La migration des rorquals communs et bleus de l’Atlantique Nord: une part du mystère se dévoile (2/2)

  • 05 / 12 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - /

    La vitesse de croisière de ces grands cétacés varie pendant les 24 heures d’une journée et selon les régions géographiques qu’ils traversent. Ces variations seraient dues au cycle jour-nuit.

    La longue migration saisonnière de ces grands cétacés reste méconnue, car l’océan est vaste et ces animaux sont relativement peu nombreux et dispersés. Une équipe de scientifiques a suivi par satellite la trajectoire et la vitesse de 12 rorquals communs et de trois rorquals bleus de l’Atlantique Nord pendant leur migration du printemps. Leur étude, récemment publiée dans la revue PLOSONE, révèle que ces animaux font des séjours de chasse, des pauses nourricières pendant leur voyage entre les Açores et le Groenland, alors qu’on pensait qu’ils faisaient plutôt une route directe et le ventre creux.

    L’actualité de Baleines en direct parue le 21 novembre dernier La migration des rorquals communs et bleus de l’Atlantique Nord: une part du mystère se dévoile (1/2) a porté son attention sur ces aspects-là, qui représentent l’essentiel de l’étude, mais d’autres éléments ont été livrés par les auteurs: les changements de la vitesse de croisière des rorquals – la vitesse du voyage plutôt que celle des périodes de chasses – seraient liés aux heures de clarté et d’obscurité. Une histoire dans laquelle la lumière et la disponibilité des proies pourraient entrer en jeu.

    Jour-nuit, mais aussi selon les régions et la chasse

    Au sud du 56° N, les rorquals communs se déplacent plus rapidement pendant la journée que pendant la nuit. Leur vitesse augmente graduellement pendant la nuit, pour atteindre un pic pendant une période allant du milieu de la matinée au début d’après-midi (11-14h) et décline ensuite jusqu’à un seuil minimum en soirée. Ces données suggèrent que, dans les latitudes moyennes et intermédiaires, la vitesse augmente avec les conditions de visibilité.

    Par contre, au nord du 56°N, dans les hautes latitudes, ces variations n’ont pas été observées. La vitesse demeure constante pour ces baleines qui ont été exposées à quasiment 24 heures de luminosité pendant la journée. À ces latitudes proches du pôle, le soleil ne se couche jamais, selon l’expression commune, pendant les périodes de fin de printemps et de début d’été. Plus précisément pendant la période d’étude, le soleil n’a jamais été plus bas que 12° sous la ligne de l’horizon de sorte que la période suivant le coucher du soleil et précédant son lever présentait une faible obscurité.

    Dans les secteurs de chasse et d’alimentation (appelées ARS par les auteurs de l’étude pour area-restricted search) des Açores et au nord du 56°N, les variations marquées par le cycle jour-nuit n’ont pas été observées. Si la vitesse change fréquemment pendant les 24 heures, les scientifiques ont cependant relevé que les vitesses les plus rapides sont adoptées entre le coucher du soleil et son lever, et les plus lentes pendant la période allant du milieu de la matinée jusqu’en fin d’après-midi.

    Accélérer le jour pour prévoir une chasse de nuit?

    Selon de précédentes études, les mammifères marins utiliseraient une combinaison de repères sensoriels et environnementaux pour les aider à s’orienter et à se positionner avec précision lors d’une navigation sur de grandes distances. Pour les auteurs de la présente étude, la perception de repères visuels, comme la position du soleil et des caractéristiques topographiques, pourrait favoriser une plus grande vitesse pendant les heures de clarté. Les baleines ajusteraient leur vitesse de voyage pour augmenter leurs chances de rencontrer la nuit des bancs de proies en surface. Ces proies, de type zooplancton, migrent verticalement dans la colonne d’eau selon un cycle jour-nuit: elles sont disponibles en surface la nuit et trouvent refuge dans les profondeurs le jour.

    Si le suivi satellitaire a permis de dessiner la trajectoire et la durée du voyage des rorquals à la surface de l’Atlantique par des points successifs, les auteurs de l’étude concèdent qu’il reste très difficile de savoir ce qui passe dans la colonne d’eau à différentes profondeurs, ce qui permettrait notamment de mieux interpréter les données décrivant l’influence du cycle jour-nuit.

    En conclusion, ils précisent que l’objectif de leur étude n’est pas de produire une fine description de la migration des grands rorquals, mais d’en livrer certains aspects, aussi bien dans leur routine de la journée que dans leurs cycles annuels. Des données plus fournies, notamment sur le nombre d’animaux étudiés, et des périodes de suivi plus longues sont nécessaires.

    Sources: PLOSONE

    Pour lire la première partie de l’étude: La migration des rorquals communs et bleus de l’Atlantique Nord : une part du mystère se dévoile (1/2)

    Pour en savoir plus:

    Sur le site de de PLOSONE (en anglais seulement):
    North Atlantic Blue and Fin Whales Suspend Their Spring Migration to Forage in Middle Latitudes: Building up Energy Reserves for the Journey?

    Sur le site de Baleines en direct :
    La migration
    L’alimentation