Suivi du cas de Capitaine Crochet

  • © GREMM
    17 / 06 / 2014 Par Véronik de la Chenelière -

    Capitaine Crochet, un an plus tard

    Le printemps est passé, et Capitaine Crochet n’a pas fait son retour habituel dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Lecteurs, capitaines et naturalistes nous demandent s’il y a des nouvelles d’elle. Voici ce qui ressort des consultations d’experts tenues au printemps:

    Le cas de Capitaine Crochet était très sévère, et d’après ce qu’on a appris de ce type d’incidents ailleurs dans le monde, les grandes baleines empêtrées, non secourues, finissent par en mourir, en moyenne au bout de six mois. Si Capitaine Crochet est morte, cependant, il se peut qu’on ne retrouve jamais sa carcasse, qui aurait très bien pu couler, surtout étant donné la maigreur de l’animal.

    Selon plusieurs spécialistes, Capitaine Crochet présentait l’un des pires cas de prise accidentelle qui peut s’imaginer. Les chances de la libérer étaient faibles, et même si elle avait été libérée, il y avait des craintes pour sa survie en raison de sa maigreur, de ses blessures et des risques d’infection.

    Triste histoire… Au moins, l’incident a créé une mobilisation qui aidera Parcs Canada, Pêches et Océans Canada et l’ensemble du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins à améliorer encore l’équipement et la formation des personnes impliquées dans le désempêtrement des baleines du Saint-Laurent. L’expérience acquise sera aussi très profitable la prochaine fois qu’une telle situation surviendra. Et cela nous rappelle l’importance de mieux comprendre la problématique des prises accidentelles de baleines dans le Saint-Laurent et de développer, avec les pêcheurs, des façons de faire qui les protègeront de telles mésaventures.

     

    Septembre 2013: Déjà trois mois depuis la disparition de Capitaine Crochet

    Capitaine Crochet, c’est ce rorqual commun bien connu dans la région de Tadoussac qui s’était empêtré dans un engin de pêche au crabe au printemps dernier. Cette femelle revenait tous les ans depuis 1994, dès le printemps, et avait même amené quelques baleineaux au fil des ans. L’incident avait mobilisé de nombreux experts pour tenter de la libérer, avait suscité beaucoup d’émotions chez ceux qui la connaissaient de longue date et avait soulevé l’intérêt des médias.

    Trois mois après la dernière observation de la baleine, l’équipe chargée de l’intervention fait le point et partage son analyse avec le public.

    «Capitaine Crochet a été vue la dernière fois le 13 juin 2013. Les chances de la retrouver vivante s’amenuisent. En effet, les experts ont noté que, dans des cas d’empêtrement sévères, les baleines ne survivent pas sans une intervention pour les libérer. Leur mort survient en moyenne 6 mois après l’incident, et cette durée varie de quelques jours à 3 ans. Le cas de Capitaine Crochet a été jugé très sévère par les experts consultés. Avec les jours qui passent sans que la baleine ne soit revue, les chances de la retrouver vivante sont donc de plus en plus minces.

    On retrouve parfois la carcasse d’une baleine morte en mer, soit à la dérive, soit échouée. Mais comme Capitaine Crochet était maigre et transportait du poids supplémentaire, les chances de retrouver sa carcasse si elle mourait sont assez faibles car elle aura tendance à couler.

    Toutefois, l’avis de vigilance est toujours de mise, et les navigateurs sont invités à appeler rapidement Urgences Mammifères Marins (1-877-722-5346) s’ils voient une baleine empêtrée dans un engin de pêche. Une équipe se tient prête à intervenir.

    L’intervention de sauvetage avait commencé le 6 juin, journée où la baleine avait été signalée en difficulté au large de Tadoussac, transportant sur sa tête un énorme casier à crabes. L’équipe avait réussi à recueillir des informations cruciales sur la façon dont la baleine était empêtrée, et avait consulté de nombreux experts locaux et externes pour établir un plan d’intervention.

    La première étape de ce plan était la pose d’une ligne de travail équipée d’une balise satellite et de bouées. Cette ligne, avec la traction qu’elle engendrait, aurait pu suffire à casser les cordages qui retenaient le casier sur la tête de la baleine. La balise permettait de repérer la baleine plus facilement pour une éventuelle tentative de libération. La ligne permettait aussi l’ajout d’autres bouées pour ralentir la baleine et arriver à la libérer.

    Malgré de nombreuses tentatives d’équipes expérimentées et l’aide de capitaines locaux, cette étape n’a pas été réussie avant que la baleine ne quitte le secteur pour le reste de l’été. Tout au long de la saison, les navigateurs du Saint-Laurent sont restés vigilants, mais Capitaine Crochet n’a pas été signalée.»

    L’équipe chargée du cas est pilotée par Parcs Canada, co-gestionnaire du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, une aire marine protégée qui constitue une destination et une aire d’alimentation importante pour de nombreuses baleines migratrices, y compris Capitaine Crochet. Aussi membres de l’équipe, le GREMM, Pêches et Océans Canada et le Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.


    Archives

    11 juillet 2013 — Capitaine Crochet reste introuvable, mais une équipe se tient prête à intervenir

    Un rorqual commun a été repéré empêtré dans un engin de pêche au crabe, dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, le 6 juin. Capitaine Crochet est une femelle bien connue dans la région, qu’elle fréquente depuis 1994. Parcs Canada dirige l’opération de sauvetage, en collaboration avec le GREMM et Pêches et Océans Canada. Capitaine Crochet est introuvable depuis le 13 juin, mais l’équipe a bon espoir qu’elle reviendra dans le parc marin au cours de l’été. Des rencontres pour faire le point sur la situation se sont tenues les 8 et 9 juillet. Baleines en direct publiera des informations à jour tout au long du déroulement de ce cas.

