Pourquoi les baleines viennent-elles se nourrir jusqu’ici ?

  • À la tête du chenal Laurentien © GREMM
    25 / 10 / 2017 Par Collaboration spéciale -

    Un texte de Sonia Villalon

    Si elles affectionnent l’estuaire l’été, c’est parce qu’il constitue un garde-manger de premier choix. En effet, les baleines n’ont que quelques mois pour accumuler suffisamment de réserves; elles cherchent donc des milieux où la nourriture est abondante, concentrée et facile d’accès. L’estuaire répond à ces critères grâce à une combinaison de facteurs : topographie, courants et marées. Sur la rive nord du Saint-Laurent, le chenal Laurentien se dessine. Cette vallée sous-marine est profonde de près de 450 m du détroit de Cabot (à l’entrée du golfe) à l’estuaire et d’environ 300 m jusqu’aux Escoumins. À Tadoussac, elle prend fin et la profondeur n’est guère plus que d’une vingtaine de mètres, avec des zones dites de hauts-fonds : c’est ce qu’on appelle la tête du chenal.

    Lorsque la marée monte, deux fois par jour, les eaux de la couche intermédiaire froide sont entrainées vers la surface quand elles arrivent à Tadoussac en raison de la brusque élévation des fonds marins. Ces eaux salées sont très riches en sels nutritifs. Ceux-ci agissent alors comme engrais et nourrissent les phytoplanctons (algues microscopiques qui donnent la couleur verte aux eaux de l’estuaire) cantonnés à la surface par leur besoin de lumière pour la photosynthèse. En présence de soleil et de nutriments, ils prolifèrent intensément, particulièrement au printemps et à l’automne. Ces algues forment le premier maillon de la chaine alimentaire des océans. D’abord pour les zooplanctons comme le krill ou les copépodes, mais aussi pour des poissons, puis des oiseaux, des phoques, des cétacés.

    La tête du chenal Laurentien serait l’un des sites les plus richement garnis de krill dans le nord-ouest de l’Atlantique. Les grandes zones de productivité biologique des océans se situent plus près des pôles que des tropiques : le climat des régions polaires favorise les remontées des eaux froides. Ces zones de remontée ne représentent que 5% de la superficie totale des océans dans le monde et l’estuaire du Saint-Laurent dans lequel nous travaillons tous les jours en fait partie !

     


    Sonia Villalon s’est jointe au GREMM en 2015. D’abord attirée sur les rives du Saint-Laurent par son intérêt pour les oiseaux, elle se découvre une nouvelle passion pour les mammifères marins qui la pousse alors à poser ses valises à Tadoussac. Diplômée d’une maitrise en biologie de la conservation, elle entre dans l’équipe comme naturaliste. Elle est aujourd’hui chef-naturaliste et continue son travail de vulgarisation auprès du public.