Une semaine de questionnements et de surprises!

  • Troupeau de rorquals communs © GREMM
    Rorquals communs / Fin whales. © GREMM
    11 / 08 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Le 9 aout, profitant d’une accalmie, l’équipe de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) prend le large. La journée est « fructueuse » : ils rencontrent trois rorquals communs près de la pointe ouest de l’ile d’Anticosti et dix autres entre Magpie et Rivière-Saint-Jean, sans oublier deux petits rorquals et quatre rorquals à bosse. Les rorquals communs sont dispersés.  « Probablement s’alimentaient-ils de krill », mentionne le chercheur et fondateur du MICS, Richard Sears. En effet, le type de proie influence le comportement des chasseurs. En poursuivant du krill, qui se déplace au gré des courants, les rorquals communs sont plus solitaires; le repas est plus facile à capturer. À l’inverse, à la suite de poissons rapides comme le capelan ou le lançon, ils sont davantage regroupés. Le cycle des marées joue également un rôle. Une étude réalisée dans les années 1990 démontre qu’à marée haute, les rorquals communs forment des groupes serrés dans les barres de courants, nageant de manière synchronisée et dynamique, alors qu’à marée basse, ils sont plutôt dispersés et tranquilles. Ainsi, les rorquals communs disséminés à Mingan chassaient probablement du krill, alors que les neuf rorquals communs attroupés dans la baie de Gaspé le 9 aout poursuivaient possiblement du poisson.

    Krill © NOAA (public domain)

    Krill © NOAA (public domain)

    L’équipe du MICS remarque aussi des fèces rouges. Cette couleur s’explique par un régime alimentaire composé principalement de krill, un crustacé appartenant à la famille des crevettes. Les excréments produits suite à une alimentation de poissons sont plutôt bruns. Les scientifiques s’intéressent aux fèces des baleines, car elles permettent d’étudier la nutrition de ces animaux, mais aussi de récolter de l’ADN et même des hormones pouvant servir à déterminer, dans le cas des femelles, si elles portaient ou allaitaient un petit.

    L’un des rorquals communs observés à Mingan cette semaine se trouvait à Sept-Îles quelques jours plus tôt. Il a été reconnu par sa pigmentation particulière — des taches claires sur le côté droit de son corps, rappelant l’apparence du rorqual bleu —qui intrigue l’équipe du MICS. Pourrait-il être un hybride?

    Les observations d’hybride chez les cétacés sont surtout rapportées chez les dauphins en captivité. En nature, la majorité des mentions proviennent de la chasse commerciale. Chez les baleines à fanons, ce sont principalement des hybrides rorqual bleu/rorqual commun qui ont été identifiés. Jusqu’à maintenant, une dizaine de cas ont été répertoriés dans l’Atlantique Nord. Il est toutefois impossible de conclure qu’une baleine est un hybride sans analyse génétique. Justement, ce rorqual commun a été échantillonné par le MICS le 9 aout ! Grâce à un minuscule morceau de peau, l’identité de ce curieux animal sera éventuellement dévoilée.

    Tic Tac Toe et baleineau en juillet 2017. © GREMM

    Parlant de résultat palpitant tiré d’analyses génétiques: l’équipe du MICS apprenait cette semaine l’âge exact de Tic Tac Toe: cette femelle célèbre ses 20 ans cette année. Aujourd’hui, elle se trouve en compagnie de son troisième veau toujours dans la région de Mingan.

    À Gaspé, six rorquals à bosse sont notés et dans l’estuaire, le rorqual à bosse Gaspar arrive au moment où Siam semble quitter le secteur. À Sept-Îles, trois rorquals à bosse sont présents dans la baie le 10 aout.

    © GREMM

    © GREMM

     

    À l’embouchure du Saguenay, la présence de plusieurs marsouins communs pique la curiosité des observateurs. Chassent-ils les mêmes proies que les petits rorquals? Possible. Le marsouin commun s’alimente de poissons (capelan, hareng, goberge, maquereau) et d’organismes marins vivants au fond de l’eau (calmars et crustacés). Lorsqu’ils nagent, nous disons, dans notre jargon, qu’ils « marsouinent » : ils accélèrent sous la surface avant de se projeter hors de l’eau pour bénéficier de la plus faible résistance de l’air avant de replonger et ainsi avancer plus vite tout en économisant de l’énergie.

    Ce terme, « marsouiner » a d’ailleurs été utilisé par l’un de nos collaborateurs de Pointe-des-Monts cette semaine alors qu’il découvrait des bancs de bars rayés. La façon dont se déplaçaient les poissons lui rappelait la natation des marsouins. Il voyait bien les deux ailerons séparés des poissons, dont le premier parsemé d’épines. Autre observation ichtyologique : une résidante de Blanc-Sablon capturait, grâce à son drone, l’image d’un rorqual à bosse tout près d’un imposant thon rouge. Ces poissons n’ont rien à envier aux baleines. Géants, ils peuvent peser une demi-tonne et sont des nageurs puissants, capables de se déplacer jusqu’à 30 km/h. Le Saint-Laurent est leur aire d’alimentation et pour l’hiver, ils partiront vers le golfe du Mexique où ils se reproduiront.


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».