    MISE À JOUR DE LA SITUATION en date du 11 juillet 2013Capitaine Crochet n’a pas été revue depuis le 13 juin. Suite à une rencontre réunissant des entreprises d’excursions, Parcs Canada, le GREMM et le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, Baleines en direct fait le point sur la situation. Les navigateurs ont toujours pour consigne de signaler toute observation de Capitaine Crochet à Urgences Mammifères Marins (1-877-722-5346) et une équipe est prête à prendre la mer pour poursuivre l’opération de sauvetage.

    • Où est Capitaine Crochet? Elle n’a pas été signalée depuis le 13 juin, après 6 jours de tentatives pour la libérer. Dans les deux jours qui avaient suivi son départ, plusieurs autres rorquals communs avaient quitté le secteur, probablement en quête de nourriture. Depuis, plusieurs de ces animaux sont revenus : on espère également le retour de Capitaine Crochet, habituellement très fidèle au parc marin.
    • Qui est en charge de l’opération? Parcs Canada, assisté du GREMM et de Pêches et Océans Canada. Ils sont en lien avec des experts dans le sauvetage de baleines, au Canada et à l’international.
    • Que font-ils? Ils font régulièrement le point sur la situation et se tiennent prêts à intervenir dès que Capitaine Crochet sera signalée, dans le parc marin ou ailleurs.
    • Quelle est la stratégie d’intervention? La première étape sera d’accrocher une ligne de travail sur le casier retenu sur la tête de Capitaine Crochet. Cette ligne est munie de grosses bouées qui pourraient ralentir la baleine ou même casser le cordage retenant le casier. Aussi, elle comprend une balise télémétrique pour retrouver la baleine. Cette ligne constitue également une prise pour accéder à l’engin et l’enlever de la baleine.
    • Pourquoi est-ce si difficile? Capitaine Crochet est une baleine d’environ 50 tonnes, rapide et puissante. Elle est difficile à approcher. L’engin est situé sur sa tête, la partie la plus difficile à atteindre.
    • Va-t-elle s’en sortir? Les baleines nageant librement avec du matériel de pêche survivent jusqu’à trois ans, mais en moyenne, 6 mois. Cependant, le cas de Capitaine Crochet est sévère, et elle pourrait donc survivre moins longtemps que la moyenne. Même une fois libérée, il restera des craintes pour sa survie en raison de sa maigreur, de ses blessures et des risques d’infection.
    • Que fait l’industrie d’observation? Les opérateurs de bateaux d’excursions agissent comme des sentinelles : ils ont été les premiers à signaler Capitaine Crochet en difficulté. Plusieurs capitaines d’expérience ont participé à des rencontres stratégiques ou aux efforts de terrain. Ils soutiennent les efforts de sauvetage en suivant les consignes de l’équipe d’intervention et en sensibilisant leurs clients à la situation.
    • Que se passera-t-il si elle est revue ailleurs que dans le parc marin? D’autres équipes sont prêtes à intervenir (Pêches et Océans Canada et le MICS). Parcs Canada assurera un relais d’informations et assistera ces équipes au besoin. Les meilleures chances d’intervention sont dans le parc marin, où son comportement est plus prévisible que dans les autres secteurs du Saint-Laurent, où elle risque d’être en déplacement rapide.

    RÉSUMÉ DE LA SITUATION (16 juin 2013) — Depuis le 6 juin, il y a une mobilisation extraordinaire pour Capitaine Crochet. Les capitaines, les experts, le public, tout le monde se préoccupe de son état et tente de lui venir en aide. Parcs Canada et le Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins dirige l’opération de sauvetage. Ils ont consulté de nombreux experts, allant du pêcheur au vétérinaire, jusqu’aux spécialistes du désempêtrement de baleines. Ils ont maintenant une bonne évaluation de la situation et un plan pour libérer l’animal. Une équipe du Nouveau-Brunswick est venue prêter main forte aux équipes locales du 10 au 13 juin. À partir du 16 juin, une équipe spécialisée de Pêches et Océans Canada s’est ajoutée aux équipes locales.

    Voici les principaux points de l’évaluation et du plan de sauvetage:

    • Capitaine Crochet est dans une situation très sérieuse : l’engin de pêche, solidement fixé à sa tête, offre peu de prise. Les photographies aériennes ont révélé que les cordages pénètrent profondément dans la chair. La baleine est maigre et difficile à approcher. L’incident pourrait remonter à la semaine du 20 mai, deux semaines avant son arrivée dans le parc marin.
    • La première étape de l’opération de sauvetage consiste à installer un câble d’une trentaine de mètres de longueur. Cette ligne de travail serait attachée à l’aide d’un grappin sur l’engin de pêche retenu sur la tête de Capitaine Crochet. On y attache deux bouées dont le poids pourrait être suffisant pour casser les cordes retenant l’engin de pêche. Ces bouées “trahissent” aussi la présence de la baleine et servent à la ralentir, facilitant les approches. Une balise télémétrique au bout de cette ligne permet de retracer la baleine facilement.
    • Si ce n’est pas suffisant, la prochaine étape consistera à rajouter du poids sur la ligne pour immobiliser la baleine et ainsi faciliter les délicates manoeuvres de désempêtrement.

