Une carcasse précieuse de baleine noire trouvée en Gaspésie
1er juillet 2015: nécropsie et dépeçage terminés, de nouveaux défis à l’horizon

  • © Lise Gagnon Photo
    01 / 07 / 2015 Par Équipe BED

    Une baleine noire avait été retrouvée morte et à la dérive au large de Percé le 24 juin 2015. Cette baleine a été identifiée par les chercheurs du New England Aquarium: il s’agit de la femelle Piper. Depuis ce premier signalement de cette carcasse, le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins a reçu une réponse généreuse et prompte de la part de plusieurs collaborateurs : bénévoles d’Urgences Mammifères Marins, scientifiques de la côte est américaine et des maritimes, pêcheurs et croisiéristes, l’implication est grandiose. Récupérer cette carcasse pour une nécropsie et pour récupérer le squelette a des fins éducatives a été une intervention colossale!

    • Résumé de la nécropsie et du dépeçage par le vétérinaire Stéphane Lair (CQSAS/FMV)
    • Crédit : © Centre québécois sur la santé des animaux sauvages.

    1er juillet 2015: De nouveaux défis à l’horizon

    C’est après cinq jours de travail intense de la part de dizaines de personnes, de logistique hors du commun et au bout de bien des gouttes de sueur que la carcasse de Piper a été étudiée, dépecée et rapatriée de la Gaspésie à la Côte-Nord. Lundi, les os ont été débarqués à la Ferme 5 Étoiles de Sacré-Cœur avec l’implication notable de l’équipe de la ferme, où plusieurs squelettes ont été accueillis dans les dernières années. Les chiffres officiels : Piper pesait 34,6 tonnes, mesurait 13,9 m et c’est 7,5 tonnes d’ossements et de chair qui ont été débarqués dans le champ.

    Les bénévoles et l’équipe du GREMM sont revenus fatigués, mais la tâche est loin d’être terminée. Dès vendredi, de nouveaux bénévoles retrousseront leurs manches pour amorcer le nettoyage des ossements et pour continuer de dégager les os du crâne de la baleine. Professeurs, spécialistes des squelettes et naturalistes : près d’une dizaine de personnes s’affaireront à cette étape nécessaire.

    Puis, les os reposeront pendant les prochains mois, laissant place au travail des charognards et des décomposeurs naturels. Ces mois serviront en parallèle à la recherche assidue de financement, pour que le squelette de Piper, cette femelle célèbre pour plusieurs, puisse être éventuellement assemblé et ajouté à la collection de squelettes du Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac. Un autre défi majeur comme cette étape, incluant le nettoyage, l’assemblage et l’intégration dans le musée, demande un investissement pouvant atteindre 100 000$ en main d’œuvre, outils, et matériaux.

     

    29 juin 2015: Les ossements sont en direction de la Côte-Nord

    Le dépeçage s’est finalement complété le 28 juin en fin de journée. Tous les os et le crâne ont été embarqué à bord d’un camion qui a pris la route le lendemain pour la Côte-Nord, plus précisément à la Ferme 5 étoiles de Sacré-Cœur où ses os seront rapatriés. Mais l’aventure est bien loin d’être terminée… Beaucoup de nettoyage demeure à faire sur les ossements dans les prochaines semaines, voire les prochains mois.

    © GREMM

    28 juin 2015 12h Il ne reste que la tête de la baleine à dépecer!

    Encore une fois tôt ce matin à 7 h 30, l’équipe du dépeçage a repris son travail laborieux. Malgré la chaleur, les troupes sont motivées. Grâce à la participation de nombreux bénévoles, le travail a beaucoup avancé: il ne reste plus que la tête à dépecer. La colonne vertébrale est bien visible. À l’aide d’une pelle mécanique, les rangées des longs fanons de la baleine noire seront retirés et les dépeceurs pourront s’attaquer aux mandibules. Demain dans la journée, les os seront transportés à Tadoussac pour que le travail puisse se poursuivre.

    L’équipe de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal ont quitté le terrain hier. Pas de résultats apparents en ce qui concerne la nécropsie. Ils ont pris avec eux l’oeil de la baleine; le cristallin, la partie visqueuse de l’oeil, servira à déterminer l’âge de la bête. D’autres chercheurs ont demandé des échantillons de tissu pour procéder à différentes analyses dont une analyse de contaminants.

    Nous vous fournissons quelques images de leur travail de dépeçage de la carcasse. Coeurs sensibles s’abstenir.

