Quand les oiseaux profitent des baleines pour manger

  • © Peter Trull
    08 / 11 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux -
    Zipper, 16 octobre 2017 © Thierry Emeriau

    Zipper, 16 octobre 2017 © Thierry Emeriau

    Une imposante cicatrice zèbre le flanc droit d’un des trois rorquals communs aperçus à Tadoussac cette semaine. La femelle Zipper est là. Au moment des premières rencontres, en 1994, ses blessures étaient encore à vif et sa peau en lambeaux. Ce «vestige» est celui d’une collision avec un bateau. Les deux autres animaux ne sont pas identifiés. Non loin d’eux se trouvent des dizaines de phoques du Groenland et de phoques gris. De plus, des milliers de hareldes kakawis tapissent les eaux du fleuve dans ce secteur où ils passeront les prochains mois.

    Phoque gris et goélands © Renaud Pintiaux

    Phoque gris et goélands © Renaud Pintiaux

    Très souvent, les oiseaux marins et les mammifères marins chassent dans les mêmes talles de nourriture. Les oiseaux profitent des manœuvres de regroupement des baleines pour attraper quelques proies. À l’embouchure du Saguenay, différentes espèces de goélands (marins, argentés, bourgmestres, arctiques) et de mouettes (tridactyles, de Bonaparte) ont été vues alors qu’elles chapardaient des poissons sous le nez des petits rorquals et des phoques gris.

    Cette relation entre prédateurs des mers et des airs s’observe un peu partout sur la planète. Les dauphins communs, en regroupant des poissons en énormes «boules» compactes (bait balls en anglais), facilitent le travail des oiseaux plongeurs, tels les fous de Bassan, à quérir leurs proies sous-marines. Les rorquals à bosse du golfe du Maine utilisent les filets de bulles pour capturer les bancs de poisson ou de krill. Les goélands saisissent cette occasion pour attraper les poissons morts laissés à la surface de l’eau à la suite du passage ravageur des baleines. Dans la mer de Béring, les baleines grises, en filtrant les sédiments grâce à leurs courts fanons, créent la remontée de petits crustacés appelés amphipodes en surface, au plus grand bonheur des oiseaux présents comme les fulmars ou les phalaropes. Les albatros à sourcils noirs suivent les épaulards sur une grande distance en pleine mer afin d’éventuellement ramasser les restes de chasse. Cette association réduirait leurs dépenses énergétiques comparativement à chercher et poursuivre des proies vivantes. L’albatros à tête grise capturerait même les fragments de calmars régurgités par les cachalots à la surface de l’eau. Les grands dauphins dans les marais salés du sud-est des États-Unis ont développé une manœuvre assez périlleuse, soit celle de s’échouer temporairement sur les berges afin de capturer les poissons poussés vers la rive par la vague précédant leur échouage. Des échassiers comme les grandes aigrettes sont alors attirés vers les lieux pour s’y nourrir également.

     

    Eiders à duvet © Renaud Pintiaux

    Eiders à duvet © Renaud Pintiaux

    À Franquelin et à Baie-Comeau en Haute-Côte-Nord et à Baie-des-Sables en Gaspésie, outre les quelques petits rorquals remarqués, ce sont surtout les eiders à duvet qui retiennent l’attention des observateurs. Ces gros canards marins vivent dans les régions marines côtières arctiques et subarctiques. À l’automne, les populations du Saint-Laurent longent généralement les côtes des Maritimes pour hiverner au large de la Nouvelle-Écosse et de la Nouvelle-Angleterre. Des groupes d’eiders en provenance du Labrador et de la baie d’Ungava passent plutôt la saison froide le long de la Côte-Nord du golfe du Saint-Laurent, particulièrement en Minganie. Autour de l’ile d’Anticosti, des groupes d’eiders à duvet sont également présents.

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».