    Jusqu’à maintenant, il y a eu plusieurs tentatives infructueuses pour installer la ligne de travail. L’opération peut se prolonger plusieurs jours ou semaines. Même une fois Capitaine Crochet libérée, il restera des craintes pour sa survie en raison de sa maigreur, de ses blessures et des risques d’infection.

    La collaboration des gens de la mer a été remarquable : beaucoup d’efforts ont été déployés pour les tenir informés et recueillir leurs idées.

    CONSIGNES Urgences Mammifères Marins

    • Si vous rencontrez Capitaine Crochet dans les prochains jours, signalez votre observation le plus tôt possible en appelant au 1-877-722-5346.
    • Ne l’approchez surtout pas; on recommande de rester à plus de 400 m d’elle. Le stress peut aggraver son état et compromettre le succès de l’intervention en rendant la baleine plus farouche.

    GALERIE PHOTOS ET VIDÉOS

     

     

    Photos: © GREMM
    Vidéo du 12 juin 2013

    • Crédit: © GREMM

    Prises de vue aériennes, 9 juin 2013

    • Crédit: © GREMM

    Vidéo du 10 juin: message de Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins

    • Crédit: © GREMM

    Vidéo du 8 juin 2013

    • Crédit: © GREMM

    Vidéo du 7 juin 2013

      • Crédit: © GREMM

    Vidéo montrant Capitaine Crochet faisant surface avec des câbles retenant un casier à crabe sur sa tête, 6 juin 2013

        • Crédit: © GREMM

    MÉDIAS

    Parcs Canada et le Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins ont donné plus de 50 entrevues sur le cas de Capitaine Crochet depuis le 6 juin. Quelques entrevues:

    Disparition de Capitaine Crochet: pas de nouvelles… mauvaises nouvelles (Le Soleil, Marc Larouche, 21 octobre 2013)

    Capitaine Crochet, symbole de l’impact humain sur le milieu marin (Le Devoir, Alexandre Shields, 16 septembre 2013)

    Robert Michaud à Franco Nuovo, le 23 juin: Le Capitaine Crochet va mal

    JOURNAL DU SUIVI DE CAS

    1er juillet, 13h15

    Capitaine Crochet n’a pas été revue depuis le 13 juin. Ce matin, l’équipe de recherche du GREMM a fait un recensement photographique des grands rorquals du parc marin, sillonnant un vaste territoire. L’équipe a rencontré 3 rorquals à bosse, 1 rorqual bleu et 6 rorquals communs, mais pas de traces de Capitaine Crochet. Les navigateurs ont toujours pour consigne de signaler toute observation de Capitaine Crochet à Urgences Mammifères Marins (1-877-722-5346) et une équipe est prête à prendre la mer pour poursuivre l’opération de sauvetage.

    28 juin, 16h45

    Voilà plus de deux semaines que Capitaine Crochet a disparu, en même temps que la plupart des rorquals communs du parc marin, probablement partis à la recherche de nourriture. D’autres baleines sont présentes dans le secteur, notamment deux rorquals à bosse et un rorqual bleu, mais chaque espèce a ses préférences en termes de proies, de densité et d’emplacement. Quelques observations de rorquals communs les 22 et 23 juin avaient ravivé l’espoir de revoir Capitaine Crochet, mais ces animaux ont rapidement disparu. Il faut souligner que les conditions de navigation et d’observation sont difficiles ces jours-ci, en raison des vents et de la pluie, ce qui conduit les capitaines à rester dans les secteurs d’observation situés près des côtes. La vigilance est de mise, les navigateurs ont toujours pour consigne de signaler toute observation de Capitaine Crochet à Urgences Mammifères Marins (1-877-722-5346) et une équipe est prête à prendre la mer pour poursuivre l’opération de sauvetage.

    25 juin, 12h30

    Plusieurs observateurs rapportaient la présence de groupes de rorquals communs près de l’île aux Pommes et des Bergeronnes en fin de semaine (3 à 7 animaux), malgré des conditions d’observation difficiles (brume). Ces observations ravivent l’espoir du retour de Capitaine Crochet dans le parc marin, où des équipes sont prêtes à reprendre la mer pour l’aider.

    21 juin, 11h15

    Capitaine Crochet n’a pas été revue depuis le 13 juin. Les patrouilles en mer et depuis les airs ont été suspendues le 18 juin, et aucun navigateur n’a croisé sa route dans le Saint-Laurent. Les autres rorquals communs qui fréquentaient le parc marin ces dernières semaines ont presque tous quitté le secteur ces derniers jours, ce qui n’est pas inhabituel: ces animaux rapides aux besoins alimentaires importants se déplacent sur de grandes distances pour trouver des concentrations de proies idéales et peuvent faire des allers-retours entre différentes zones du Saint-Laurent au cours de l’été. L’équipe de sauvetage a bon espoir que Capitaine Crochet reviendra dans le parc marin d’ici quelque temps, en raison des observations des derniers jours et du comportement qu’on lui connait depuis 1994. Les chances de lui venir en aide sont meilleures dans le parc marin. Dès que Capitaine Crochet sera signalée, une équipe de Parcs Canada et de Pêches et Océans Canada est prête à intervenir. Des avis de vigilance ont été envoyés pour couvrir toutes les zones du Saint-Laurent connues comme étant des aires de concentration de mammifères marins. Les navigateurs sont invités, s’ils voient Capitaine Crochet, à signaler leur observation sans délais au 1-877-722-5346.

