Un guide pour réduire le risque de collision avec les baleines dans l’Atlantique Nord-Ouest

  • 18 / 07 / 2014 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Destinée à l’usage de l’industrie maritime, cette publication de 76 pages sensibilise et informe les navigateurs des zones où ils doivent exercer une forte vigilance pour ne pas frapper un cétacé. Parce que les baleines ne sont pas toujours capables de les éviter, et que la vitesse et la taille des navires augmentent le danger pour elles.

    Le guide Navires et baleines de l’Atlantique Nord-Ouest a été développé par la Fédération maritime du Canada et le Réseau d’observation de mammifères marins. Ce guide existe en français et en anglais, en formats papier et numérique téléchargeable. Il est distribué par les deux organisations. Les auteurs du guide ont collecté et synthétisé les connaissances acquises par des études scientifiques et statistiques sur la répartition de la douzaine d’espèces marines qui fréquentent le Saint-Laurent et les eaux côtières de l’est du Canada, et sur les opérations du trafic maritime.

    Zones de cohabitation à haut risque

    C’est dans les secteurs où le trafic et la présence de baleines sont denses que le risque de collision est important. Il augmente encore à certaines périodes de l’année, quand la distribution saisonnière ou les routes migratoires de certaines espèces coïncident avec une forte fréquentation des navires.

    Le guide présente les six secteurs de l’Atlantique Nord-Ouest particulièrement fréquentés par les baleines et les navires, d’avril à octobre : l’estuaire du Saint-Laurent, le golfe du Saint-Laurent, le détroit de Belle-Isle, le détroit de Cabot, la côte de la Nouvelle-Écosse et le golfe du Maine et la baie de Fundy.

    Une carte de chaque secteur dresse pour les navigants un portrait des probabilités de rencontre avec un grand cétacé, en indiquant par des codes de couleur les zones superposées de fréquentation des baleines et des navires. Ces cartes indiquent notamment les voies maritimes, les voies de séparation du trafic, les aires marines protégées, ainsi que les zones de vigilance accrue où des mesures particulières de détection des baleines, de contournement ou de réduction de vitesse ont été mises en place pour protéger les baleines. Par exemple le bassin de Roseway au sud de la Nouvelle-Écosse, le golfe du Maine et la baie de Fundy fortement fréquentés notamment par les baleines noires en voie de disparition. Dans l’estuaire du Saint-Laurent, des mesures pour réduire les risques de collision avec les mammifères marins ont été identifiées en 2011 par le groupe de travail sur le transport maritime, le G2T3M. Parmi elles, citons celle de la réduction de la vitesse à 10 nœuds que les navigateurs sont invités à adopter sur une base volontaire.

    L’utilisateur du guide trouve dans une section la description des espèces de baleines (cinq espèces de rorquals, sept de cétacés à dents) auxquelles est ajoutée celle de la torture luth. Sur ces treize espèces marines, huit sont actuellement classées dans un statut de conservation allant de préoccupant à en voie de disparition.

    Plus mortelles, la vitesse et la grande taille des navires

    Le taux de mortalité et de blessures graves des cétacés frappés a tendance à augmenter avec la taille des navires. Plus les navires sont grands, plus la visibilité offerte aux opérateurs de la timonerie ou sur le pont est limitée dans les distances proches et devant l’étrave. Ces navires, de forte inertie, ne peuvent changer leur cap de que très lentement.

    Il en est de même avec la vitesse. Le guide mentionne qu’on estime qu’un navire à la vitesse de 10 nœuds représente 31% de risque de mort ou de blessure grave pour le cétacé percuté. À 17 nœuds, le risque grimpe à 90%. Les victimes de collisions sont le plus souvent des nouveau-nés, des juvéniles ou des femelles gestantes.

    Le guide sensibilise ses usagers sur le fait qu’il ne faut pas présumer que les baleines vont d’elles-mêmes assurer la vigilance et se détourner de la trajectoire du navire. Même si ces très gros bateaux sont bruyants, leurs émissions sonores causées par l’hélice, la coque et les moteurs peuvent être masquées par le bruit ambiant dû à une forte densité du trafic maritime. Dans le contexte d’une exposition chronique à un fort niveau de bruit dans leur environnement, les baleines pourraient avoir de la difficulté à détecter le bruit particulier d’un navire qui les approche.

    En cas de collision, le guide indique les mesures à prendre et les signalements à effectuer auprès des trois réseaux d’urgence dédiés aux mammifères marins, qui couvrent les territoires du Québec et des provinces maritimes.

    Sources

    Sur le site de la Fédération maritime du Canada:

    Navires et baleines de l’Atlantique Nord-Ouest. Guide à l’intention de l’industrie maritime

    Sur le site du Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM):

    Une nouvelle initiative pour la protection des baleines

    En savoir plus

    Sur le site de The University of British Columbia (UBC) (en anglais seulement):

    Collisions et cooccurrences entre navires marchands et baleines dans l’estuaire du Saint-Laurent (rapport de 2012)

    Marine Mammal and Maritime Traffic Simulator

    Sur le site de Futura Sciences:

    Pêche et grands bateaux meurtriers pour les baleines en Atlantique nord (archives de 2012)

    Sur le site de Baleines en direct:

    Les collisions avec les navires

    Trafic maritime (archives des Actualités d’ici et d’ailleurs)

    Urgences mammifères marins