Un marsouin qui se prenait pour un béluga

  • Marsouin blanc, 2010 © Renaud Pintiaux
    18 / 10 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux -

    Le 13 octobre, en plein cœur du parc marin, un marsouin commun surprend par sa blancheur digne de celle d’un béluga. Il détonne de ses congénères foncés. En 2010, un marsouin blanc avait aussi été photographié dans l’estuaire. Qu’est-ce qui explique cette pâleur?

    Le degré de coloration de la peau, des poils, des plumes, des muqueuses et même de l’iris de l’œil est régi par des gènes qui sont impliqués dans la fabrication des pigments. L’albinisme est une anomalie génétique qui se traduit par une absence de pigmentation. C’est l’enzyme tyrosinase, ayant un rôle majeur dans la synthèse de la mélanine, qui est manquante ou défectueuse. Un albinos aura ainsi les yeux rouges, car les vaisseaux sanguins ne seront plus cachés par la couleur de l’iris.

    On a recensé des cas d’albinisme chez 21 espèces de cétacés, principalement chez les cachalots et les grands dauphins. Ces baleines «immaculées» seraient plus susceptibles de perdre rapidement leur chaleur dans les eaux froides, plus sensibles à l’exposition au soleil et plus visibles à l’œil aguerri des prédateurs.

    Le marsouin blanc rencontré dans le parc marin est peut-être atteint d’albinisme, sinon d’une autre affection comme le leucistisme, où une décoloration partielle ou complète de la peau est due à un déficit de pigments dans certaines parties du corps. Les iris sont toutefois colorés et la rétine normalement constituée. Des cas de leucistisme ont été observés entre autres chez des baleines franches australes ainsi que chez des cachalots, différentes espèces de rorquals et de dauphins. Autre possibilité : certaines baleines paraissent blanches en raison de blessures et de cicatrices ou si elles sont recouvertes de champignons comme avec la maladie de Lobo.

    Même si les bélugas sont blancs, ils ne sont pas des albinos. À la naissance, ils sont généralement bruns et deviennent gris. Ils perdent ensuite leurs pigments pour blanchir à l’âge adulte (vers 12 ans), mis à part une teinte foncée sur la peau des extrémités des nageoires et de la crête dorsale.

    Le 12 octobre, l’équipe du GREMM croise la route d’un troupeau de bélugas près de la batture à Théophile aux Bergeronnes. Soudain, parmi eux, le narval fait surface! Il s’agit du même jeune mâle vu cet été à l’embouchure du Saguenay. Visuellement, il se démarque de ses «cousins» — les bélugas et les narvals sont des Monodontidae — avec sa «robe» sombre mouchetée et sa longue dent. Les deux espèces ont tout de même des airs de famille : une taille comparable, un dos sans nageoire dorsale et une tête arrondie surmontée d’un melon. Les narvals naissent gris. Ils foncent ensuite dans les premiers mois de vie, jusqu’à être presque noirs, après quoi ils deviennent tachetés et blanchissent sur le ventre et les flancs. Encore aux Bergeronnes, tout près du cap Granite, l’imposante cicatrice sur le flanc droit du rorqual commun Zipper, imputable à des coups d’hélice, ne passe pas inaperçue aux yeux des excursionnistes du parc marin le 16 octobre. Le 18 octobre, 10 rorquals communs, un rorqual bleu et un rorqual à bosse y sont aperçus.

    Une véritable «montagne» parsemée de points bleu gris apparait devant Anik Boileau, chercheuse et directrice du CERSI, le 13 octobre à Sept-Îles. La pigmentation du rorqual bleu est en quelque sorte son empreinte digitale. Elle dénombre aussi 12 rorquals communs et un rorqual à bosse. Chez le rorqual à bosse, c’est surtout le patron de coloration sous la queue qui le différencie. Après une évaluation minutieuse, les couleurs et le dessin sous la caudale du rorqual à bosse vu au large des dunes de Tadoussac le 13 octobre dernier n’ont pas permis à l’équipe du MICS d’identifier l’individu au sein de leur catalogue des rorquals à bosse du Saint-Laurent. Si les photos de sa queue répondent aux critères de photo-identification établis, un code lui sera éventuellement attribué. Trois rorquals à bosse sont aussi présents au large de l’ile Bonaventure le 9 octobre.

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».