Pourquoi le souffle du cachalot est-il sur la gauche ?

  • La tête d'un cachalot
    Le cachalot souffle vers la gauche. © GREMM
    05 / 09 / 2017 Par Collaboration spéciale - / /

    Un texte de Sonia Villalon

    Le cachalot macrocéphale (Physeter macrocephalus) émet des cliquetis d’écholocalisation pour appréhender son environnement et repérer les proies. Ces clics sont générés par le passage d’air dans un organe que l’on appelle le museau de singe (ou lèvres phoniques) situé dans la zone frontale de la tête du cachalot, juste en dessous de l’évent. Le conduit nasal droit étant spécialisé pour l’écholocalisation, il est obstrué. Seul le conduit nasal gauche est utilisé pour la respiration. Quand le cachalot vient respirer en surface, il a donc un souffle de travers, penché à gauche.

    Mais alors, comment le cachalot émet-il ses clics ?

    Les clics générés par l’air circulant via le conduit nasal droit jusqu’aux lèvres phoniques sont projetés en arrière vers une poche d’air au niveau du crâne au travers de l’organe de spermaceti. Cet organe contient une substance grasse et cireuse de couleur blanche appelée le spermaceti et communique avec les conduits nasaux.

    Les clics générés sont ensuite réfléchis en retour par la poche d’air jusqu’à l’avant de la tête au travers de masses graisseuses que l’on appelle le « junk ». Le junk est situé sous le conduit nasal droit et divisé en segments par une série de cloisons transversales composées de tissus denses. Il est aussi saturé de spermaceti de part et d’autre des tissus denses.

    Coupe sagittale de la tête du cachalot macrocéphale. © Kurzon

    Les ondes d’écholocalisation sont alors diffusées dans le milieu. Elles touchent les obstacles et sont réfléchies. C’est la réflexion de ces ondes qui circule ensuite dans la mâchoire inférieure du cachalot, et qui est transformée en signal nerveux par des cellules réceptrices situées à la base de la mâchoire inférieure. Elle peut alors être analysée par le cerveau.

    Les cachalots peuvent émettre différents types de clics d’écholocalisation. Des clics doux, peu directionnels pour communiquer et des clics plus puissants et très directionnels pour localiser leurs proies. Le front du cachalot est donc un générateur géant de sons. Cette espèce serait capable d’émettre le son le plus puissant du règne animal (235 décibels) lui permettant de détecter ses proies jusqu’à 500 mètres de distance. L’*idée que les cachalots étourdiraient leurs proies par la production d’ondes sonores très puissantes semble se révéler fausse. Elle avait été évoquée par plusieurs chercheurs depuis 1963. En effet, ces dix dernières années, de nombreuses études ont testé l’effet de l’émission d’ondes puissantes similaires à celles que produit le cachalot, sur des céphalopodes et des poissons. Elles n’ont alors pu démontrer aucun effet négatif sur ces proies.

    Sources

    Whalewatcher volume 41 Journal of the american cetacean society, 2012

    William F. Perrin, Bernd Würsig and J.G.M. Thewissen (2009), Encyclopedia of Marine Mammals (Second Edition), (ISBN: 978-0-12-373553-9) page 1091

    Zimmer, W.M.X., P.L.Tyack, M.P.Johnson and P.T Madsen. 2005. Three-dimensional beam pattern of regular sperm whale clicks confirms bent-horn hypothesis. Journal of the Acoustical Society of America 117:1473.

    David R. Carrier, Stephen M. Deban and Jason Otterstrom 2002. The face that sank the Essex: potential function of the spermaceti organ in aggression. The Journal of Experimental Biology 205, 1755–1763.

    Clarke, M.R., 1978. Buoyancy control as a function of the spermaceti organ in the sperm whale. Journal of the marine biological Association of the United Kingdom 58:27-71

    Bel’kovich, V.M., and A. V. Yablokov. 1963. The Whale-an ultrasonic projector. Yuchni Technik 3:76-77

    Norris, K.S and B. Mohl, 1983. Can odontocetes debilitate prey with sound? American naturalist, 122:85-104.


    Sonia Villalon s’est jointe au GREMM en 2015. D’abord attirée sur les rives du Saint-Laurent par son intérêt pour les oiseaux, elle se découvre une nouvelle passion pour les mammifères marins qui la pousse alors à poser ses valises à Tadoussac. Diplômée d’une maitrise en biologie de la conservation, elle entre dans l’équipe comme naturaliste. Elle est aujourd’hui chef-naturaliste et continue son travail de vulgarisation auprès du public.