La croisière s’amuse… par Marjolaine Bisson

  • Les rorquals à bosse montrent leur queue lorsqu'ils font leur dernière plongée. On dit alors qu'ils sondent. © GREMM
    06 / 09 / 2018 Par Collaboration spéciale

    Cela fait maintenant plus de trois mois que je regarde les baleines dans le parc marin Saguenay–Saint-Laurent. Plus je les observe, et plus des questionnements bourgeonnent dans ma tête.

    Par exemple, durant l’été, beaucoup de brouillard nous a caché la vue des baleines. À la fin juillet-début aout, j’ai dû passer beaucoup de temps en laboratoire au lieu de sur les bateaux de croisières à cause de la mauvaise visibilité sur l’eau. Prendre des photos de baleines sans coloration visible n’aurait servi à rien pour l’identification.

    Lors de la dernière journée de brouillard, je me suis risquée à aller sur un zodiac et je ne regretterai jamais cette décision. C’était l’une des meilleures croisières de ma vie. J’y ai aperçu H855, un descendant de Tic Tac Toe, un rorqual à bosse que les capitaines surnomment Sudoku.

    La nageoire dorsale de H855 a une encoche, ce qui le rend facilement identifiable. © GREMM

    Il a «breaché» au moins sept fois tout en faisant route vers notre bateau à chaque saut. À son dernier «breach», il a atterri assez proche de notre bateau. C’est durant ce dernier saut qu’il s’est retourné dans les airs. J’ai eu un spectacle comme à la télé, en direct de chez moi! J’y croyais à peine et j’ai eu beaucoup de difficulté à faire mon travail pour le reste de cette croisière. Cela m’a figé sur place et je pense que j’étais comme dans un rêve.

    Ce qui n’a fait qu’aggraver mon « état de choc » a été la vue de deux rorquals bleus juste après. C’était dans un secteur proche de Tadoussac, assez proche pour qu’on puisse les observer durant deux plongées (et c’est long une plongée de rorqual bleu, jusqu’à 36 minutes dans le Saint-Laurent). C’était les premières baleines bleues aperçues et prises en photos par les bénévoles au GREMM cette saison. J’étais vraiment contente de l’annoncer à l’équipe de recherche.

    Un rorqual bleu dans le brouillard. © GREMM

    Le lendemain, première journée sans brouillard de la semaine, j’ai vu un autre rorqual à bosse «breacher» ainsi que plusieurs autres observations incroyables. J’ai eu environ trois jours de belles observations très intenses à la fin du brouillard et au retour de la bonne visibilité. Il y avait aussi beaucoup de nouveaux individus qui sont apparus quand le brouillard s’est dissipé dans le parc marin. J’ai d’ailleurs perdu le décompte des rorquals communs à cette période, puisque je ne reconnaissais plus les individus présents.

    Trois rorquals communs nagent ensemble. © GREMM

    C’est pour cette raison et dans ces moments que je me demande comment la météo affecte les baleines et/ou leurs proies. Le brouillard est probablement et simplement arrivé dans la période prolifique de l’année où les baleines affluent dans l’estuaire. Cependant, il reste que les comportements spectaculaires n’ont pas été recensés tous les jours et qu’ils semblent souvent se produire sur de courtes périodes de temps. Il reste de nombreuses choses à découvrir pour mieux comprendre les baleines.


    Marjolaine Bisson s’est jointe à l’équipe du GREMM en 2018. Dans le cadre du programme de recensement photographique des grands rorquals du parc marin, elle recueille photos et données à bord des bateaux d’excursion. Elle partage aussi ces informations avec l’équipe de rédaction de Baleines en direct.