeune. Elle était aussi accompagnée de sa progéniture en 1989 et en 2000. En 2004, nous l’avons observée qu’une seule fois avec un baleineau, ce qui ne nous permet pas d’affirmer qu’il s’agissait bien du sien. Chez le rorqual commun, les femelles seraient matures sexuellement vers l’âge de six ans et se reproduiraient tous les trois ans jusqu’à la fin de leur vie.

Caïman serait à ce jour le rorqual commun le plus souvent identifié dans le parc marin! La première observation remonte en 1986! À cette époque, elle semblait déjà être une adulte.

On estime la longévité du rorqual commun aux alentours de 90 ans, mais des individus plus âgés ont déjà été découverts tel un spécimen trouvé en Antarctique âgé de 111 ans. Les méthodes d’estimation de l’âge des baleines à fanons reposent sur le dénombrement post-mortem des couches de croissance de différents tissus persistants et non sur les couches de cire accumulées dans l’oreille comme dans le passé. Par exemple, les couches de protéines accumulées dans le cristallin de l’œil et la croissance de certains os sont des méthodes utilisées.

Règle plutôt générale pour l’ensemble des cétacés : plus une espèce est petite, plus sa vie est courte. Dans le Saint-Laurent, le marsouin commun vit de 15 à 20 ans. Inversement, le rorqual bleu vit entre 85 et 100 ans. Néanmoins, il existe des exceptions. La baleine boréale pourrait vivre au-delà de 200 ans. C’est le mammifère ayant la plus grande longévité. Son secret: elle aurait la capacité de réparer son ADN et de lutter efficacement contre le cancer et des maladies liées à l’âge.

Aussi, chez les épaulards ou les globicéphales noirs —  des sociétés matriarcales tissées serrées — les femelles vivent plus longtemps que les mâles et bien au-delà de la ménopause qui survient vers l’âge de 40 ans, ce qui est très rare chez les mammifères. Ces vieilles femelles jouent donc un rôle essentiel dans la transmission du savoir aux générations suivantes. L’ensemble du groupe bénéficie de l’expérience et de l’aide des ainées, ce qui augmente les chances de survie et de reproduction.

En savoir plus

La fiche signalétique du rorqual commun


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 9 septembre 2016

La bien connue Caïman a finalement fait son entrée dans le parc marin. Ce rorqual commun femelle se distingue des autres individus par sa nageoire dorsale dont le bout est très irrégulier. C’est ce qui permet de la différencier de ses sosies U2 et Bp086. Aussi, on peut voir plusieurs traits pâles en bas de sa nageoire dorsale. Caïman possède également quelques cicatrices à la fin de son pédoncule. Ce rorqual commun est une visiteuse régulière du parc marin.

Caïman avec balise télémétrique, 30 août 2016

Caïman avec balise télémétrique, 30 août 2016

Le 30 août au matin, Caïman a été équipée d’une balise télémétrique à 7 h 18, à 6 miles nautiques au large du cap de Bon Désir. Au cours du suivi, l’animal a été observé avec cinq autres rorquals communs, deux rorquals bleus et un rorqual à bosse dans un rayon d’environ 150 mètres. Tous étaient en alimentation de surface. Après un suivi d’un peu plus de 8 h, la balise télémétrique est tombée du dos de Caïman alors qu’elle se trouvait au large de l’embouchure du fjord du Saguenay, près de la bouée K54. Après une pause de deux semaines au début du mois d’août, le projet conjoint de Pêches et Océans Canada, du GREMM et de Parcs Canada de suivi télémétrique des grands rorquals termine ses activités cette semaine. Les résultats seront publiés prochainement sur le site Internet Baleines en direct.


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 6 aout 2015

L’entaille dans le bas de la nageoire dorsale de Caïman est un trait partagé par de nombreux rorquals communs, comme U2 et Bp086. Ce qui permet de la différencier de ses sosies, c’est les contours irréguliers du bout de sa nageoire dorsale. Si elle arque beaucoup le dos au moment de plonger, on trouve quelques cicatrices à la fin de son pédoncule du côté droit.

Contours irréguliers du bout de sa nageoire dorsale

Caïman a été observée le 28 juillet 2015, à 3,5 milles nautiques au large du cap Granite et a été vue au moins jusqu’au 31 juillet 2015. Depuis sa première observation en 1986, elle a été observée presque tous les ans; cela fait de ce rorqual commun le plus observé dans l’histoire du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. On l’a aussi aperçue plus d’une fois avec un jeune.