    27 juin 2015 15h Le travail ardu du dépeçage se poursuit


    Toujours sur le terrain, notre équipe et ses bénévoles travaillent encore sur le dépeçage de la carcasse de la baleine noire. On commence à apercevoir les côtes et les vertèbres de l’animal. La nécropsie se poursuit par l’équipe de Stéphane Lair et devrait se terminer au courant de la journée.


    27 juin 2015 7h: Le dépeçage de la carcasse de la baleine noire est entamé

     

    © GREMM

    À 7 h 00 ce matin, l’équipe s’est remise au travail du dépeçage de la  baleine noire. Première étape: retirer l’épaisse couche de graisse. Les baleines noires ont une couche sous-cutanée  qui varie entre 50 et 80 cm d’épaisseur. Cette étape requiert beaucoup de temps et risque de prendre plusieurs heures, voir plus d’une journée.

    Les os vestigiaux du bassin, os flottants isolés dans le bas du corps ont été trouvés et récupérés.

    Il est encore trop tôt pour avoir des résultats de la nécropsie.


    26 juin 15h: La baleine noire est hors des eaux du Saint-Laurent

     

    © GREMMUn riverain signalait hier soir la carcasse au large de l’Anse-à-Beaufils, en plein remorquage. C’est ce matin à 6h45, après douze heures de remorquage, que la carcasse est finalement arrivée devant Newport. Le remorquage de l’animal par le Caroline H, un crabier de 21 mètres, a été beaucoup plus long que prévu. Le capitaine M. Tommy Hautcoeur et son adjoint M. Israel Lapointe ont fait preuve de patience et d’acharnement pour compléter cette première mission et non la moindre.

    À 8h, la baleine a été dirigée vers le port pour y être soulevée, puis déposée sur un fardier. Cette étape a nécessité près de trois heures de travail; des gens compétents de l’Association des pêcheurs de la MRC de Pabos (Yves Albert et Roger Keighan) se sont affairés à ce que l’animal soit levé de façon à ce que les os ne se cassent pas et que la baleine reste à l’horizontale pour la garder la plus intacte possible. C’est sous les yeux d’une quarantaine de curieux et devant les équipes de la FMV, du GREMM et des bénévoles que ces longues minutes ce sont écoulées. On a pu confirmer avec cette étape que Piper mesure 14 mètres et pèse 45 tonnes.

    Une fois sur le fardier, nouveau défi : la queue et les nageoires pectorales dépassent considérablement du camion, ce qui posera un problème sur la route! Des trous sont alors percés méticuleusement dans les nageoires pour s’assurer que la baleine sera bien «emballée» pour les quelque 90 km qui la séparent du lieu où elle sera dépecée. Suite au transport, assuré par la compagnie gaspésienne Phillie Day, l’étude détaillée de l’animal devrait commencer vers 15h30 cet après-midi. Ces interventions sur la carcasse de Piper sont dirigées par des membres du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins et s’insère dans le programme sur les espèces en péril du ministère Pêches et Océans Canada.

    25 juin 19h: La baleine noire a été identifiée : il s’agit de Piper, une femelle connue depuis 1993

    Un courriel fort attendu a été reçu ce soir : la baleine noire a été identifiée. C’est grâce à l’expertise de l’équipe du New England Aquarium qui a analysé les photos publiées sur la page Facebook de la compagnie de croisières Les Bateliers de Percé inc.

    Cette baleine noire porte le numéro 2320 et son nom est Piper. Elle a été vue pour la première fois en 1993, mais on ignore son âge (âgée d’au moins deux ans au moment de cette observation). Piper a subi deux empêtrements, en 1994 et en 2002. Les informations obtenues auprès du New England Aquarium révèlent que suite à l’empêtrement de 2002, Piper avait été vue à plusieurs reprises avec des cordages et des tentatives de désempêtrement avaient été faites, en vain. Les cordages se seraient défaits d’eux-même en 2006.

    Elle a donné naissance en 2006, 2009 et 2013. Piper était une baleine fréquemment observée par l’équipe de recherche du New England Aquarium, elle faisait partie des baleines noires à parrainer, «c’était l’une de nos préférées » écrit Moira Brown. Selon les données du catalogue, Piper n’avait jamais été vue dans les eaux du Saint-Laurent.

    2320-2 - copie BEDEn 2000, un émetteur satellite a été posé sur le dos de Piper. À la lumière de ces informations sur l’individu, Moira Brown émet deux recommandations aux équipes de travail : être attentif lors du dépeçage vers l’avant du corps comme l’émetteur pourrait toujours s’y trouver et selon son historique de mise bas, il faut considérer la possibilité qu’on retrouve un fœtus dans l’utérus de Piper.

    Ces précieuses informations lèvent le voile sur un pan de la vie de cette baleine. Les prochaines heures révèleront certainement de nouvelles données fascinantes.