    18 juin, 15h

    Une patrouille en mer a été faite ce matin, mais Capitaine Crochet n’a pas été repérée. Sur les six rorquals communs qui fréquentaient le parc marin la semaine dernière, il ne resterait plus que Newkie Brown. Les rorquals communs peuvent être très mobiles, se déplaçant sur de grandes distances à la recherche de concentrations de proies (petits poissons ou plancton). D’autres espèces sont bien présentes: petits rorquals, marsouins communs, bélugas, et on signale l’arrivée d’un second rorqual à bosse. Les recherches actives pour retrouver Capitaine Crochet sont suspendues. Des avis de vigilance ont été envoyés pour couvrir toutes les zones du Saint-Laurent connues comme étant des aires de concentration de mammifères marins. Les navigateurs sont invités, s’ils voient Capitaine Crochet, à signaler leur observation sans délais au 1-877-722-5346.

    18 juin, 8h

    Toujours pas de trace de Capitaine Crochet. Hier 17 juin, des équipes ont sillonné la mer et les airs, sans succès. Des rapports d’observation ont également été recueillis d’un peu partout le long de la côte entre Les Escoumins et Baie-Comeau: les grands rorquals se font rares! Une autre patrouille aérienne est planifiée pour aujourd’hui. Un avis de vigilance a été envoyé non seulement dans le parc marin mais dans tout l’estuaire. Dans le parc marin hier, on signalait des petits rorquals, deux rorquals à bosse, des marsouins communs et des bélugas, mais pas de rorquals communs.

    16 juin, 22h

    L’équipe de sauvetage n’a pas réussi à localiser Capitaine Crochet aujourd’hui, malgré les patrouilles aériennes et en mer. Pêches et Océans Canada a effectué un survol en avion de Tadoussac à Baie-Comeau, entre 10h et 14h. En mer, deux bateaux, l’un de Parcs Canada et l’autre de Pêches et Océans Canada, ont sillonné le secteur en aval des Escoumins au cours de l’après-midi et de la soirée. Les opérateurs d’excursions en mer, qui couvrent le secteur entre Tadoussac et Les Escoumins, n’ont pas croisé l’animal non plus. Les recherches reprendront demain, en avion et en bateau.

    14 juin, 16h30

    Capitaine Crochet n’a pas été aperçue jusqu’à présent aujourd’hui. Hier, elle s’était déplacée à l’est du parc marin, jusqu’à Longue-Rive. La stratégie privilégiée par l’équipe de terrain au cours de cette journée avait été de tenter d’épuiser la baleine pour enfin réussir à l’approcher (voir Récit du 13 juin). L’équipe chargée du cas a refait le point sur la situation aujourd’hui, avec Pêches et Océans Canada, qui dépêchera une équipe spécialisée. Il est opportun de laisser Capitaine Crochet se reposer aujourd’hui et demain. Dimanche, une équipe sera prête à intervenir. Si Capitaine Crochet n’a pas été revue, Pêches et Océans Canada pourrait faire une patrouille aérienne de l’estuaire. Paul Cottrell est le coordonnateur mammifères marins de Pêches et Océans Canada en Comlombie-Britannique et possède une formation spécialisée pour le désempêtrement de baleines. Il arrive demain et dirigera les opérations de terrain. Andrew Rowsell, chef de secteur, et Perry Beaudoin, superviseur, de Pêches et Océans Canada sur la Côte-Nord, participeront à l’opération.

    Récit du 13 juin 2013

    Nous écrivions hier que l’équipe de sauvetage avait passé la journée en mer avec Capitaine Crochet. Voici un peu plus d’informations sur leur expérience. Il s’agissait de la 6e journée de tentatives pour poser la ligne de travail équipée d’une balise télémétrique et de bouées pouvant exercer une traction de 250 kg. Rappelons que la pose de ce matériel pourrait suffire à casser ce qui retient l’engin de pêche sur la baleine, et, si ce scénario ne se réalise pas, que cette ligne de travail est la première étape nécessaire pour toute autre manoeuvre de désempêtrement. L’équipe de sauvetage, composée de gens expérimentés avec les baleines chez Parcs Canada et au GREMM et appuyée par des « sauveteurs de baleines » professionnels du Campobello Whale Rescue Team, a adopté plusieurs stratégies au fil des jours, nourrie par plusieurs consultations avec des sauveteurs de baleines et des gens de la mer. Le 13 juin, l’équipe a opté pour une stratégie en particulier: approcher la baleine de façon répétée et rapide pour qu’elle se fatigue et se laisse approcher; 92 approches de ce type ont été faites en quelques heures! Capitaine Crochet a quelque peu ralenti, mais pas suffisamment, elle a esquivé toutes ces approches et a parcouru environ 75 kilomètres, quittant le parc marin vers l’est, jusqu’à Longue-Rive. Une athlète! Ces exploits démontrent peut-être qu’elle est encore très en forme, malgré les apparences. Ils rappellent aussi que le rorqual commun, surnommé le lévrier des mers, est une baleine rapide, puissante et d’une grande endurance. Capitaine Crochet est une habituée de la région: l’équipe a remarqué qu’elle semblait utiliser les courants et les marées à son avantage pour limiter les dépenses d’énergie lors de ses déplacements.

