Le capelan roule, les baleines bouffent

  • © René Roy
    15 / 05 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    À Sainte-Anne-de-Portneuf, sur la Côte-Nord, le capelan a commencé à «rouler». Pour se reproduire, les mâles se tortillent sur la plage pour presser les côtes des femelles afin d’en extraire les œufs et les enfouir dans le sable. Ce mouvement de petits poissons donne l’impression de voir une marée argentée ou bien que les poissons roulent sur eux-mêmes. Situé à la base de la chaine alimentaire, le capelan est une proie de choix pour plusieurs espèces de baleines et de phoques. Il est donc souvent synonyme d’une forte présence de mammifères marins.

    Capelan sur une plage © Photo tirée de http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/article/2014/03-31-14-fra.html (Pêches et Océans Canada)

    Près de 90% des capelans ne survivront pas à leur fraie, ce qui laisse des traces sur la plage. © Pêches et Océans Canada

    Au large de Sept-Îles, le capelan doit commencer à se rapprocher des côtes, selon un observateur. Le 14 mai, de cinq à six petits rorquals nagent entre 400 mètres et 1000 mètres de la rive et effectuent des manœuvres qui pourraient servir à rassembler des petits poissons en bancs très serrés, afin d’obtenir une bouchée très productive. L’observateur note aussi la présence d’un rorqual bleu au sud-est de l’ile Grosse Boule, près de l’embouchure de la rivière Moisie, ainsi que quatre rorquals communs. Six jours plus tôt, il voyait aussi un rorqual bleu au large de Gallix. Le rorqual bleu préfère le krill au capelan.

    Des phoques gris à Havre-Saint-Pierre semblent avoir compris que les pêcheurs qui rentrent à quai représentent des potentiels pourvoyeurs de poissons échappés ou rejetés. Ailleurs dans le monde, des épaulards et des cachalots vont même jusqu’à percer des filets ou des casiers pour attraper les poissons et crustacés pêchés. On appelle cette technique de la déprédation.

    À Tadoussac, un rorqual commun fait un retour remarqué le 9 mai: Bp955, surnommé «Ti-Croche», le descendant de la défunte Capitaine Crochet. Cette femelle rorqual commun faisait partie des baleines observées tôt en saison et «Ti-Croche» poursuit cette tradition. Des petits rorquals, des marsouins et des bélugas nagent aussi dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

    Les 9 et 13 mai, notre collaborateur René Roy prend le large pour poursuivre son recensement des grands rorquals pour le compte de la Station de recherche des iles Mingan. Ses deux sorties le mènent de Matane à Pointe-des-Monts, mais les grandes baleines ne montrent pas le bout de leur évent. Il observe toutefois des petits rorquals et des marsouins. Vous pouvez lire le récit complet et voir ses photos magnifiques dans son carnet de terrain.

    Les survols aériens effectué par l’avion des sciences de Pêches et Océans Canada ont repéré les premières baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent, au large (mais très au large) de la péninsule gaspésienne. Au moins sept individus sont dénombrés.

    Les observations de capelans qui «roulent» se multiplieront au fil des semaines, tout comme celles de baleines. Si vous notez la présence de capelan sur les rives, signalez votre observation à eCapelan pour faire progresser la science!

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.