    Crédit photos : New England Aquarium


    25 juin 15h: la baleine noire prendra la direction de Newport

    Depuis le premier signalement de cette carcasse, le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins a reçu une réponse généreuse et prompte de la part de plusieurs collaborateurs : bénévoles d’Urgences Mammifères Marins, scientifiques de la côte est américaine et des maritimes, pêcheurs et croisiéristes, l’implication est grandiose. Récupérer cette carcasse est une intervention colossale!

    image 2 bedHier après-midi, l’équipage des Croisières Julien Cloutier a remorqué la carcasse de la baleine noire  vers la terre, dans le secteur de l’Anse-à-Beaufils, où elle a été ancrée pour la nuit. Une intervention fastidieuse: on évalue le poids de la baleine à environ 50 tonnes pour une longueur de plus de 17 mètres. Un vrai mastodonte qui n’est pas facile à trainer. À une vitesse de 3 noeuds, le batelier a patiemment tiré la baleine qui n’est pas sans intérêt pour les chercheurs.

     

    L’objectif est de transporter la baleine dans un site d’enfouissement où la nécropsie se fera ainsi que le dépeçage complet de la baleine pour en retirer le squelette. Les équipes d’intervention visent commencer le travail dès demain matin. D’ici là, la baleine sera remorquée vers Newport aujourd’hui, où elle sera soulevée puis déposée sur un camion qui prendra la route vers la Baie-des-Chaleurs. Une étape qui risque d’être complexe!

    Pour l’instant, plusieurs questions demeurent sans réponse: est-ce un mâle ou une femelle? De quel individu s’agit-il? De quoi cette baleine est-elle morte? Les baleines noires sont souvent victimes de collision et d’empêtrement dans les engins de pêche. Pour l’instant, rien ne nous laisse croire que l’un ou l’autre de ces incidents est survenu, mais il est impossible de le confirmer sans procéder à un examen détaillé et complet, ce que l’équipe de Stéphane Lair fera dès demain matin. Des photos de la tête de l’animal ont été soumises à Amy Knowlton du New England Aquarium, mais aucune identification n’a été possible jusqu’à maintenant. Des échantillons seront prélevés à des fins d’analyse génétique, ce qui permettra de valider cette information. Les discussions sont en cours avec Moira Brown aussi du New England Aquarium, afin de préparer au mieux les prochaines heures qui seront fort enrichissantes.


    24 juin 2015: Une baleine noire de l’Atlantique Nord trouvée morte à la dérive au large de Percé

    © Palme ProductionLe téléphone du 1-877-7baleine retentit à 12 h 45 le 24 juin: un plaisancier rapporte une baleine morte à la dérive entre l’île Bonaventure et le cap Blanc, secteur Percé. La description est claire: une baleine noire aux nageoires courtes et arrondies, un ventre lisse et des «grappes sur le museau comme des coquillages». Les photos envoyées quelques minutes plus tard le confirment: il s’agit d’une baleine noire de l’Atlantique Nord. Cette espèce en voie de disparition compte environ 500 individus dans la population. Deux individus avaient d’ailleurs été observés à 20 milles marins à l’est de Cap-Gaspé quatre jours plus tôt.

    Une candidate pour la science et l’éducation  

    Les observations de baleine noire de l’Atlantique Nord sont rares dans les eaux du Saint-Laurent; de trouver une carcasse l’est encore plus. La dernière remonte à 2001 et elle avait été retrouvée aux Îles-de-la-Madeleine. Cette découverte représente une opportunité sans égal pour acquérir des connaissances sur l’espèce et tenter de déterminer la cause de mortalité de cet animal. On ne sait pratiquement rien de la physiologie de la baleine noire de l’Atlantique Nord. Les connaissances que nous avons de sa physiologie et de son anatomie reposent en grande partie sur les dissections effectuées sur des animaux tués par les baleiniers ou elles ont été obtenues par analogie avec celles des baleines franches australes. Les carcasses examinées ces vingt dernières années étaient toutes dans un état de décomposition avancé.

    © Palme ProductionCette carcasse fera l’objet d’une nécropsie par l’équipe de Stéphane Lair de la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal dès la fin de la semaine. L’équipe du GREMM s’affaira à en retirer le squelette avec pour objectif de lui donner une seconde vie dans le Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac où l’on retrouve une collection de squelettes unique composée d’un cachalot, d’une baleine à bec de Sowerby, d’un cachalot pygmée, d’un globicéphale noir, d’un petit rorqual femelle et son fœtus, et plus encore! Les détails de la nécropsie et du dépeçage suivront.

    Crédit photos : Palme Production