Que font les rorquals communs le jour ? Et la nuit ?

Pour permettre à l’industrie d’observation en mer de cohabiter harmonieusement avec les rorquals communs, il est essentiel de mieux comprendre comment ces animaux utilisent leur temps. Qu’est-ce qui est important pour eux?

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  • Paire mère-baleineau rorqual commun
  • Crédit photo: © GREMM

Pour percer le miroir

Les scientifiques ont suivi 25 rorquals communs à l’aide d’émetteurs radios. Ils ont étudié les déplacements de ces animaux dans les trois dimensions, et les ont suivis jour et nuit.

En bref

Ces suivis ont permis de mettre en évidence trois classes d’activité : la plongée profonde, la plongée intermédiaire et la plongée peu profonde. Les plongées profondes semblent être liées à l’alimentation, et les plongées intermédiaires, à l’exploration. Les plongées peu profondes pourraient être liées à l’alimentation de surface ou au repos. Les rorquals communs s’alimentent surtout le jour, en particulier à marée haute. La nuit, ils restent près de la surface. Ils modifient également leur comportement selon l’endroit où ils se trouvent.

Un projet de

Robert Michaud, Janie Giard, GREMM

Partenaires

Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans du Canada, ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec et Croisières AML.


En savoir plus

Les jours et les nuits des rorquals communs

Tiré du document Résumés des projets de recherche scientifique produit par le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent et WWF-Canada, 1998

La vie des baleines est rythmée par l’obligation de respirer. La fréquence et la durée de leurs apparitions en surface sont souvent les seuls éléments dont nous disposons pour étudier leur comportement. Mais que font les géants sous la surface?

Suivre les baleines sous l’eau

Le suivi des baleines par télémétrie(télé : à distance, métrie : mesure) permet de répondre en partie à cette question. À l’aide d’émetteurs radios, les chercheuses et les chercheurs du GREMM, en collaboration avec le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et l’Institut Maurice-Lamontagne, ont réussi à suivre les rorquals communs de l’estuaire du Saint-Laurent par 150 mètres de fond. Lorsque l’animal était en plongée, l’émetteur, fixé sur son dos à l’aide d’une ventouse, enregistrait la profondeur toutes les cinq secondes. Lorsque l’animal revenait en surface, l’émetteur transmettait un résumé de sa dernière plongée, incluant les profondeurs visitées et la température de l’eau. Sur l’ordinateur à bord du bateau de recherche, nous pouvions voir que Jimmy, le rorqual commun que l’on suivait depuis le matin, venait de franchir, en quelques secondes, une distance de 120 mètres entre le fond du chenal Laurentien et la surface. Nous avions enfin traversé le miroir; nous pouvions suivre les baleines dans leur univers.

Entre 1994 et 1996, nous avons recueilli près de 400 heures de données sur le comportement de 25 rorquals communs. Nous avons analysé environ 2 500 plongées réparties sur 32 jours et 12 nuits, et quelque 1 000 kilomètres de déplacements entre Les Escoumins et Tadoussac.

Ces analyses nous ont permis d’identifier six types de plongée. Celles-ci ont été regroupées en trois classes (plongées peu profondes, intermédiaires et profondes) auxquelles s’ajoute une quatrième classe dite période de transition. Le temps alloué aux quatre classes d’activités révèle des différences marquées entre les jours et les nuits des rorquals communs.

Des journées bien remplies

Pendant le jour, entre 5 h 00 et 19 h 00, les animaux étaient engagés dans de longues séquences de plongées profondes, généralement des plongées en forme de U. Lors de ces plongées, les rorquals communs passaient plus de la moitié de leur temps en excursion de fond, entre 80 m et 120 m de profondeur. Ces plongées en U, au cours desquelles les animaux s’alimentent probablement, suivaient généralement le contour de 100 m, bordant la tête du chenal Laurentien. La longue période de plongées profondes était typiquement précédée d’une période exploratoire de plus courte durée où les animaux effectuaient une série de plongées intermédiaires. Au cours de ces plongées en forme de V les animaux cherchaient probablement des bancs de proies assez denses.

La nuit, les rorquals communs plongeaient très peu. Pour l’instant, on ne peut dire s’ils se reposaient ou s’ils s’alimentaient près de la surface où plusieurs organismes comme les copépodes, les euphausides et même le capelan viennent pour s’alimenter la nuit.

Les activités des rorquals communs étaient également associées au cycle des marées. Autour de la marée haute (entre deux heures avant et trois heures après la marée haute), les rorquals étaient principalement engagés dans des activités de plongées profondes, elles aussi précédées par des plongées intermédiaires.

La répartition spatiale des rorquals communs varie également en fonction du cycle des marées et de l’heure de la journée. À l’approche de la marée basse, les baleines étaient observées autant à la tête du chenal qu’au-dessus du chenal Laurentien. Autour de la marée haute, les rorquals ont démontré une préférence marquée pour la tête du chenal. Le même patron a été noté avec les heures de la journée. Les animaux montrent une nette préférence pour la tête du chenal le matin, et se déplacent en aval plus tard dans la journée.


Références bibliographiques

Michaud, R. et J. Giard. 1997. Les rorquals communs et les activités d’observation en mer dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 1994 et 1996 : 1. Étude de l’utilisation du territoire et évaluation de l’exposition aux activités d’observation à l’aide de la télémétrie VHF. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. 45 pp + cartes.

Michaud, R. et J. Giard. 1999. Les rorquals communs et les activités d’observation en mer dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 1994 et 1996 : 2. Évaluation de l’impact des activités d’observation en mer sur le comportement des rorquals communs. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. 24 pp.

 

Dernière mise à jour: 2003