Baleines noires : levée des restrictions de mesure de vitesse et échouage de la quatrième carcasse

  • Juillet 2011, rencontre de #1033 et #1625
    © René Roy
    06 / 08 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    La surveillance aérienne des dernières semaines n’a pas repéré de baleines noires de l’Atlantique Nord dans les corridors de limite de vitesse dynamique. Le 2 aout en fin de journée, le ministère des Transports du Canada a donc annoncé la levée des restrictions de vitesse. Mais dès qu’une baleine noire y sera à nouveau observée, la zone dynamique où elle sera présente fermera à nouveau pour un minimum de 15 jours.

    Pour diminuer les risques de collision entre les navires et les baleines noires, une des principales causes de mortalité chez cette espèce, le gouvernement du Canada a créé une zone de ralentissement obligatoire à l’entrée du golfe. Mais après la découverte de huit carcasses de baleines noires en eaux canadiennes, Transports Canada a agrandi la zone. La nouvelle mesure a toutefois eu un effet collatéral potentiellement dangereux, explique le ministère par voie de communiqué : «Puisque la vitesse était la même dans toute la zone du golfe, on a observé des navires qui ont emprunté des itinéraires plus directs pour traverser le golfe au lieu d’emprunter les voies de navigation. Par conséquent, plus de navires sont passés près des emplacements connus des baleines.» Pour limiter les risques, le gouvernement lève donc la limite de vitesse de 10 nœuds dans les corridors de navigation.

    Depuis le début de l’entrée en vigueur des zones de limite de vitesse le 28 avril dernier, presque la totalité des quelque 1500 transits ont été effectués dans le respect de la limite de vitesse. Seules trois amendes ont été remises à des navires. Les amendes se chiffrent de 6000$ à 7800$ chacune dans les cas présents, mais pourraient atteindre 25 000$ selon la gravité et le nombre d’infractions commis par le même navire.

    Une carcasse aux Îles-de-la-Madeleine

    Une carcasse de baleine noire de l’Atlantique Nord s’est échouée aux Îles-de-la-Madeleine le 31 juillet. Son état de décomposition avancée ne permet pas de l’analyser en profondeur. Pêches et Océans Canada croit qu’il s’agit de la quatrième carcasse repérée à la dérive, le 24 juin, dans un état de putréfaction avancée. Elle n’avait alors pas encore touché terre. Cette baleine est identifiée comme Eg3815, une femelle de 11 ans.

    Des baleines toujours empêtrées

    Une quatrième baleine empêtrée a été repérée par la surveillance aérienne au large des Îles-de-la-Madeleine le 6 aout. Elle a été identifiée comme Snake Eyes, un mâle de plus de 40 ans. Sa grande distance des côtes complique les options pour aller le dépêtrer. La mauvaise température prévue pour les prochains jours n’est pas non plus encourageante.

    Malgré les efforts colossaux des équipes spécialisées en dépêtrements du Whale Release and Strandings de Terre-Neuve et de l’équipe de sauvetage de Campobello, en collaboration avec la Marine Animal Response Society et Pêches et Océans Canada, les trois autres baleines noires repérées empêtrées n’ont pas pu être entièrement libérées de leurs cordages. Pêches et Océans Canada poursuit la surveillance aérienne et les équipes restent prêtes à intervenir si les baleines sont à nouveau repérées.

    Petit portrait des baleines noires empêtrées

    Snake Eyes
    Identification : Eg1226
    Sexe : Mâle
    Âge : Né avant 1979, estimé à plus de 40 ans
    Date où la baleine a été repérée empêtrée : 6 aout 2019
    Statut : Probablement encore empêtré
    Évènements dans la vie : Snake Eyes a été observé en 1998 dans l’estuaire du Saint-Laurent et à de nombreuses reprises depuis dans le golfe du Saint-Laurent. Le 16 juillet 2019, il était observé dans le golfe sans être empêtré. Son empêtrement a donc eu lieu entre le 16 juillet et le 6 aout.

    Eg4423
    Sexe : Mâle
    Âge : Né en 2014, donc 5 ans
    Parent : Mère Couplet, morte en 2017
    Date où la baleine a été repérée empêtrée : repéré en avril 2019 dans les eaux étatsuniennes, puis le 4 juillet dans les eaux canadiennes.
    Date de dépêtrement : dépêtrement partiel le 11 juillet et le 16 juillet par l’équipe de Campobello, Nouveau-Brunswick. Elle a été libérée d’un poids important, mais a encore un cordage dans la bouche.
    Statut : Probablement encore empêtré

    Eg4440
    Sexe : Mâle
    Âge : Né en 2014, donc 5 ans
    Parent : Mère Nævus
    Date où la baleine a été repérée empêtrée : 19 et 29 juin, 5, 9 et 19 juillet 2019. L’empêtrement était sévère.
    Date de dépêtrement : Dépêtrement partiel le 16 juillet 2019 par l’équipe de Campobello, Nouveau-Brunswick. L’animal peut nager plus librement.
    Statut : Encore empêtrée au niveau de la queue

    Eg3125
    Sexe : Mâle
    Âge : Né en 2001, donc 18 ans
    Parent : Mère Butterfly
    Date où la baleine a été repérée empêtrée : 4 juillet 2019, empêtrée sévèrement, possiblement mortellement. «Un des pires cas documentés depuis trente ans», selon Moira Brown du Canadian Whale Institute.
    Évènements : une bouée télémétrique a été attachée au matériel le 19 juillet.
    Date de dépêtrement : Dépêtrement partiel les 23 et 25 juillet 2019 par le Whale Strandings and Release de Terre-Neuve et 3 aout 2019 par le Center for Coastal Studies des États-Unis au large de Cape Cod.
    Statut : Encore empêtrée. La baleine peut maintenant ouvrir sa bouche. Des cordages sont encore incrustés au niveau de milieu du rostre, ainsi qu’autour des évents. Un autre cordage semble pris dans les fanons. La baleine a une mauvaise condition physique.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.