    13 juin, 22h15

    Aujourd’hui, 6e journée de l’opération, l’équipe de sauvetage a passé la journée en mer avec Capitaine Crochet. Elle s’est beaucoup déplacée vers l’est. Les autres jours, lorsque la marée remontait, elle changeait de direction et revenait vers l’ouest, mais, cette fois, elle a continué sa route jusqu’à la baie des Bacons, à Longue-Rive. Au cours de la journée, elle a déjoué toutes les tentatives de l’équipe de sauvetage. Il s’agissait de la dernière journée de l’équipe de Campobello dans la région. Au cours des prochains jours, la météo maritime prévoit des vents forts. Un avis de vigilance accrue sera envoyé aux gens de la mer: on espère revoir Capitaine Crochet dans le parc marin au cours des prochains jours.

    13 juin, 11h30

    Le 12 juin a été une autre journée infructueuse pour l’opération de sauvetage de Capitaine Crochet. Capitaine Crochet est très difficile à approcher. L’équipe renouvelle constamment ses stratégies pour augmenter les chances de réussite: des capitaines opérateurs d’excursions dans le parc marin et des spécialistes partout au Canada sont consultés régulièrement. Aujourd’hui 13 juin, l’équipe est à nouveau en mer et les conditions météo sont favorables. L’équipe a facilement trouvé Capitaine Crochet ce matin.

    11 juin, 22h30

    L’équipe de terrain a tenté encore aujourd’hui d’approcher Capitaine Crochet pour installer la balise télémétrique et le matériel associé, sans succès. L’équipe a tenu une soirée d’informations et d’échanges avec les capitaines de l’industrie d’observation en mer, au Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) de Tadoussac. Les échanges ont porté entre autres sur imaginer de nouvelles façons d’approcher Capitaine Crochet, qui est maintenant très farouche. L’équipe de terrain est prête à reprendre la mer dès que les conditions météo seront favorables.

    10 juin, 17h30

    Au cours de la fin de semaine, une équipe de Parcs Canada et du GREMM a tenté sans succès de poser une balise télémétrique sur l’engin de pêche accroché à Capitaine Crochet, la première étape de la phase 2 de l’intervention de désempêtrement. Aujourd’hui, une équipe de Campobello Whale Rescue Team, dirigée par Mackie Greene, est arrivée sur les lieux, à la demande de l’équipe chargée du cas. Ce pêcheur avec une formation poussée sur le désempêtrement et plusieurs sauvetages de baleines à son actif, fait partie des discussions depuis le 6 juin, et a contribué à l’évaluation de la situation et à la planification de l’opération. Au cours de l’après-midi, à bord d’un bateau de Parcs Canada, Mackie Greene, son assistant et Benoit Dubeau ont adopté une nouvelle technique d’approche, plus dynamique, espérant ainsi avoir plus de succès. La balise est fixée au bout d’un câble de 100 pieds, également muni de bouées. La pose de ce matériel est une première étape essentielle pour le sauvetage de la baleine. La bouée permet de retrouver la baleine plus facilement au moment choisi pour le désempêtrement, le poids du matériel peut parfois suffire à briser les cordages et libérer la baleine, et le câble associé à la balise fournit une prise aux outils de désempêtrement.

    9 juin, 22h

    Capitaine Crochet a été repérée vers 14h aujourd’hui. L’équipe terrain n’a pas réussi à poser la balise télémétrique sur l’engin de pêche accroché à la baleine, première étape de l’opération de sauvetage. La baleine est farouche et difficile à approcher. Les essais reprendront demain.

    9 juin, 13h45

    L’équipe de terrain de Parcs Canada et du GREMM est en mer. Capitaine Crochet n’a pas été vue encore aujourd’hui. Un avis de vigilance a été envoyé par le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins aux entreprises d’excursions en mer du secteur, de même qu’aux marinas, aux entreprises de kayaks et à la Garde côtière canadienne.

    8 juin 2013, 23h30

    L’équipe de terrain de Parcs Canada et du GREMM est sortie en fin de journée aujourd’hui, profitant d’une petite fenêtre de météo favorable. Capitaine Crochet était très difficile d’approche et respirait deux à quatre fois avant de faire une longue plongée. Dans ces conditions, l’équipe n’a pas pu poser la balise télémétrique. L’équipe fera un second essai demain matin à 6h.

    8 juin 2013, 15h30

    Capitaine Crochet a été repérée à 13h50 par des opérateurs d’excursions, au large du cap Granite, avec trois autres rorquals communs et un rorqual à bosse dans le secteur. Au cours de la matinée, l’équipe chargée du cas a complété l’évaluation de la situation et monté un plan d’intervention, en collaboration avec les experts du Center for Coastal Studies et du Campobello Whale Rescue Team. Ce qui suit est leur bilan à ce jour.

    Mises à jour fournies par l’équipe chargée du cas, et composée de gens de Parcs Canada, de Pêches et Océans Canada, du GREMM et du Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins

    La phase 1 de l’opération est complétée, soit l’évaluation de la situation et la planification de l’intervention. Les informations recueillies, et en particulier l’analyse des photos aériennes, ont permis de localiser les câbles qui donneront des prises pour le désempêtrement de l’animal. On constate aussi que Capitaine Crochet est sérieusement émaciée. Une corde pénètre profondément dans la chair au niveau du rostre. Il s’agit d’un cas complexe.

    La phase 2 se met en place et il y aura plusieurs étapes. La première est la pose de la bouée satellite.

