Observer la tétée d’un poids lourd et d’autres nouvelles étonnantes

  • Une mère rorqual commun et son nouveau-né © GREMM
    Une mère rorqual commun et son nouveau-né © GREMM
    23 / 08 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Un bateau d’excursion dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent rejoint le rorqual commun Caïman et son jeune le 16 aout. À un moment donné, les animaux se rapprochent, ils sont ventre à ventre. La naturaliste à bord aperçoit une substance blanche. Cette femelle serait-elle en train d’allaiter son bébé?

    Possible, mais sans certitude. Comme tout mammifère, les baleines allaitent leurs petits avant qu’ils ne mangent de la nourriture solide. Les femelles possèdent deux mamelles, dissimulées dans deux petites fentes situées de chaque côté de la fente génitale. Stimulées par une pression du jeune sur le mamelon, elles éjectent le lait dans la bouche du bébé. Cet acte, tout comme la reproduction, est bien difficile à surprendre en milieu naturel. La venue des drones permet justement aux chercheurs de mieux documenter ces comportements peu étudiés.

    Jeune rorqual commun avec sa mère en Gaspésie (mai 2017) © René Roy

    Jeune rorqual commun avec sa mère en Gaspésie (mai 2017) © René Roy

    Chez les rorquals communs, l’accouplement a lieu entre décembre et janvier dans les eaux tempérées. La mise bas s’y déroule l’année suivante, entre novembre et janvier. L’allaitement dure 6 à 7 mois. Si ce jeune est bel et bien allaité en cette fin du mois d’aout, cela indique qu’il est probablement né tard au cours de l’hiver.

    L’allaitement des baleines à dents dure un an, voire deux, donc plus longtemps que celui des baleines à fanons, qui lui dure de 6 à 9 mois. Dans le Saint-Laurent, les jeunes bélugas et marsouins communs pourraient être surpris durant la tétée. Les nouveau-nés bélugas viennent au monde dans l’estuaire, entre juin et septembre et l’allaitement s’étire de 20 à 30 mois. Les naissances des marsouins communs ont lieu au printemps et au début de l’été, au moment même où plusieurs adultes se trouvent dans le Saint-Laurent. D’ailleurs, cette semaine, des naturalistes du Centre de découverte du milieu marin (CDMM) aux Escoumins soupçonnent avoir surpris une scène d’allaitement chez ce petit cétacé : un individu reste immobile à la surface de l’eau, puis, quelques minutes plus tard, un deuxième animal de moindre taille apparait à ses côtés. À Sept-Îles, l’équipe du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI) dénombre près d’une centaine de marsouins lors de ses sorties, mais très peu de paires mère-veau sont aperçues.

    Surprises aux quatre coins du Saint-Laurent

    Narval observé le 29 juillet près de Trois-Pistoles © GREMM

    Narval observé le 29 juillet près de Trois-Pistoles © GREMM

    Le 20 aout, à l’embouchure du Saguenay, deux assistants de recherche sont ébahis : un narval nage parmi un troupeau de bélugas. Les photos qu’ils prennent permettent d’identifier le même jeune narval découvert l’été passé à Trois-Pistoles.

    Caïman, Trou, Bp942 (Piton)… Voici des rorquals communs reconnus cette semaine dans l’estuaire. Caïman occupe une place bien particulière dans l’histoire du parc marin: c’est le rorqual commun qui a été le plus souvent observé. Depuis sa première mention en 1986, elle y a été revue presque tous les ans et plus d’une fois avec un jeune. Dans cette région, trois rorquals bleus sont aussi notés, dont la femelle Chameau, et les phoques gris s’entremêlent aux nuées de mouettes et de goélands près du phare du haut-fond Prince.

    Requin pèlerin © Pixabay (tpsdave)

    Requin pèlerin © Pixabay (tpsdave)

    Dans la baie des Chaleurs en Gaspésie, l’observation filmée d’un requin pèlerin suscite bien des interrogations. Que fait-il là? Ce requin est répandu dans le monde, et il est régulièrement vu dans le Saint-Laurent, incluant dans la baie des Chaleurs. Même s’il est énorme — il mesure 12 m de long — il reste tout de même inoffensif pour l’homme. Il s’alimente de zooplancton et de petits poissons. Il est identifiable à sa haute nageoire dorsale et à sa bouche distendue lorsqu’il se nourrit. L’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) rencontre aussi cinq requins pèlerins dans les eaux de la Minganie. La journée est calme, la quiétude de l’eau permet de repérer de loin l’aileron de ces poissons. Au fil de la semaine, l’équipe note aussi la présence d’une quinzaine des rorquals à bosse, tout autant de rorquals communs, une baleine noire de l’Atlantique Nord et des petits rorquals, nombreux et dispersés.

    Au large de Gaspé et de Percé, les groupes de dauphins à flancs blancs se joignent aux grands rorquals pour s’alimenter des bancs de poissons. Leurs flancs, aux trois couleurs, sont bien visibles lorsqu’ils sautent hors de l’eau. Leur nage est tonique et les individus sont rapprochés les uns des autres. L’équipe du MICS, aussi présente en Gaspésie pour poursuivre ses efforts de recherche dans le secteur, compte vingt rorquals communs, deux rorquals à bosse, cinq baleines noires et une vingtaine de petits rorquals entre la baie de Gaspé et L’Anse-à-Valleau. Une équipe de Pêches et Océans Canada estime entre 7 et 10 baleines noires présentes à 19 milles marins au nord de Cap-Gaspé.


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».