Plus de 500 km de route pour observer les bélugas

  • 09 / 02 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    « Voir des bélugas l’hiver! », s’étonne un abonné de Baleines en direct en lisant le carnet de terrain Toujours beaucoup de bélugas en Haute-Côte-Nord. Inspiré par les mots et les images, il décide de prendre la route depuis Montréal pour tenter sa chance d’apercevoir ces baleines blanches. Le jeu en vaut la chandelle! Dès son arrivée aux Escoumins, il découvre une vingtaine de bélugas non loin de la rive.

    Que font ces bélugas à cet endroit, en plein cœur de leur habitat d’été, pendant l’hiver? L’été, nous savons que la population se concentre dans l’estuaire et le fjord du Saguenay. Mais l’hiver, leur distribution est moins documentée. Bien que des données enregistrées dans les années 1940 et celles obtenues grâce à des survols aériens dans les années 1990 nous informent sur la présence de bélugas dans la partie aval de l’estuaire et dans le golfe du Saint-Laurent en hiver, les informations demeurent rares et sporadiques.

    Les bélugas semblent se concentrer dans des zones où la glace est normalement bien présente et offre une protection contre les eaux agitées hivernales. Le béluga est une baleine arctique très bien adaptée aux conditions de glace. À l’embouchure du Saguenay, les eaux sont libres de glace à tout moment de l’année. Les jeux des marées, du relief sous-marin et des courants provoquent la remontée d’eaux profondes plus chaudes que l’eau de surface, ce qui empêche la formation de glace. Il s’agit d’une polynie et en Arctique, ces lieux sont de véritables « oasis » pour les animaux, bouillonnants de vie dans ces déserts de glace. Bon nombre de bélugas du Nord résident donc l’hiver dans les chenaux et polynies, alors que l’été, ils habitent les baies peu profondes et les estuaires. Pour les bélugas du Saint-Laurent, l’embouchure du Saguenay est un habitat d’été et ils ne la fréquentent que rarement l’hiver.

    Plusieurs collaborateurs le confirment: la glace s’accumule parfois près de la rive, selon la force et la direction des vents, mais cet hiver elle est peu présente jusqu’à maintenant au large. Une récente étude de Pêches et Océans Canada souligne que le couvert de glace de l’hiver 2016 a été le troisième plus faible en presque 50 ans et que dans les sept dernières années, cinq hivers ont été parmi les moins « glacés » depuis 1969. Y aura-t-il éventuellement une incidence sur les baleines du Saint-Laurent? Certaines espèces prolongeront-elles leur saison d’alimentation dans le Saint-Laurent, étant donné la diminution du risque de piégeage dans les glaces?

    Si plusieurs grands rorquals ont été signalés la semaine passée au large de la Côte-Nord, les mentions sont à la baisse cette semaine. Peut-être est-ce attribuable aux températures froides qui découragent les observateurs de braver le froid ou bien la fumée de mer qui masque les souffles? Tout de même, le capitaine du traversier NM F.-A.-Gauthier remarque la présence d’un rorqual à bosse les 3,4 et 5 février à Godbout. L’animal lève la queue au moment de plonger. Une semaine plus tôt, deux rorquals à bosse étaient repérés dans le secteur de Franquelin.