La réduction de la vitesse des navires diminue le risque de collision et les mortalités des baleines noires de l’Atlantique Nord

  • 27 / 06 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Une étude atteste que la mesure volontaire limitant la vitesse à 10 nœuds pendant quatre ans dans l’est des États-Unis a été très efficace. Il est d’ailleurs proposé de la rendre permanente.

    À la fin de l’année 2008, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a instauré une vitesse maximale de 10 nœuds à adopter par les navires de 65 pieds (environ 21 mètres) dans certaines zones de la côte est des États-Unis et à certaines périodes de l’année. Cette mesure volontaire a été mise à l’essai pour diminuer le risque de collision entre les navires et les baleines noires de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) en danger de disparition.

    Une efficacité porteuse d’espoir

    Les auteurs de l’étude, menée par la NOAA et publiée en avril 2013, estiment que cette mesure a réduit le risque de collision mortelle de 80 à 90 % pour les niveaux de risque qui étaient proches de 90 % dans les deux dernières années pendant lesquelles les restrictions de la vitesse ont été observées. Aucune collision n’a été documentée depuis 2008. Pour effectuer leur étude, les scientifiques ont modélisé et comparé les données avant et pendant les périodes de mise en vigueur de la mesure.

    Les collisions représentent une menace majeure pour les quelque 450 individus de cette population décimée par plusieurs siècles de chasse commerciale. Indolentes et peu réactives au passage des navires, ces baleines passent beaucoup de temps à la surface. Plus la vitesse des navires est importante plus les baleines noires sont exposées à des blessures graves, comme des fractures, hémorragies, lésions des organes internes et lacérations par des hélices. Deux mortalités de baleines noires ont été documentées chaque année en moyenne pendant la décennie précédant des études publiées en 2011 et 2012. Chaque mortalité ralentit le lent processus de recouvrement de cette population considérée en danger de disparition et protégée depuis 1973, dont les femelles donnent naissance à un baleineau tous les quatre ans environ.
    Les baleines noires sont également fortement menacées par les prises accidentelles dans des engins de pêche et par la dégradation de leur habitat générée par les diverses pollutions liées aux activités humaines.

    Selon les activités saisonnières des baleines

    Une dizaine d’aires de gestion saisonnière (seasonal management areas ou SMAs en anglais) ont été délimitées sur plus de 2 000 kilomètres en zone côtière, de la Floride au Maine, où le trafic maritime est particulièrement dense. Cette restriction de la vitesse des navires s’applique pendant les périodes de mise bas et de soins aux nouveau-nés, ainsi que sur les routes migratoires du 1er novembre au 30 avril, et lors de la saison d’alimentation qui s’étire dans les régions le plus au nord du 1er janvier au 31 juillet.

    Dans certaines de ces SMA, des modifications dans le tracé des voies maritimes ont été également réalisées afin que les routes des navires évitent le plus possible les regroupements des baleines noires. Associées à la restriction de la vitesse, elles ont contribué à minimiser le risque de collision. Mais elles ne sont pas réalisables partout, surtout en zone côtière, dans des secteurs où la navigation est contraignante en raison d’obstacles naturels et de faibles profondeurs.

    Pérenniser la mesure

    La NOAA propose de rendre permanente cette limitation de la vitesse des navires à 10 nœuds, sa période d’essai devant se terminer à la fin décembre 2013. Une période de consultation publique de 60 jours a débuté le 5 juin dernier. Elle précise que pour les compagnies maritimes les coûts associés au respect de cette limite de vitesse ont été d’un tiers moins important que prévu en 2008. La participation et l’adhésion de l’industrie de transport maritime sont fortes, les mesures ayant été intégrées dans la plupart des cas dans les procédures et le déroulement des voyages des navires.

    Si les groupes et associations pour la protection des mammifères marins ont applaudi cette proposition, ils se disent déçus par le fait que la réduction de la vitesse ne s’applique pas aux navires de moins de 65 pieds, qui selon eux peuvent également provoquer des mortalités chez les grands cétacés. Une telle mesure pourrait être bénéfique pour réduire le risque de collision pour d’autres espèces menacées, comme les rorquals communs, rorquals à bosse et petits rorquals. Le ralentissement des bateaux permet aussi de réduire la pollution sonore sous-marine, la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre.

    Sources : Ecological Society of America, National Oceanic and Atmospheric Administration, Center for Biological Diversity.

     

     

     

     

     

    En savoir plus:

    Sur le site de Baleines en direct:
    Les collisions avec les navires

    La baleine noire