Pourquoi tant de questions?

  • 15 / 10 / 2015 Par Josiane Cabana - /

    L’équipe du Centre d’appels du 1-877-7baleine le dit souvent: leur travail ressemble bien souvent à celui d’un détective! Lorsqu’un mammifère est vu échoué ou à la dérive, il n’est pas toujours évident, pour un néophyte, de déterminer de quelle espèce il s’agit. Qui plus est, il devient même parfois ardu de déterminer si l’animal est vivant ou mort. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins existe depuis 10 ans et nombreuses sont les histoires cocasses sur des identifications erronées d’espèces, même de lieu.

    Des gardes de parc ce sont déjà déplacés au quai de Saint-Siméon dans Charlevoix pour entreprendre une intervention sur un grand rorqual mort, alors que la carcasse échouée se trouvait sur les berges de Saint-Siméon… en Gaspésie. Un spécialiste de l’échantillonnage de béluga s’est déplacé une journée d’automne, prêt à étudier un jeune de cette espèce, pour finalement se retrouver nez à nez avec un esturgeon. Une bénévole d’Urgences Mammifères Marins s’est aussi rendue en bordure du fleuve dans la région de Québec, motivée à étudier une carcasse de phoque, pour finalement constater qu’il s’agissait d’un castor! Puis, une carcasse blanche que l’on croyait être un béluga échoué sur les battures du Bas-Saint-Laurent s’est avérée être un chevreuil. Finalement, le 9 octobre dernier, des citoyens ont récupéré dans un sac un mammifère marin échoué qu’ils croyaient être un nouveau-né béluga: couleur uniforme, corps lisse sans nageoire dorsale et petite tête arrondie. La description correspondait effectivement à celle d’un béluga, mais une fois les photos reçues, on a pu confirmer qu’il s’agissait plutôt d’un jeune phoque commun!

    Des interventions selon les espèces et les cas

    Selon l’espèce et le type de cas, différentes interventions seront entreprises par les partenaires du Réseau: remorquage, échantillonnage, dépeçage, nécropsie, désempêtrement, suivi de la situation, etc. Voilà pourquoi une panoplie de questions doit être posée aux témoins dans les premières minutes suivant l’appel. Les questions peuvent parfois paraître simplistes: présence d’écailles, de poils ou une peau lisse pour distinguer un poisson d’un phoque ou d’un cétacé. Orientation de la queue pour distinguer une baleine d’un poisson. Présence de dents ou de fanons pour identifier le groupe de cétacés auquel il appartient. Voit-on le dos du béluga immobile ou est-il sur le côté pour distinguer un animal en billotage (repos) d’un béluga mort ou en difficulté? Y a-t-il des charognards à proximité pour évaluer s’il s’agit d’une carcasse ou d’un objet inerte? Quel est le patron de coloration de l’animal, sa taille approximative? Est-il blessé? Porte-t-il des marques évidentes d’empêtrement? Toutes ces questions sont essentielles pour avoir un portrait fidèle de la situation et ainsi développer un plan d’intervention adéquat.

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    © Paul Grégoire

    L’état de décomposition de certaines carcasses peut aussi compliquer l’identification. Des questions sur certaines caractéristiques peuvent aider à trancher, mais bien souvent, une image vaut mille mots. L’ère des cellulaires intelligents a considérablement facilité le travail du Centre d’appels. Lorsque le doute persiste, on peut compter sur plus d’une centaine de bénévoles partout au Québec qui se déplacent pour valider des situations et apporter des réponses aux questions qui subsistent.