    La pose de la bouée satellite: une équipe terrain de Parcs Canada et du GREMM est prête à intervenir dès que les conditions météos seront favorables. La balise sera fixée à l’engin de pêche. La pose de la balise sert trois objectifs:

    1) Suivre la baleine et ainsi la retrouver plus facilement pour l’intervention de désempêtrement,

    2) Le poids de la balise et des ballons associés pourrait suffire à créer suffisamment de pression pour que la corde casse et que la baleine soit libérée.

    3) La présence de la ligne associée à la balise donne une prise utile lors de l’intervention de désempêtrement.

    L’intervention de désempêtrement: Scott Landry, du Center for Coastal Studies, et Mackie Greene, du Campobello Whale Rescue Team, se préparent à venir dans le secteur pour intervenir auprès de Capitaine Crochet. Dès que la bouée est en place, et à partir de lundi, ils seront prêts à tenter l’intervention. Ces deux experts cumulent une grande expérience auprès de baleines empêtrées dans des engins de pêche. Scott Landry est un pionnier qui a développé de nombreuses techniques et libéré beaucoup de baleines. Mackie Greene, un pêcheur du Nouveau-Brunswick, a suivi une formation poussée et participé à plusieurs sauvetages.

    La collaboration des gens de la mer est essentielle pour maximiser les chances de succès de ce plan: signalez rapidement toute observation de Capitaine Crochet au 1-877-722-5346, et évitez d’approcher l’animal en restant à au moins 400 m de lui.

    Nous tenons à souligner la collaboration remarquable des opérateurs d’excursions; il s’agit d’un soutien très concret à cette opération délicate. Merci!

    7 juin 2013, 20h

    Mises à jour fournies par l’équipe chargée du cas, et composée de gens de Parcs Canada, de Pêches et Océans Canada, du GREMM et du Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins

    L’équipe terrain de Parcs Canada et du GREMM a recueilli des observations et des photos aériennes au cours de l’après-midi. L’objectif était de mieux comprendre comment l’engin de pêche était rattaché à l’animal. Selon ces informations, il semble que la cage soit fixée à la tête, mais qu’aucun cordage ne traîne dans son sillage. Les nageoires pectorales, le corps et la queue sont libres de tout cordage. Il y a des lacérations à la base de la queue (sur le pédoncule).

    Les photos seront maintenant examinées par les experts du Center for Coastal Studies, du MICS et du Campobello Whale Rescue Team afin qu’ils puissent fournir de nouveaux avis et conseils sur la situation.

    Ces nouvelles informations permettront de mieux évaluer les possibilités d’intervention.

    Parcs Canada sera présent sur le territoire au cours de la fin de semaine, pour faire le suivi de la situation et la sensibilisation des usagers à l’importance de laisser l’animal en paix.

    7 juin 2013, 16h50

    Publication d’un communiqué de presse par Parcs Canada

    7 juin 2013, 15h30

    Mises à jour fournies par l’équipe chargée du cas, et composée de gens de Parcs Canada, de Pêches et Océans Canada, du GREMM et du Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins

    Nous avons eu la collaboration d’un pêcheur pour comprendre le type d’engin de pêche et avoir une idée de son origine. Il semble qu’il s’agit d’un casier unique équipé de 500 pieds de câble et de 100 pieds de câble plombé.

    Depuis hier, nous sommes en contact avec le Center for Coastal Studies (CCS) à Provincetown au Massachusetts, le MICS au Québec et le Campobello Whale Rescue Team au Nouveau-Brunswick. Ces trois organismes possèdent une vaste expertise en désempêtrement de baleines. Ils pourraient participer à l’intervention.

    Une équipe terrain composée du GREMM et de Parcs Canada est en survol aérien cet après-midi pour documenter comment le grément de pêche est fixé à l’animal. Cette évaluation est difficile à faire à partir d’un bateau. Un bateau est également en mer, en contact visuel avec la baleine, afin d’aider la patrouille aérienne à localiser l’animal.

    Ces informations supplémentaires permettront de mieux planifier l’intervention. Il s’agit d’une opération particulièrement délicate et les options sont limitées par le fait que la baleine se déplace et transporte du matériel au niveau de la tête.

    L’expérience du CCS, entre autres, démontre qu’on ne peut pas faire plusieurs essais pour libérer une baleine empêtrée: on n’a souvent qu’une seule chance d’approcher l’animal, qui peut ensuite devenir farouche et trop stressé pour qu’on puisse intervenir. Toute cette étape d’évaluation et de planification est donc essentielle pour optimiser les chances de succès de l’opération de sauvetage.

    Les entreprises d’excursions en mer et les intervenants de la marine marchande, notamment les Pilotes du Saint-Laurent, ont été informés de la situation afin de demeurer vigilants et de rapporter leurs observations au Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins au 1 877 722-5346.

    L’équipe réitère l’importance de suivre les consignes suivantes:

    Si vous rencontrez Capitaine Crochet dans les prochains jours, signalez votre observation le plus tôt possible en appelant au 1-877-722-5346.

    Ne l’approchez surtout pas; on recommande de rester à plus de 400 m d’elle. Le stress peut aggraver son état et compromettre le succès de l’intervention en rendant la baleine plus farouche.

    Un communiqué de presse est en préparation.

    6 juin 2013

    Un rorqual commun a été repéré empêtré dans un engin de pêche au crabe, dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, le 6 juin en mi-journée. Les opérateurs d’excursions en mer ont alerté Urgences Mammifères Marins. Parcs Canada, en collaboration avec le GREMM, s’est rendu sur les lieux pour évaluer la situation.

