Lors d’une entrevue avec Yvan Simard, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne et titulaire de la Chaire de recherche de Pêches et Océans Canada en acoustique marine appliquée aux ressources et à l’écosystème, Institut des sciences de la mer (ISMER) de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Baleines en direct lui a posé la question suivante: Le Saint-Laurent est-il une zone exceptionnellement riche en nourriture de baleines?

Y.S. : Le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent renferme la plus riche agrégation de krill connue à ce jour pour tout le nord-ouest de l’Atlantique. Lors d’un relevé effectué au cours de l’été 1994, nous avons évalué une extraordinaire quantité de krill de 100 000 tonnes dans une zone relativement petite à la tête du chenal Laurentien. Ceci en fait donc un endroit où le krill est très concentré. Il devient alors intéressant pour les baleines d’aller s’y alimenter. Si tout ce krill était dispersé dans tout le golfe du Saint-Laurent, les baleines devraient filtrer un si grand volume d’eau pour s’en nourrir qu’elles s’épuiseraient. Le cœur de cette agrégation de ce petit crustacé, nommé krill, dont se nourrissent les baleines à fanons se situe généralement entre Les Escoumins et Cap-de-Bon-Désir. On y retrouve aussi beaucoup de capelan, qui se nourrit de krill et qui est, à son tour, une autre proie des baleines.

Qu’est-ce qui explique ces agrégations de krill?

Y.S. : Les courants marins profonds qui remontent l’estuaire du Saint-Laurent apportent avec eux des concentrations de krill en provenance du golfe du Saint-Laurent. Ces concentrations se retrouvent ensuite piégées dans le cul-de-sac formé par la tête du chenal Laurentien, entre Tadoussac et Les Escoumins. Là ils se concentrent encore plus, sous l’action des courants de marée, au plus grand bonheur des baleines qui peuvent alors s’en nourrir aisément. C’est ainsi que cette région du Saint-Laurent attire les baleines qui viennent s’y alimenter depuis des siècles.

Existe-t-il d’autres zones d’agrégations importantes dans le Saint-Laurent?

Y.S. : Il existe d’autres zones dans le Saint-Laurent propices à l’agrégation de zooplancton et d’autres organismes animaux. Ce sont d’ailleurs des sites où plusieurs espèces de mammifères marins vont s’alimenter au cours de l’été. Le long de la côte Nord du golfe, les vents dominants de l’ouest chassent les eaux de surface ce qui provoque une remontée des eaux froides et profondes le long de la côte. Ces eaux amènent avec elles le krill qui vient ainsi se coller au rebord du chenal. Une autre zone d’accumulation se forme à la pointe de la péninsule Gaspésienne. Son mécanisme est encore mal connu, mais il fait présentement l’objet d’études. Enfin, la gyre d’Anticosti, un courant giratoire anti-horaire situé à la pointe ouest de l’île d’Anticosti, à l’entrée de l’estuaire, est une « structure océanographique » qui joue un rôle important dans la rétention et la production du krill et du capelan du Saint-Laurent.

Pour en savoir plus: Voir le portrait de Yvan Simard

Les baleines en questions - 1/1/2007

Équipe du GREMM

Dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique, l’équipe de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) étudie en mer les bélugas du Saint-Laurent et les grands rorquals (rorqual à bosse, rorqual bleu et rorqual commun). Le Bleuvet et le BpJAM quittent chaque matin le port de Tadoussac pour récolter de précieuses informations sur la vie des baleines de l’estuaire du Saint-Laurent.

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