Si les bélugas et les narvals se côtoient en Arctique, et parfois dans le Saint-Laurent, est-ce possible que ces baleines se soient côtoyées autrefois dans la mer de Champlain?

  • Narval observé le 29 juillet 2016 près de Trois-Pistoles © GREMM
    Narval observé le 29 juillet 2016 près de Trois-Pistoles / Narwhal observed on July 29 near Trois-Pistoles © GREMM
    21 / 12 / 2016 Par Marie-Sophie Giroux -

    Image tirée de Pêches et Océans Canada. 2003. Le monde sous-marin – Le Narval : iv + 8 p.

    En effet, il arrive que les narvals côtoient les populations de bélugas présentes en Arctique, étant dans le même territoire, mais sans nécessairement se mélanger. Les narvals du monde vivent dans les mers du cercle arctique tout comme les bélugas. Au Canada, les narvals passent l’hiver dans la baie de Baffin et le détroit de Davis, entre l’île de Baffin et le Groenland. L’été, ils migrent dans le détroit de Lancaster, passant au nord de l’île Bylot. Les bélugas, eux, sont divisés en sept populations canadiennes dont six se trouvent en Arctique et l’une dans le Saint-Laurent.

    Les bélugas sont les seules baleines résidantes du Saint-Laurent. Il faut remonter de 10 000 ans pour comprendre l’isolement de cette population, alors qu’une grande partie de l’Amérique du Nord ployait sous une épaisse couche de glace qui s’étendait vers le sud, jusqu’à l’état de New York. À mesure que le climat s’est réchauffé, la glace a fondu et l’océan Atlantique a envahi les terres rejoignant les Grands Lacs. C’est dans cette grande étendue d’eau salée, appelée la mer de Champlain, qu’on retrouvait une importante population de bélugas. Aujourd’hui, la population du Saint-Laurent est le reliquat de celle de la mer de Champlain, dont on retrouve encore des traces comme les ossements fossilisés récupérés en Ontario et au Québec. Les vestiges de bélugas représentent 80 % des spécimens découverts. D’ailleurs, dès cet été, l’un de ses fossiles, acquis auprès de la Société de Paléontologie du Québec, sera exposé au Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac. Il s’agit de Félix, un béluga de 11 000 ans découvert à Saint-Félix-de-Valois.

    En plus des ossements de bélugas, on a trouvé un marsouin commun, un rorqual à bosse, un rorqual commun, une baleine boréale, ainsi que différentes espèces de phoques et des morses dans les vestiges de cette mer. Deux spécimens de narval ont été découverts à l’est de la mer de Champlain, à des endroits donnant accès à cette mer, mais pas à l’intérieur de celle-ci. Peut-être est-ce une différence dans les préférences d’habitats, comme la profondeur, ou simplement le hasard, qui explique la présence de bélugas et l’absence de narvals dans cette ancienne mer. Des vestiges de narvals ont également été découverts dans le golfe du Saint-Laurent.

    Si le narval n’est pas une espèce du Saint-Laurent, il n’est pas impossible qu’un individu y soit observé. Justement, en juillet 2016, l’équipe du GREMM a observé un narval dans un groupe de bélugas, au large de Trois-Pistoles. Le 25 août 2003, un narval a aussi été remarqué par un chercheur, en survol aérien pour le dénombrement de bélugas, entre Les Bergeronnes et Tadoussac. Des observations de narvals solitaires et probablement égarés sont rapportées assez régulièrement le long des côtes de Terre-Neuve et du Labrador.