«Mes premières baleines de la saison!»

  • Petit rorqual au cap de Bon-Désir © Yves Demers
    11 / 04 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    C’était sur les lèvres de plusieurs observateurs! Les voilà, de retour dans le Saint-Laurent après avoir passé les derniers mois dans d’autres régions du monde.

    Pour certaines espèces, comme ces rorquals communs observés cette semaine dans la baie de Gaspé et les deux petits rorquals aperçus respectivement au large des Bergeronnes et à l’embouchure du Saguenay, le chemin a été long et probablement ponctué d’arrêts «casse-croûte» depuis leurs aires hivernales en eaux tempérées. C’est généralement là qu’ils se reproduisent et donnent naissance. Toutefois, ce modèle de migration verticale «traditionnel» entre le nord et le sud n’est pas aussi simple qu’il y parait, révèle une étude publiée dans le Mammalian Review. Les espèces migratrices possèdent une panoplie de comportements migratoires.

    Les marsouins communs et les dauphins migrent habituellement «horizontalement». Ils quittent les zones côtières l’hiver pour le large afin d’éviter les glaces. Les bélugas, eux, alternent d’un secteur favorable à un autre selon les périodes de l’année. Le 8 avril, une vingtaine de bélugas sont vus à Tadoussac. Plus tard, la même journée, un troupeau composé d’adultes et de jeunes est aperçu au large du cap de Bon-Désir.

    À l’intérieur d’une même population, des individus migrent, d’autres non. Peut-être s’agit-il d’individus non reproducteurs tels des juvéniles, des mâles non «compétitifs» ou des femelles non gestantes ou qui ne s’accoupleront pas cette année-là qui étirent leur saison d’alimentation. Cet hiver — on se souvient — des rorquals bleus et des rorquals à bosse sont mentionnés à plusieurs reprises au large de la Côte-Nord. Encore, le 9 avril, deux rorquals bleus sont repérés à trois kilomètres au large de Godbout.

    Aux Escoumins, un collaborateur remarque les mouvées de phoques du Groenland. Ces phoques s’apprêtent à quitter l’estuaire pour reprendre la route de plusieurs milliers de kilomètres vers le nord. Plusieurs espèces ailées sont aussi arrivées dans l’estuaire: bernaches cravants, bernaches du Canada, eiders à duvet, macreuses à bec jaune (Melanitta americana) – toujours surnommée macreuse noire même s’il s’agit d’une espèce distincte de la macreuse noire d’Europe (Melanitta nigra) –cormorans à aigrette et goélands à bec cerclé.

    Puis, pour les mammifères ou les oiseaux, l’heure du départ pour la migration semble liée au système hormonal régulé par le changement des conditions climatiques (la durée du jour, un apport d’eau douce important, etc.) observé au printemps et à l’automne. D’autres facteurs peuvent aussi intervenir, comme la disponibilité de nourriture et la formation de glace.

    Les revoilà, ces grands migrateurs!


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».