    L’animal est Capitaine Crochet, une femelle bien connue dans la région, qu’elle fréquente depuis 1994. Habituellement la première de son espèce à arriver dans le secteur au printemps, elle manquait à l’appel jusqu’à aujourd’hui.

    Une équipe composée de représentants de Parcs Canada, de Pêches et Océans Canada, du GREMM et du Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins suit la situation. Une intervention de désempêtrement sur une grande baleine nageant librement comporte des risques importants, autant pour l’animal que pour les intervenants. Le fait qu’une partie de l’engin soit sur la tête rend l’opération encore plus délicate. Demain, l’équipe tentera de poser une balise télémétrique sur l’animal: l’équipe pourra ainsi prendre le temps de consulter des experts d’ici et d’ailleurs afin de mettre au point un plan d’intervention; la balise permettra de retrouver l’animal plus facilement au moment voulu.

    Message important aux gens de la mer dans le parc marin: votre collaboration est essentielle

    Si vous rencontrez Capitaine Crochet dans les prochains jours, signalez votre observation le plus tôt possible en appelant au 1-877-722-5346.

    Ne l’approchez surtout pas; on recommande de rester à plus de 400 m d’elle. Le stress peut aggraver son état et compromettre le succès de l’intervention en rendant la baleine plus farouche.

    Baleines en direct publiera des informations à jour tout au long du déroulement de ce cas.


    ***FAQ***

    Est-ce que des cas comme celui de Capitaine Crochet arrivent souvent?
    Les prises accidentelles dans les engins de pêche tuent ou affaiblissent un grand nombre de baleines chaque année dans l’Atlantique Nord-Ouest. Entre 1970 et 2009, au Canada Atlantique et au large de la côte Est américaine, 1762 mortalités de grandes baleines ont été documentées scientifiquement. La cause de la mort a été identifiée dans 43 % des cas. Un empêtrement dans un engin de pêche était la cause principale pour l’ensemble des huit espèces étudiées (323 baleines). Ces incidents sont à la hausse depuis 1990. Le cas de la baleine noire de l’Atlantique Nord est bien documenté, car il s’agit d’une espèce en voie de disparition qui fait l’objet de beaucoup d’études. Entre 1980 et 2004, au moins 73% des individus ont subi au moins un empêtrement dans un engin de pêche, avec jusqu’à six empêtrements pour un même animal. Les baleines se libèrent seules ou avec l’aide des humains, mais les incidents infligent des blessures et un stress qui peuvent avoir des conséquences sur la survie et la reproduction des individus.

    L’état de la situation dans le Saint-Laurent est mal connu. Chaque année, Urgences Mammifères Marins documente de 3 à 20 cas de baleines prises dans des engins de pêche, mortes ou vivantes. Plusieurs baleines vivantes ont été libérées au fil des ans.

    Ça semble difficile de sauver Capitaine Crochet… Pourquoi?
    Libérer une baleine prise dans un engin de pêche est toujours une entreprise risquée, mais le cas de Capitaine Crochet est particulièrement complexe. Une baleine empêtrée au point de ne plus pouvoir bouger est relativement facile à libérer. Au Québec, plusieurs équipes ont l’expertise et l’autorisation légale d’intervenir : les agents des pêches, l’équipe de conservation et les gardes de parcs du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, le MICS et le GREMM.

    Les grandes baleines assez fortes pour nager tout en trainant des cordages, casiers et bouées constituent des cas complexes et risqués. Ce sont des animaux pesant des dizaines de tonnes, rapides, souffrants et imprévisibles. Et contrairement à une croyance populaire, les baleines ne savent pas qu’on souhaite les aider et ne se laissent pas faire.

    De l’avis de tous les experts consultés ici et ailleurs dans le monde, nous avons une situation particulièrement complexe : le rorqual commun est une espèce très rapide et difficile d’approche, ce qui reste de l’engin de pêche offre peu de prise pour les manœuvres de sauvetage et le fait que le matériel soit situé sur la tête réduit les options d’intervention.

    Rappel sur le rorqual commun :

    Environ 20 m de long pour un poids de 50 tonnes.

    Surnommé le lévrier des mers, il est la grande baleine la plus rapide au monde.

    Au cours d’une plongée de 15 minutes, par exemple, la baleine peut parcourir plusieurs kilomètres. On ne peut prévoir où elle refera surface.

    Peut-elle s’en sortir seule?
    Les grandes baleines sont fortes et arrivent souvent à se libérer seule, comme en témoignent les cicatrices d’empêtrement qu’on retrouve sur 75 % des baleines noires, notamment. D’ailleurs, des lacération fraiches à la base de la queue de Capitaine Crochet semblent indiquer qu’elle a réussi à se défaire d’une partie de l’engin de pêche avant son arrivée dans le parc marin le 6 juin. Cependant, ce qui reste de l’engin est trop solidement fixé à la tête et le cordage trop profondément enfoncé dans la chair, pour qu’elle puisse s’en débarrasser seule. Elle s’expose à l’épuisement, la sous-alimentation, et les risques d’infection et de dommages tissulaires.

    Peut-on se permettre d’attendre pour intervenir?
    Chez la baleine noire, bien étudiée, les chercheurs ont montré qu’une baleine qui nage librement avec du matériel de pêche peut survivre en moyenne 6 mois, certaines survivant même plusieurs années. La survie de Capitaine Crochet est donc menacée, mais pas nécessairement à court terme, même s’il est très difficile de se prononcer sur la question. Elle est maigre et la présence de l’engin nuit probablement à son alimentation, mais un rorqual commun peut soutenir un jeûne prolongé : Capitaine Crochet ne mourra pas de faim en quelques jours.