Chez le rorqual commun mâle, la maturité sexuelle est atteinte entre 8 et 12 ans et, chez la femelle, entre 6 à 10 ans. L’accouplement a lieu entre décembre et janvier dans les eaux tempérées. La gestation dure de 11 à 12 mois. La mise bas se déroule entre novembre et janvier l’année suivante, aussi dans les eaux plus chaudes. L’allaitement dure 6 à 7 mois. Le nouveau-né mesure en moyenne 6,4 m et pèse 1,9 t. La femelle peut donner naissance tous les 3 ans. Lorsque les baleineaux et leur mère arrivent dans leur zone d’alimentation, comme le fleuve Saint-Laurent, ils peuvent être déjà sevrés, ou pas encore. Caïman a été observée en 1989 et en 2000 avec un baleineau. En 2004, elle a été vue une seule fois avec un jeune cette saison-là, ce qui ne nous permet pas d’affirmer qu’il s’agit du sien. Il est possible de soupçonner le lien de parenté entre une mère et un jeune après plusieurs observations répétées des deux animaux côte à côte au cours de l’été. Un test génétique réalisé grâce à une biopsie permet de confirmer ces soupçons.


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 24 juillet 2014

Caïman a été observée par l’équipe du GREMM le 22 juillet à 11 h 30 à 5 milles marins au large du cap Granite.

C’est surtout par son flanc gauche que l’on identifie Caïman. Sur son flanc droit se trouve une cicatrice tout au bout du pédoncule, mais elle est rarement visible, à moins que Caïman arque beaucoup son dos au moment de plonger.
© GREMM
Un autre rorqual commun, U2, lui ressemble beaucoup, avec une entaille dans la dorsale en forme de V (il a un point blanc sur le flanc gauche). Mais U2 a été observé dans l’estuaire en 2011 pour la dernière fois.

Caïman a été vue avec un jeune à ses côtés en 2004. Mais, avec une seule observation de ce jeune pendant cette saison-là, on ne peut pas dire qu’il s’agit du sien.

Pour la migration des rorquals communs de l’Atlantique Nord, un pan de mystère s’est levé avec une étude publiée fin 2013 dans la revue PLOS ONE. Un suivi satellitaire de 12 rorquals communs a été réalisé pendant leur voyage de printemps, des Açores au sud-est du Groenland. Ce périple ne serait pas aussi direct qu’on le pense, et il ne se ferait pas le ventre creux. En cours de route, ces rorquals communs ont fait des séjours de chasse, surtout dans les moyennes latitudes. Ils alternent ainsi des périodes de voyage actif avec des étapes nourricières. En mode voyage, les trajectoires sont rectilignes et la vitesse plus importante; pendant la chasse, les déplacements se font dans plusieurs directions et à vitesse plus lente.

Les régions se situant au sud du 48° N, moins riches que celles plus au nord, sont réputées ne pas satisfaire les forts besoins des grands cétacés. Mais des mesures de densité de plancton au nord des Açores ont révélé que ces régions étaient intéressantes pour eux, représentant un ratio positif entre l’énergie qu’ils dépensent pour la chasse et celle qu’ils récoltent avec la capture des proies.

Auteur : Christine Gillier – Mots et Marées


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 30 juillet 2009

Le 21 juillet, entre la baie des Escoumins et les îlets Boisés, l’équipe du GREMM rencontrait le rorqual commun Caïman, un résident saisonnier de l’estuaire connu depuis 1986. La biopsie, pratiquée en 1999, a confirmé le sexe féminin de Caïman, qui a d’ailleurs été vue en compagnie de baleineau en 1989 et 2000.

La prudence est de mise pour l’identification de Caïman. Elle ressemble beaucoup à un autre rorqual commun connu de l’estuaire, nommé U2. D’où son nom, lorsqu’un chercheur du GREMM s’écria : « Yé Caïman pareil que U2 ». Justement, quelques jours après sa rencontre avec Caïman, un assistant de recherche du GREMM a reconnu U2, qui était en pleine session d’alimentation de surface près du phare du haut-fond Prince. Caïman et U2 sont présents dans l’estuaire, comment pouvons-nous les distinguer ? Ces deux rorquals communs présentent une entaille sur leur nageoire dorsale. Toutefois, la nageoire de Caïman est davantage courbée vers l’arrière et son entaille est en forme de « U ». Cette femelle présente également une ligne sur son pédoncule. Sur le flanc gauche de U2, on remarque un point blanc et deux petites dépressions. Du côté droit, seuls d’infimes détails de pigmentation permettent de les différencier.

Caïman a déjà eu une « double personnalité ». Pendant plusieurs années, elle n’était connue que par son côté droit. Un autre animal, connu seulement par son côté gauche, avait été nommé U3 en l’honneur de sa grande ressemblance avec U2. C’est en 1999 que le mystère s’est élucidé ! Les chercheurs du GREMM ont pris des photos des deux flancs de l’animal au cours d’une même rencontre, prouvant ainsi que Caïman et U3 n’étaient en fait qu’un seul individu !