Narval (Monodon monceros)

Un narval parmi les bélugas
Tiré du bulletin Portrait de baleines, 21 septembre 2018, par Camille Bégin Marchand

Le narval a encore été identifié cette année à quelques reprises. Il n’a pas de code, car il s’agit du premier individu de son espèce ayant été photo-identifié dans l’estuaire. Le narval se distingue par sa coloration sombre mouchetée qui fait contraste à la coloration blanche quasi uniforme des bélugas avec lesquels il se trouve. Autre différence avec les bélugas : sa «défense», qui est en fait l’incisive gauche bien visible. Cette dent encore courte n’émerge pas souvent hors de l’eau. La taille de la dent indique qu’il s’agirait probablement d’un juvénile. Les assistants de recherche du GREMM ont comparé les photos des deux flancs de l’individu observé cette année avec les photos des deux dernières années. La coloration évoluant chaque année chez le narval, ce sont généralement les entailles dans la crête dorsale qui permettent de l’identifier. Dans le cas de cet individu, les taches près du cou et autour de la crête étaient encore présentes et ont permis de confirmer qu’il s’agit bien du même narval observé depuis 2016. Pour l’instant, nous n’avons pas encore regardé si le narval est vu avec les mêmes bélugas chaque année ni à chaque observation.

Le narval et le béluga sont les deux seules espèces qui font partie de la famille des monodontidés, dans le sous-ordre des baleines à dents. Le narval n’a qu’une seule dent qui pousse en torsade et peut mesurer jusqu’à 300 cm chez le mâle adulte. Cette dent caractéristique est trouvée chez les mâles, et à l’occasion chez les femelles. Au Centre d’interprétation des mammifères marins, on peut soulever une dent de narval de 176 cm et de 15 livres (6,8 kilos). Cousins, les bélugas et les narvals partagent des traits caractéristiques. Ces deux espèces vivent dans les régions arctiques et subarctiques et ont une distribution circumpolaire, c’est-à-dire tout autour du pôle Nord. Ils sont caractérisés par l’absence de nageoire dorsale sur le dos. Ils ont plutôt une crête dorsale qui serait peut-être une adaptation à la vie en eau froide. En effet, la nageoire dorsale chez les cétacés, dépourvue de couche de graisse, est reconnue pour servir à évacuer la chaleur. Cette crête dorsale chez les monodontidés servirait entre autres à casser la glace afin de remonter à la surface.

Les bélugas et les narvals sont très sociables. Grégaires, on les voit plus souvent en groupe. Jusqu’à maintenant, aucun hybride de béluga et de narval n’a été confirmé. Vers la fin des années 80, un crâne découvert dans l’ouest du Groenland appartenant à une baleine à dent a soulevé des hypothèses dans la communauté, mais aucune conclusion n’a pu être émise.

Une visite à dent!
Tiré du bulletin Portrait de baleines, 1er septembre 2017, par Audrey Tawel-Thibert

Pour ce numéro, la formule conventionnelle de Portrait de baleines est assouplie à l’occasion de la présence confirmée d’un visiteur tout particulier : le narval en cavale aperçu l’été dernier a pointé le bout de sa dent dans le parc marin ! C’est tout à fait par hasard que l’animal fut photographié le 20 aout dernier, au large de Pointe-Noire. Notre assistant de recherche avait pris quelques clichés d’un troupeau d’environ six bélugas qui passait par là, et il en était à examiner ses photos lorsque sa collègue elle aussi à bord a remarqué un animal qui contrastait par sa robe sombre et mouchetée. Les doutes furent rapidement dissipés : c’était bien un narval !

Les projets de photo-identification de narvals sont rares. Dans le cadre d’une étude en Arctique, les chercheuses Marianne Marcoux (Pêches et Océans Canada) et Marie Auger-Méthé (Université Dalhousie) se sont fiées aux entailles dans la crête dorsale des animaux pour les différencier, puisque le patron de coloration évolue chez les narvals avec les années – contrairement au rorqual bleu par exemple, chez qui les mosaïques mouchetées sont permanentes.

Narval, 20 aout 2017

Narval, 20 aout 2017

Pour revenir à notre visiteur exceptionnel, il a fallu scruter le patron de pigmentation pour valider qu’il s’agissait du même individu que celui documenté l’an dernier : les marques distinctives autour de la tête et du cou du narval ont servi de référence puisqu’en un an, elles sont restées inchangées. « Nous n’avons pas de catalogue de narvals. Il y en a beaucoup au Canada (150 000). De plus, les narvals n’ont pas beaucoup de diversité génétique, alors ce n’est pas possible d’utiliser la génétique pour déterminer d’où vient ce narval », précise Dre Marcoux.

« Il faudra d’autres séries de photos pour un suivi à long terme de l’animal », ajoute Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM. Soulignons au passage que, bien que la tentation puisse être grande d’aller jeter un œil à notre hôte tout spécial, ce dernier semble s’être greffé à un groupe de bélugas. Cela signifie qu’aucune entorse au respect des mesures prescrites ne saurait être justifiée par la présence du narval. La distance minimale de 400 m entre les embarcations et les bélugas – même si le narval les accompagne – demeure obligatoire. Merci de protéger cette population en danger !

En savoir plus

Un dos moucheté parmi les dos blancs…