Chercher une carcasse en mer comme une aiguille dans une botte de foin

  • Une carcasse de rorqual commun dérive en Gaspésie. © Sandra Gauthier, Exploramer
    28 / 06 / 2018 Par Anthony François - /

    Le 21 juin au matin, un témoin observe une carcasse de baleine à la dérive au large de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie. À la suite de son observation, un survol aérien a été effectué et a permis de confirmer l’espèce : c’est un rorqual commun. Au milieu de la soirée, la carcasse se retrouve très près de la rive, mais n’est pas totalement échouée. Elle y reste quelques heures avant de repartir avec la marée haute le lendemain.

    Au cours de la journée du 22 juin, la carcasse du rorqual commun a été signalée pas moins de 20 fois par des témoins entre Marsoui, en passant par Rivière-à-Claude, et jusqu’à Sainte-Anne-des-Monts où elle a été observée pour la dernière fois à 15 h 52. Il faut l’avouer, le ventre du rorqual commun distendu par les gaz de putréfaction l’a rendu particulièrement visible. Grâce aux appels reçus, l’équipe d’Urgences Mammifères Marins a pu suivre la dérive. Tandis que la carcasse suivait la côte avec des airs d’«attrape-moi si tu peux», des questionnements se soulevaient du côté des institutions. Avoir une carcasse en mer, surtout lorsque le statut de l’espèce est préoccupant, constitue une vraie course contre la montre. Si l’on veut nécropsier ou récupérer des échantillons pour des analyses scientifiques plus poussées, il est nécessaire d’intervenir lorsque la carcasse est toujours fraiche. De plus, ces opérations couteuses nécessitent une organisation logistique importante.

    Après deux jours sans signalement, un témoin nous informe le 25 juin qu’il a observé une carcasse au large de Gaspé, à Cap-Des-Rosiers. Il semblerait que ce soit un rorqual, mais impossible de confirmer l’espèce et, de ce fait, si c’est la même carcasse que celle des 21 et 22 juin. Dans la plupart des cas de carcasse en mer, la difficulté principale est de pouvoir obtenir de la documentation visuelle d’assez bonne qualité pour permettre de confirmer l’espèce et surtout d’être en mesure d’apparier les signalements, c’est-à-dire de faire correspondre plusieurs observations à un même et unique cas.

    Sur la photo, on peut bien observer le patron de coloration sur le ventre du rorqual commun. © Sandra Gauthier, Exploramer

    Finalement, deux nouveaux signalements — l’un lors d’un survol de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et l’autre de la part d’un pêcheur — font état d’une carcasse de rorqual commun au large de l’ile Bonaventure le 26 juin en début d’après-midi. Les photos prises par la NOAA ont permis d’apparier la carcasse grâce au patron de coloration observable sur le ventre du rorqual commun. Il est maintenant possible de dire que c’est la même carcasse que celle signalée à Marsoui le 21 juin.

    À l’heure actuelle, l’état de la carcasse commence à se dégrader et il est peu probable qu’une nécropsie ait lieu. Toutefois, dans la mesure où elle s’échouerait dans les jours à venir et qu’elle se situerait dans un endroit accessible et sécuritaire, il serait possible d’effectuer un échantillonnage ainsi qu’une documentation approfondie. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins compte sur la collaboration des riverains et des pêcheurs pour signaler tout mammifère marin mort ou en difficulté au 1-877-7baleine (1-877-722-5346).

     


    Anthony François est assistant de recherche au GREMM et préposé au Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) depuis 2017. Biochimiste et biologiste de formation, il réalise l’importance de la vulgarisation scientifique et de la sensibilisation du public au cours de sa maitrise. Anthony tient la chronique d’Urgences Mammifères Marins.