    Pourquoi ne pas plonger auprès d’elle pour la libérer?
    La sécurité des intervenants est toujours une priorité, il s’agit d’ailleurs d’un principe de base pour toute intervention de sauvetage, même quand il s’agit d’êtres humains : on ne se met pas en danger pour sauver quelqu’un. Plonger auprès d’une baleine empêtrée dans du matériel de pêche est clairement une pratique hautement risquée, qu’aucune équipe de sauvetage ne recommande. Par ailleurs, dans le cas de Capitaine Crochet, si elle est trop rapide pour un bateau, imaginez pour un plongeur…

    Pourrait-on utiliser un sédatif pour l’aider plus facilement?
    Ralentir et calmer une baleine empêtrée et mobile est toujours la première étape d’une tentative de sauvetage. Les équipes spécialisées ont développé des techniques qui consistent à ajouter du poids sur l’engin de pêche retenu sur l’animal, à l’aide de grappin, de cordage et de grosses bouées. C’est exactement l’approche retenue pour Capitaine Crochet. Depuis peu, des équipes américaines ont développé un protocole expérimental pour administrer un sédatif aux baleines afin de faciliter leur sauvetage. Les vétérinaires utilisent cette technique avec un grand nombre d’animaux qui requièrent des soins. Pour les baleines, le dosage est délicat : une dose trop forte, et la baleine se noie. Une dose trop faible, et on n’obtient pas l’effet souhaité. La technique est encore expérimentale et n’a été essayée qu’un petit nombre de fois, avec des résultats mitigés. La technique comporte plusieurs défis : administrer la dose nécessite d’approcher la baleine de près; la technique n’a pas été essayée et adaptée pour toutes les espèces (aucune expérience avec le rorqual commun jusqu’à présent); elle coûte très cher : près de 10 000 $ pour une seule dose.

    Quelles sont les chances que Capitaine Crochet s’en sorte si on la libère?
    Généralement, une baleine complètement libérée d’un engin de pêche a de bonnes chances de s’en sortir. Par contre, l’animal peut être affaibli, blessé et à risque d’infections. Également, un animal peut être déjà malade ou faible avant l’empêtrement : même libéré, son état reste alors précaire et sa survie est menacée. Qu’en est-il de Capitaine Crochet? Son état de maigreur est très probablement antérieur à son accident avec l’engin de pêche. Il est toutefois normal qu’une baleine soit maigre à son arrivée dans son aire d’alimentation au printemps. Par contre, elle semblait maigre même à la fin de la saison dernière, au mois d’octobre 2012. Serait-elle malade? Difficile à dire…

    Comment décide-t-on si on doit intervenir ou pas pour sauver une baleine en difficulté et jusqu’où l’on va?
    Au Québec, les partenaires du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins ont développé un cadre éthique. La priorité la plus élevée est attribuée aux situations qui ont une cause humaine directe et/ou qui impliquent une espèce en péril, donc un individu dont le sort pourrait avoir une influence sur le rétablissement de sa population. Au même niveau de priorité, il y a les considérations de sécurité pour les intervenants et le public: on intervient pour assurer la sécurité du public, mais, à l’inverse, les intervenants ne se mettront pas en danger pour sauver un animal.
    Le bien-être de l’animal est aussi une considération qui teinte tout le processus décisionnel et l’évaluation en continu de l’opération. L’intervention doit avoir pour bout d’améliorer le sort de l’animal, sans porter atteinte à sa santé ou réduire ses chances de survie.
    La perception du public est également importante: prendre le temps de communiquer adéquatement la situation, l’évaluation et le plan de l’opération, sensibiliser et informer les gens touchés par l’incident sont des actions qui font partie de l’intervention.
    Enfin, les considérations logistiques et financières sont incontournables; par exemple, des contraintes liées à la météo maritime, aux équipements disponibles, à l’éloignement, etc. peuvent survenir et nécessiter des ajustements au plan d’intervention.
    Dans le cas de Capitaine Crochet, le rorqual commun est une espèce en péril et son sort est le résultat d’une activité humaine: il s’agit donc d’un cas prioritaire. L’opération de sauvetage comporte de grands risques, pour elle et pour les sauveteurs, et c’est pourquoi la première phase de l’opération a été la planification minutieuse d’une stratégie pour son sauvetage. Sa survie est menacée et son empêtrement est probablement une source de stress, d’inconfort et de douleur. Dans ces circonstances, il a été jugé nécessaire d’essayer plusieurs stratégies d’approche, y compris certaines visant à la surprendre ou la fatiguer. Ces stratégies sont appliquées suite à des consultations auprès de nombreux experts ayant à maintes reprises sauvé des grandes baleines empêtrées dans des engins de pêche: fatiguer et ralentir une grande baleine nageant librement avec du matériel de pêche est une étape incontournable d’un sauvetage réussi. Au niveau des coûts, il faut aussi s’assurer que les opérations déployées aient de bonnes chances de succès: par exemple, les patrouilles actives ont été suspendues au bout de quelques jours, quand les chances de retrouver Capitaine Crochet dans l’estuaire ont été jugées minimes.
    Tout au long de l’opération, l’équipe en charge ré-évalue constamment la stratégie en fonction des circonstances, et prend des décisions en lien avec le cadre éthique établi avec l’ensemble des partenaires du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.