Trois rorquals à la voix de basse

  • © René Roy (archive de 2015)
    07 / 04 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Un, deux… trois souffles apparaissent et restent suspendus quelques instants à l’horizon. Ils sont loin, à quatre kilomètres de la côte. Alertée, notre collaboratrice saisit ses jumelles pour tenter de découvrir quelles baleines se trouvent au large de Franquelin très tôt le matin du 31 mars.

    Aucun doute pour elle: ce sont trois rorquals bleus qu’elle a sous les yeux. Un autre observateur les photographie aussi depuis la route 138. Les deux témoins remarquent la nageoire pectorale de l’un des rorquals; l’animal est tourné sur le côté et il engouffre probablement des litres de cette «soupe» de krill. Les rorquals bleus mangent d’une à quatre tonnes de nourriture par jour.

    Bien qu’elles soient plutôt solitaires, les baleines bleues sont parfois observées dans le Saint-Laurent rassemblées en petit groupe temporairement là où leurs proies se concentrent. On les voit aussi en paires, surtout mâle-femelle, particulièrement à la fin de l’été et à l’automne. À cette période, les individus passent moins de temps à manger et plus à interagir entre eux, un signe précurseur de la reproduction.

    Peu de paires mère-baleineau ont été observées dans le Saint-Laurent, à peine une vingtaine en 35 ans de recherche. Les raisons de cette rareté demeurent encore nébuleuses.

    Après une heure passée au large de Franquelin, les trois géants s’éloignent de la côte. Leurs vocalises de basses fréquences (de 11 à 125 Hz) leur permettront de garder contact même s’ils s’écartent de plusieurs centaines de kilomètres. Ces grandes baleines vivent à une tout autre échelle!

    Non loin de là, des pêcheurs de crabe des neiges s’affairent. L’un d’eux nous informe que pour cette première semaine dans la zone 17, la pêche a été bonne, mais que les rendements aux Escoumins ont été plus faibles que ceux de Rimouski et de Baie-Comeau. Il attribue cette situation aux forts courants des jours suivant les grandes marées de la fin mars qui ont brassé énormément les casiers au fond de l’eau dans cette région du fleuve.

    La pêche au crabe des neiges dans la zone 16 débutera le 8 avril. Cette zone s’étend dans la portion nord du golfe. Plusieurs espèces de rorquals et de dauphins la fréquentent, dont les épaulards à l’occasion.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».